
“Insulte aux étrangers”, “honte”, “hypocrisie”, “cynisme”, “peur”, “repli sur soi”: la presse romande n’est pas tendre face au refus de la naturalisation facilitée des jeunes étrangers, qui eclispe les autres objets de votation.
“J’ai honte d’être Suisse”: le commentateur du “Journal du Jura” n’y va pas par quatre chemins et se permet un “coup de gueule personnel”. “Le non de la honte”, écrit sur le même ton “Le Matin”, “où il y a des dimanches où l’on est pas fier d’appartenir à ce pays”.
Comme d’autres journaux, tous deux dénoncent le “signal extrêmement négatif” donné aux jeunes étrangers vivant depuis longtemps en Suisse et déjà parfaitement intégrés. “Une Suisse barricadée et hostile”, constate le “Journal du Jura”. “Un pays frileux, replié sur lui-même, égoïste”, note “Le Matin”.
Ce dernier insiste: “Un pays qui cultive le mépris des étrangers et qui croit aux mensonges et aux amalgames de l’UDC (…) Un pays qui oublie que ce sont ces personnes venues du Sud et de l’Est qui ont contribué à sa richesse”. En clair: “Une gifle pour les étrangers”, comme le souligne “Le Temps”.
“Leur situation, techniquement, n’empirera pas. Mais la charge symbolique du refus et la campagne qui a permis à l’UDC de gagner laissera des traces”, poursuite le quotidien de Genève. Même son de cloche au “Nouvelliste”: “le signal donné est dramatique”.
L’observation amère de l’”hypocrisie” et du “cynisme” helvétique à l’égard des étrangers revient sous presque toutes les plumes.
“En rejetant aujourd’hui les étrangers dont elle a besoin économiquement et démographiquement, la Suisse se met demain à leur merci. ‘Notre’ cynisme ne peut que susciter le leur, le jour où ils n’auront plus besoin de nous”, estime le “24heures” qui parle encore de “réflexe de peur”, à l’instar du “Quotidien Jurassien” qui lui aurait préféré un réflexe “de reconnaissance”.
La plupart des commentateurs s’inquiètent enfin du danger que représente l’UDC et sa campagnes “nauséabonde”, “haineuse”, notamment pour les débats à venir, comme les accords bilatéraux II et les contrôles aux frontières (Schengen).
© SDA-ATS News Service
