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Nouveau dérapage révélé: la police genevoise est «au bout du rouleau»

August 31st, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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Alors qu’un nouveau dérapage vient éclabousser la police genevoise, des gendarmes témoignent du ras-le-bol généralisé et dénoncent des comportements indignes, dont la corruption et la dépendance à l’alcool ou aux stupéfiants.

La police genevoise est en crise. Les députés du bout du lac ont à peine eu le temps, vendredi dernier, de voter la nouvelle loi sur la police, que celle-ci se trouve éclaboussée par un nouveau dérapage. Certains gendarmes, peut-être par dépit de ne voir passer que quelques jours derrière des barreaux les trafiquants de drogue arrêtés au centre-ville, les amènent, sous la contrainte, à l’autre bout du canton de Genève. Les dealers sont alors relâchés en pleine campagne et doivent se débrouiller, pour rentrer, par leurs propres moyens…

Selon des témoignages concordants, confirmés hier par le Service de presse de la police genevoise, une patrouille de la gendarmerie a ainsi mis la main, dans le quartier des Pâquis durant la nuit du mardi 10 au
mercredi 11 août, sur un Africain suspecté de trafic de stupéfiants. Les deux policiers ont ensuite largué leur «prisonnier» aux frontières cantonales genevoises, à Collex-Bossy. Fort contrarié de se retrouver
dans les bois de Versoix en pleine nuit, l’homme aurait fait du grabuge. C’est alors qu’un commissaire de police, passant là par hasard, a croisé sa route…
Cherchant à savoir ce qu’il s’était passé, l’officier a fait entendre le trafiquant présumé. Et celui-ci d’expliquer aux policiers avoir été parachuté en forêt par leurs collègues. «La patrouille de gendarmes a fait l’objet d’une audition. L’affaire est maintenant entre les mains du procureur général» du canton de Genève, Daniel Zappelli, nous a indiqué l’un des porte-parole de la police, Robert Di Giorgio. «Une fois l’enquête terminée, le chef de la police, Urs Rechsteiner, décidera de la sanction.»

«Démotivés»

Pourquoi ces incidents à répétition? Trois membres de la gendarmerie genevoise ont témoigné, à coeur ouvert mais sous anonymat. Le constat est sans appel: les forces de l’ordre traversent au bout du Léman une crise majeure et leurs membres sont, de leur propre aveu, «démotivés» et «au bout du rouleau». A tel point, que la «sécurité de la population peut s’en trouver compromise».
«On ne peut exiger une police de qualité et laisser les gens en état de délabrement moral et mental», constate un gendarme. Pour les fonctionnaires de police, il ne fait aucun doute que la raison des bavures est à chercher dans «le ras-le-bol généralisé» que connaissent les forces de l’ordre, face aux «incohérences de la justice et des
politiques», face au stress et au manque de moyens.
«Ce qui explique les dérapages est le sentiment qu’il n’y a plus de justice», souligne un policier. «Il naît alors l’idée qu’il vaut mieux rendre cette justice soi-même, pour être ainsi sûr de punir les délinquants.» Si les policiers interrogés condamnent unanimement les actions hors la loi de leurs collègues, ils fustigent l’application des
lois dans la République de Genève et un système judiciaire «totalement dépassé».

«Champ-Dollon est plein»

«La lutte contre le trafic de drogue est devenu un sketch. On ne se donne pas les moyens de remonter les réseaux. Nos chefs nous ont donné l’ordre d’arrêter d’arrêter, car Champ-Dollon est plein.» La prison est
en effet conçue pour accueillir 270 détenus. Or elle en a compté ces derniers mois jusqu’à 460, provoquant, il y a un mois, la colère des gardiens. «Si on coffre un dealer, on se fait taper sur les doigts», explique un gendarme. «La procédure nous prend une demi-journée et le type qu’on arrête avec des boulettes de cocaïne dissimulées dans la bouche, on le retrouve deux jours plus tard dans la rue. Quand il nous voit, il nous salue encore en rigolant… On nous demande donc ne plus procéder à des interpellations sur initiative, mais de nous borner à mettre des amendes aux voitures.»
A cela s’ajoute des horaires difficiles et le manque chronique de moyens. «Cela fait 10 ans que nos syndicats réclament en vain une hausse des effectifs. Nos politiciens sont incapables de nous la fournir. Du coup, avoir 300 ou 400 heures de travail supplémentaires est une moyenne courante dans la police genevoise. Et du côté de la revalorisation de la fonction et des salaires, nous ne voyons toujours rien venir.» La nouvelle loi sur la police ne satisfait d’ailleurs absolument pas les syndicats des forces de l’ordre, qui considèrent que «tout reste à
faire». «Cette situation nous démotive complètement et aboutit à une perte de la dignité», confie un gendarme. «Beaucoup de nos collègues n’ont plus une haute idée de la fonction de gendarme. Chez quelques-uns,
il n’y a donc ni crainte ni scrupule». Des gendarmes rencontrés ont ainsi été les témoins d’actes de corruption. «On offre à la police les consommations dans les bistros, des repas, voire des bouteilles
d’alcool», explique l’un d’eux, brisant là un tabou. «Certains collègues sont engraissés par des commerçants contre des traitements de faveur importants.» Si elle ne semble pas généralisée, cette prévarication est
néanmoins inquiétante. «Comme chef, ma plus grande peur serait que mes hommes goûtent à la corruption. Or, nos responsables ont l’impression que nous sommes de gentils petits garçons. Ce n’est pas le cas: la police est dans un état de délabrement avancé…»

YG/Le Nouvelliste
Source: laliberte.ch

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Tags: Société