En France, les antipub se battent sur tous les fronts. Ils diffusent ainsi sur Internet un manifeste pour bouter la publicité hors des écoles.
Nous, organisations, élus, citoyens, observons avec inquiétude l’intrusion croissante des intérêts privés et marchands dans l’enseignement public, laquelle met à mal le principe constitutionnel de neutralité scolaire.» Ainsi débute le manifeste mis en ligne vendredi 19 novembre sur plusieurs sites de mouvements anti-publicité (1).
PUBLICITÉ INSIDIEUSE
La lutte que mènent les antipub, en France, depuis plusieurs années, s’apparente au combat de David contre Goliath. Car l’ennemi est imposant, massif, riche et puissant: la grande distribution et l’industrie agroalimentaire. S’ils n’ont pas gagné la guerre, les antipub, soutenus par certains députés de tous bords, ont tout de même remporté une bataille dans les écoles: l’interdiction des distributeurs d’aliments et de boissons. Même si la raison principale de cette loi est la lutte contre l’obésité des jeunes, la publicité dans les écoles perd une manche avec cette interdiction, en vigueur depuis la rentrée 2004 (2). En France, pas moins de 100 000 produits sont écoulés chaque jour au sein des établissements scolaires. Autant dire que la présence des marques était bien implantée dans les préaux.
Toutefois, le lancement de ce manifeste antipub veut montrer que si la publicité sort par la porte principale des lycées, elle revient par les fenêtres. Ainsi, malgré plusieurs circulaires de l’Education nationale appelant à la vigilance, l’intrusion des intérêts marchands dans les écoles se fait discrète. La dernière note de service du ministère (2 septembre 1999) allant de le sens de la neutralité scolaire précisait: «Afin de garantir le principe de neutralité de l’école (…), il ne sera pas donné suite aux sollicitations émanant du secteur privé, dont les visées ont généralement un caractère publicitaire et commercial.»
Si le message est clair, il n’aura pas résisté longtemps aux assauts des privés, qui frappent à grands coups de compas et autres calculettes sponsorisées.
RESPECT DU CODE?
Cette note de service sera discrètement neutralisée par un «code de bonne conduite» paru dans le Bulletin officiel du Ministère de l’éducation du 5 avril 2001: «Le présent code de bonne conduite s’efforce d’envisager les différentes relations qui peuvent s’établir entre les services de l’éducation nationale (…) et des entreprises privées, en dehors des contrats de fournitures.»
Dès lors, que penser? Selon les signataires de l’appel en ligne, si ce code contient des garde-fous, son existence même justifie la présence des marques dans les écoles. Ainsi, à chaque fois qu’un mouvement citoyen s’insurge contre la présence de logos publicitaires sur des mallettes pédagogiques, la réponse du ministère serait toute faite: «Ceci rentre dans le cadre du code de bonne conduite.» C’est en substance le contenu de cette directive gouvernementale. Pas dupes, dans leur manifeste les antipub réclament l’annulation du «code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire». Mais faute de publicité payante, leur message sera-t-il entendu?
Notes : (1) Sur www.bap.propagande.org, www.antipub.net, www.actionconsommation.org. Ce manifeste est notamment soutenu par ATTAC, les Casseurs de pub et par RAP (Résistance à l’agression publicitaire).
(2) Un phénomène similaire a lieu en Valais, avec la mise en place dans certaines écoles d’un distributeur de pommes. Mais c’est là aussi le souci d’une alimentation saine et équilibrée qui a motivé cette action.
source: lecourrier.ch


