Ecuvillens · Le Para-Club de Fribourg prépare chaque année des jeunes Suisses qui souhaitent devenir parachutistes à l’armée. Pour tenir le rythme, il faut être fort dans sa tête.
Une, puis deux, puis trois. En quelques secondes, des pétales rouges éclosent soudain dans le bleu du ciel. Entre le bourdonnement du Pilatus qui les largue à 1800 m au-dessus des prés du Gibloux, et les tintements d’un troupeau de vaches, Yann, Philippe et David se balancent doucement dans les airs, leur voile filant dans la chaleur du soleil couchant. Deux à trois minutes plus tard, ils se poseront tout en douceur, le pied léger entre deux bouses, à côté de la buvette du Défénant, non loin du Châtelard. Ils seront suivis peu après de Laurent, Reto et les deux Michaël, leurs nouveaux copains.
Ce jeudi soir, ce saut est un peu spécial: il est le dernier des 25 inscrits au programme du cours préparatoire. Pour l’occasion, les apprentis parachutistes ont quitté pour la première fois la zone d’Ecuvillens, où ils se sont entraînés et où ils ont répété inlassablement, durant quinze jours, les automatismes. Pour ces sept jeunes gens venus de Versoix (GE), Pully (VD), Les Avants (VD), Prêles (BE), Goldiwil (BE), Wellhausen (TG) ou Zuzwil (SG), cela méritait bien une fondue fribourgeoise, partagée avec les instructeurs et les pilotes qui se sont mis bénévolement à leur disposition pour deux semaines de cours intensifs. Un souper d’autant plus mérité que, de l’avis de leurs instructeurs Guy-Philippe Ayer et Alain Girard, ces jeunes gens forment une volée «exceptionnelle»: ils ont absorbé leur programme avec… un jour d’avance!
la moitié a abandonné
Ils n’ont pourtant rien des têtes brûlées ou des grosses têtes, ces étudiants et apprentis qui ont entre 18 et 20 ans. Polis, pour certains presque timides, attentifs, ils sont tous des sportifs accomplis et ont tous un caractère bien trempé. Car on ne devient pas parachutiste sans effort. Ceux qui, au début du cours, le pensaient, ont bien vite déchanté. De quinze au départ, la moitié a abandonné après les premiers jours. On ne se lève pas à 6 h 15 le matin pour aller faire un footing avant le déjeuner et on ne saute pas quatre fois par jour si on n’a pas l’endurance, la résistance au stress et la motivation pour supporter une discipline quasi militaire. C’est d’ailleurs dans l’optique de former des futurs «explorateurs parachutistes» que l’armée a délégué cette préformation (qu’elle finance à raison de 3500 francs par personne) à cinq clubs de parachutistes agréés en Suisse. L’aérodrome d’Ecuvillens sert de cadre à cette formation depuis plusieurs dizaines d’années.
«Un petit défi personnel»
Pour Yann, ce n’est pas forcément l’envie d’être parachutiste à l’armée qui l’a motivé mais plutôt «un petit défi personnel». Parce que ce n’est quand même pas évident, au début: juste avant son tout premier saut (en tandem), «on se demande ce qu’on fout là». «C’est stressant, faut se pousser. Mais quand on a atterri, on ne demande plus qu’une chose: remonter dans l’avion!»
Pour se retrouver un jour dans les paras militaires, ces jeunes gens devront encore suivre un second cours de quinze jours, l’an prochain, avant de faire une école de recrues très sélective de cinq mois à Magadino (TI). Mais, quoi qu’il arrive, ils font déjà partie de la «grande famille» des passionnés de l’air.
Claude-Alain Gaillet
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source: laliberte.ch



