Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)
UltraViolent Street Wear, t shirts and clothing with a street tough attitude

Interview d’Ueli Maurer

4:41 am · Commenter (Pas de commentaire)

Ueli Maurer: «Le non de dimanche est un non global à la politique d’asile et d’immigration. Nous avons l’occasion de provoquer un durcissement»

Ueli Maurer

Comment l’UDC interprète-t-elle sa victoire de dimanche? Et comment compte-t-elle pousser son avantage ces prochains mois? Interview de son président, Ueli Maurer.

Le président du Conseil national, l’UDC Max Binder, a fait hurler la gauche lundi, lorsque, dans son analyse du vote de dimanche, il a déclaré que ce qui l’avait le plus choqué dans la campagne était une caricature du Tages-Anzeiger montrant Christoph Blocher en train de faire rôtir un étranger à la broche alors qu’il n’avait rien dit de la campagne de ses camarades de parti. Une escarmouche qui montre que le climat est très tendu au lendemain du scrutin. Le président de l’UDC, Ueli Maurer, a reçu Le Temps.

Le Temps: Vous avez remporté un succès mais on sentait chez vous dimanche soir, à la télévision alémanique, une certaine agressivité. Pourquoi?

Ueli Maurer: Je me suis vraiment énervé contre Rolf Schweiger (ndlr: le président du Parti radical suisse), qui prêche sans cesse le credo libéral en matière économique, qui présente son parti comme la conscience même du pays, et qui n’a cessé de commettre un péché après l’autre. Cette Suisse ne fonctionnera que si les bourgeois reprennent davantage de responsabilités, sans appeler sans cesse au recours à l’Etat. Nous ne pouvons plus supporter les roucoulements de Monsieur Schweiger.

– Qu’allez-vous faire de cette victoire?

– Elle est très importante pour nous, parce qu’il s’agit de l’identité suisse, et que cette question sera au centre du débat sur l’accord de Schengen, que nous combattons. Dans cette perspective, ce résultat est un ballon d’essai. Nous avons également d’autres propositions touchant les naturalisations, notamment notre initiative populaire (ndlr: pour le rétablissement de la souveraineté communale en la matière) pour laquelle nous continuons de recueillir des signatures. En cas de défaite dimanche, cette initiative aurait perdu de son élan. Et nous prévoyons de déposer une initiative parlementaire pour la suppression de la double nationalité.

– Pourquoi faudrait-il supprimer la double nationalité?

– Notre plate-forme électorale 2003, choisie par la base, l’exige. Cette question revêt une très grande importance aux yeux des électeurs. On ne peut pas servir deux maîtres. On est Suisse ou autre chose, pas les deux à la fois. Pour nos membres, cet élément est tout à fait essentiel. A cela est peut-être liée la peur de voir, lors d’un conflit, des gens qui, par exemple… bon, je ne voudrais pas prendre encore une fois un exemple balkanique, mais… si 300 000 Kosovars résidant en Suisse avaient la double nationalité, ils devraient choisir.

– Et le Suisse qui, par exemple, a vécu dix ans en Grande-Bretagne et a aussi adopté la nationalité britannique, devrait-il y renoncer?

– Oui, il devrait se décider. C’est une question difficile, je le reconnais. Ma femme, qui avait aussi la nationalité américaine, a dû y renoncer.

– Revenons à Rolf Schweiger. Il vous accuse d’avoir, à travers votre campagne, contribué à péjorer le climat de la place économique suisse. Que répondez-vous?

– Ce n’est pas sérieux. Je pense que beaucoup de décisions radicales ont péjoré l’état de la place économique suisse ces dernières années. Nous sommes le seul parti qui a remporté une votation malgré une campagne de diffamation massive. Reconnaissons que la population est préoccupée par ces problèmes. On les a trop longtemps cachés sous le couvercle, il faut aujourd’hui les résoudre. Pour moi, le non de dimanche est un non global à la politique d’asile et d’immigration. Nous avons désormais l’opportunité, lors de la révision de la loi sur l’asile et de la loi sur les étrangers, de répondre à cette préoccupation par un durcissement. Je suis convaincu que nous devons le faire pour éviter de voir un réel sentiment xénophobe naître dans le pays. Il y a aussi le danger de voir émerger des groupuscules extrémistes. Avec l’UDC, nous avons la chance de voir un parti établi, démocratiquement organisé, s’emparer de ce thème, ce qui est une bonne chose – voyez ce qui se passe en Allemagne.

– Si on vous comprend bien, vous canalisez les extrémistes qui militent dans vos rangs, qui iraient ailleurs si votre parti n’existait pas…

– Non, nous n’avons pas d’extrémistes dans notre parti, nous y sommes très attentifs. Mais regardez les lettres de lecteurs, écoutez les discussions dans les cafés, vous verrez que ce danger existe. Mais nous avons nos gens bien en main.

– Vous assurez que l’UDC n’est pas xénophobe?

– Je ne l’assure pas: c’est un fait.

– La semaine dernière, le PRD a créé un club économique et invité l’économie à se distancier de vous. Avez-vous perdu le soutien de ces managers?

