Des chants de Noël où le nom de Jésus a été biffé par égard pour les musulmans. Des sapins enlevés des écoles au nom du respect de la laïcité. Des scènes de la Nativité qui ne sont plus jouées pour ne pas heurter les membres des religions non chrétiennes. Ces anecdotes se déroulent en Italie, en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis. Faudra-t-il bientôt faire appel à l’artiste Christo pour emballer les cathédrales et les églises, histoire de ne pas choquer les non-chrétiens qui pourraient trouver ces monuments sur leur passage?
Sous couvert de tolérance, de laïcité et de respect du multiculturalisme, de telles attitudes contribuent à faire passer le christianisme pour une maladie honteuse. Et à suggérer que les autres religions sont des systèmes totalitaires incapables d’accepter la différence. Qui veut faire l’ange fait la bête: ce genre d’initiatives ne peut qu’alimenter les craintes que le multiculturalisme suscite auprès de populations traumatisées par les attentats de Madrid et l’assassinat du cinéaste Theo van Gogh. On prête ainsi aux immigrés des blessures qu’ils ne ressentent pas. On les désigne indirectement comme des inquisiteurs qui nous empêchent de fêter nos traditions. Et, de manière insidieuse, on accrédite la thèse qui les présente comme des extrémistes incapables de s’intégrer.
Faut-il le rappeler? La tolérance et le respect n’impliquent pas le reniement de la culture qui nous fonde. Au contraire: un dialogue digne de ce nom exige des partenaires à la personnalité affirmée. C’est à cette unique condition qu’un échange constructif peut avoir lieu. Penser que l’affirmation de son identité et de sa culture – lorsqu’elle n’enfreint pas les droits de l’homme – puisse blesser l’autre est le signe d’une névrose inquiétante.
On n’a pas besoin de croire en Dieu pour reconnaître que le christianisme est une composante essentielle de l’identité européenne. Qu’il a contribué à façonner nos sociétés, notre histoire, notre éthique, nos systèmes politiques. Effacer ce passé de notre mémoire revient à faire de nous des êtres sans horizon et sans projet, ballottés au gré des vents changeants du politiquement correct. Ce n’est pas ainsi que l’on construit une société viable.
source: letemps.ch
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Le Temps nous avait habitué à un ton moins vigoureux, on ne peut donc que saluer cette prise de position opposée à la Pensée Unique et à la castration des traditions. Cela dit, inutile de s’emballer trop vite (même si c’est la période des cadeaux). Si cet édito est valable dans sa forme, il planque sur le fond une bonne dose de la Correction Politique qu’il prétend dénoncer.
Qu’on observe par exemple le second paragraphe et son raisonnement subtilement tordu. Après avoir critiqué le déculottage chrétien au nom de la Tolérance, l’auteur dénonce… ses possibles conséquences néfastes sur la population autochtone ! En clair, il ne faudrait pas être trop tolérant, non seulement parce que les allogènes s’en foutent, mais parce que les autochtones risquent de devenir encore plus racistes envers les pauvres étrangers. Allez savoir s’ils ne vont pas finir par rejeter carrément le multiculturalisme ! Après MacDonald, c’est Benetton qui aurait du souci à se faire pour ses vitrines …
Finalement, le vrai problème qui obsède la presse, encore une fois, c’est le Rejet de la Différence. La disparition des traditions locales lui paraît certes regrettable (en tous cas, ça devient très tendance de le faire croire) mais ce qui l’ennuie surtout, c’est que ça risque de faire prospérer le “fascisme” . Et voilà comment on réussit l’exploit de s’attaquer à la Pensée Unique tout en se prosternant devant elle discrètement, l’air de rien. La morale Citoyenne est sauve et les besoins du lectorat en sensations fortes sont satisfaites. Belle performance.
Altermedia - Suisse


