Le feuilleton des requérants déboutés dans le canton de Vaud a quelque chose de fatigant, tant l’issue en est prévisible et le leadership politique, nul. Désormais, c’est Amnesty qui fixe les conditions et les délais, et le Château obtempère !
On se frotte les yeux pour y croire, mais c’est la réalité : la coordinatrice d’Amnesty International a exigé l’annulation de tous les plans de vol, et le gouvernement a cédé; elle a exigé qu’il n’y ait aucun renvoi ni en septembre ni en octobre, et là aussi, à l’entendre, le gouvernement a cédé. On apprend encore que l’ensemble des dossiers sera réexaminé (et non seulement les plus incomplets), et que ce réexamen s’achèvera le 31 octobre, au mieux, mais probablement plus tard. Au moins on sait qui commande, ici…
En d’autres termes, le Conseil d’Etat a lâché sur toute la ligne, fidèle en cela à une politique d’esquive et d’immobilisme inaugurée voici plusieurs années. Urs von Arb, de l’Office fédéral des réfugiés, a analysé avec beaucoup de clarté le comportement du gouvernement vaudois (24 Heures du 24 septembre, excellente interview, accessible sur le site du journal, mais qui vient bien tard…). « Je me suis souvent demandé à quoi tenait l’exception vaudoise. Les médias y jouent certainement un rôle important. Les gens sont mal informés, ou de manière unilatérale par des médias qui ont pris parti. De plus, j’ai la nette impression que les groupes de soutien sont davantage préoccupés par leur propre intérêt que par celui des gens qu’ils prétendent défendre. On en est arrivé à ce point parce que pendant des années, les gens ont pris l’habitude d’obtenir ce qu’ils voulaient en protestant. Je ne crois pas que les Vaudois soient plus humanistes que les autres. »
Urs von Arb met en évidence le fait que dans le canton de Vaud, le système des retours volontaires ne fonctionne pas : «Pour que l’aide au retour fonctionne, il faut aussi la crainte d’un retour sous contrainte. Il faut la certitude que, si je ne m’inscris pas pour un programme d’aide au retour, tôt ou tard je serai obligé de quitter ce pays. Le problème, c’est que dans le canton de Vaud, les gens n’y croient plus depuis longtemps. Ils pensent que de toute manière le gouvernement ne fera rien.» A juste titre, ajoutera-t-on…
Le représentant de l’ODR, qui ne doit rien aux électeurs ni à la presse, souligne avec un certain tranchant le rôle ambigu des médias dans cette affaire, qui ont largement dépassé les limites de l’information. Ainsi, dit-il, «je suis choqué par le vocabulaire utilisé: on parle de scandale et même d’obscénité politique. Mais c’est l’ampleur que tout cela prend qui est scandaleuse. Le week-end où des centaines d’enfants se font massacrer à Beslan, le plus grand problème de la presse vaudoise, c’est un requérant turc débouté qui se fait contrôler à l’aéroport en rentrant volontairement chez lui. Je regrette que les milieux des défenseurs entretiennent activement de faux espoirs. Dans notre correspondance avec le canton, je constate que cela fait des années que nous expliquons aux autorités vaudoises qu’elles ont beaucoup trop de personnes qui auraient dû être renvoyées et qui ne l’ont pas été. Au sujet des programmes d’aide au retour en Bosnie, puis au Kosovo, de 1999 à 2000, les renvois exécutés par les autorités vaudoises étaient déjà de 20% inférieurs à la moyenne suisse. Par la suite, ce sont des centaines de personnes qui sont restées. Ces gens ne sont pas partis parce qu’ils savaient depuis plusieurs années que de toute manière, les autorités cantonales n’étaient pas crédibles.»
Cette dernière affirmation est terrible, et elle nous choque en tant que citoyen vaudois. Mais est-elle contestable ? Malheureusement non. Au sein de la Confédération, le canton de Vaud est devenu un nain politique, un objet de sourires entendus, voire de franche rigolade, gouverné au gré de la bise, du joran et du morget par les Pieds Nikelés. On attendrait un sursaut, mais comment une équipe gouvernementale sans colonne vertébrale et sans ligne politique pourrait-elle accomplir un tel exploit ?
source: commentaires.com