– Tous ces gens sont pour la plupart déjà des membres du Parti radical, ce sont ceux qui ont dû sauver Swissair… Nous avons de bons contacts avec l’économie, surtout avec les entreprises, de toutes tailles. Je ne créerais jamais un tel club, je ne suis pas le porteur d’eau de l’économie. Ce n’est pas un renforcement du PRD, mais un affaiblissement. Et voyez les membres de ce club, ce sont des gens qui gagnent 20 millions par an… A la place de Schweiger, je ne me sentirais pas bien…

– Aux yeux du PRD, l’extension de la libre circulation des personnes est bonne pour l’économie.

– Le PRD commet l’erreur de soutenir cet élargissement sans émettre la moindre réserve. Il se livre ainsi corps et âme à la gauche. Or, cette ouverture risque de nous handicaper, car elle implique des mesures d’accompagnement qui freineront la croissance, comme les salaires minimaux, de nouvelles redevances sociales, tout ce que la gauche attend depuis des années. C’est de la naïveté pure.

– Allez-vous soutenir le référendum contre ce volet des accords bilatéraux?

– Nous n’avons encore rien décidé. Je suis convaincu qu’on pourrait gagner un tel référendum, car il y a des risques. Les mesures d’accompagnement tuent les emplois. Certaines entreprises délocalisent déjà les emplois en Pologne ou en Hongrie. On ne peut pas avoir que du tertiaire en Suisse, il faut aussi conserver des emplois industriels. Or, l’ouverture amènera des chômeurs ou des travailleurs peu formés qui n’attendent que de venir travailler ici et risquent de finir à l’aide sociale.

– Quand déciderez-vous de soutenir ou non le référendum?

– Quand le parlement aura achevé l’examen du dossier.

– Pourquoi n’avez-vous pas fait de même avec Schengen? L’UDC a déjà décidé de s’y opposer alors que le parlement ne s’est pas encore prononcé.

– La situation est différente. Schengen signifie la reprise du droit européen sans possibilité de modifier quoi que ce soit. Le texte est connu depuis 1995. Schengen n’est pas un accord de sécurité, mais un accord d’insécurité. Les autres partis prétendent le contraire. Ils se trompent. Les nouvelles frontières de la Suisse seraient l’Afrique du Nord, l’Atlantique, l’Ukraine. Et Schengen apporte très peu sur le plan économique.

– Comment expliquez-vous alors que l’économie s’engage pour soutenir cet accord?

– Elle ne l’a pas examiné suffisamment à fond. Je rencontre des chefs d’entreprise chaque semaine. Quand je leur explique ce qu’est Schengen, ils me disent: ah, alors je vais revoir ma position.

– Rolf Schweiger va organiser une rencontre avec les leaders de l’économie pour élargir le soutien à Schengen. Serez-vous de la partie?

– Il a dit que je serais convoqué à cette séance. Il a mon numéro de téléphone. S’il veut m’inviter, il sait où me joindre. Mais je ne réponds pas à des convocations diffusées par voie de presse.

– Le Conseil fédéral devra-t-il à votre avis rester à l’écart de la campagne, comme Christoph Blocher sur les naturalisations?

– Cela fait longtemps que nous demandons qu’il reste à l’écart. Son rôle est d’informer objectivement, pas de participer à l’émission Arena ni de commenter les décisions du peuple, qui est souverain. Le Conseil fédéral s’est discrédité après le vote sur l’ONU, car il a pris ceux qui étaient contre pour des idiots. Et cela avait commencé avec Jean-Pascal Delamuraz. Le soir du scrutin sur l’EEE, il a présenté ses excuses parce que le peuple, stupide, avait mal voté. Une fois que le parlement a tranché, le gouvernement doit rester en retrait.

– Comment expliquez-vous alors que, ce printemps, Christoph Blocher se soit engagé en faveur du paquet fiscal?

– Il est vrai que ce n’était pas très conséquent de sa part.

– Ce week-end, la Suisse alémanique a bien suivi votre mot d’ordre, mais pas la Suisse romande. Avez-vous le sentiment que votre conquête des cantons romands patine?

– Non. Nous sommes sur la bonne voie. Mais la Suisse romande a une autre sensibilité. Ce week-end, il y a eu match nul: entre les naturalisations et le congé maternité, cela fait un à un. Nos membres doivent s’engager davantage en Suisse romande pour défendre nos arguments.

Je suis convaincu qu’il n’y a pas tant de différences de mentalité que cela. Mais le sens du combat politique n’est pas le même en Suisse rom-ande.

– Il vous faut davantage d’Oskar Freysinger?

– Peut-être pas sur le plan de la manière, mais, du point de vue de l’engagement, oui. Oskar Freysinger est quelqu’un d’intelligent et de sensible. J’apprécie son tempérament. C’est un vrai combattant. Mais il a peut-être tendance à foncer la tête dans le mur sans regarder s’il y a une porte ouverte juste à côté. Tous les Valaisans sont comme ça.

source: letemps.ch

Tags: Société · Suisse