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Islam en région lémanique: bas les masques !

November 23rd, 2005 · Commenter (Pas de commentaire)

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Un chercheur parisien a enquêté en profondeur sur le Centre islamique de Lausanne et sur cette religion dans les cantons de Vaud et de Genève.

(Nicolas Verdan - 24heures, 22 nov 05) - Samir Amghar achève une thèse de doctorat en sociologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris sur les dynamiques de réislamisation en Europe. A ce titre, il a étudié le mouvement des ahbaches, dont le Centre islamique de Lausanne constitue un relais important en Europe.

- Samir Amghar, pourquoi vous êtes-vous intéressé d’aussi près au Centre islamique de Lausanne ?

- Je travaille sur le mouvement habachi libanais (lire encadré ci-dessous). Par extension, je me suis intéressé à son implantation en Occident. En fréquentant notamment le Centre islamique parisien des Ahbaches, j’ai découvert l’existence du centre lausannois, le plus important de Suisse, le plus ancien d’Europe. A la fin des années 1990, les dirigeants du mouvement ont même imaginé faire de Lausanne leur centre européen. En France, les ahbaches sont apparus et se sont structurés à cette même époque, tandis qu’en Suisse, ils sont là depuis la fin des années 1970. Le centre lausannois s’est ouvert en 1978. Ils sont considérés comme une secte par certains courants de l’islam.

- Lesquels pensent-ils cela ?

- Pour ceux qui produisent l’orthodoxie musulmane au Moyen-Orient, comme les cheikhs saoudiens, les ahbaches apparaissent comme une secte. Ils sont en porte-à-faux également avec les Frères musulmans (n.d.l.r.: mouvement fondé en 1928 par le grand-père de Tarik et d’Hani Ramadan, préconisant un islam global, soit plus qu’une religion: une culture, une philosophie, un système politique), auxquels ils disputent la même clientèle au sein des classes moyennes musulmanes occidentales, comme à Lausanne. Ils pratiquent la sorcellerie, l’exorcisme, ils utilisent des talismans, ils pratiquent le culte de reliques et celui des saints. Ils sont très critiques envers les compagnons du Prophète, en particulier envers ceux qui n’ont pas soutenu Ali. C’est les raisons pour lesquelles ils sont perçus comme une secte. En même temps, ils ne véhiculent pas de discours violent ou d’appel au meurtre. Au contraire, ils condamnent le terrorisme, se présentent comme un rempart à l’islamisme et défendent, selon eux, une vision modérée de l’islam. Dans un contexte post-11 septembre, ce type de discours fondé sur la condamnation de l’extrémisme islamique séduit les autorités, notamment la Syrie, qui les a longtemps soutenus.

- Quand on dit aux Ahbaches qu’ils appartiennent à une secte, ils protestent en affirmant qu’ils entretiennent des relations avec la grande Université Al-Azhar, au Caire, une référence dans le monde musulman.

- Oui, ils entretiennent des liens avec Al-Azhar et ont signé un partenariat d’enseignement. N’oublions pas que Al-Azhar est pour le monde musulman, l’un des épicentres de l’orthodoxie musulmane. En signant un tel accord, c’est la garantie pour ce mouvement d’apparaître comme un mouvement orthodoxe face à des courants islamiques très critiques à leur égard et les considérant comme une secte, un mouvement hétérodoxe. Je ne suis pas théologien et je ne peux me prononcer sur le caractère orthodoxe ou non des Ahbaches. Néanmoins, ils peuvent être, d’un point de vue sociologique, analysés comme une secte. Le pouvoir des responsables est de type charismatique, ils estiment être les seuls dépositaires de l’islam et ne reconnaissent pas les valeurs dominantes de la société occidentale, comme la démocratie.

- Ce qui frappe, au contact des ahbaches, c’est leur réticence à s’afficher comme tels.

- Oui, à Lausanne comme à Paris, ils se présentent sous l’enseigne d’un centre islamique, comme une association de bienfaisance, mais de la même manière que les Frères musulmans refusent de s’afficher comme tels. Dans les centres ahbaches, il y a un flux incessant de responsables qui vont et viennent. L’imam de Lausanne s’en va en France, puis au Liban. Des imams libanais font le voyage inverse pour donner des conférences. Ce mouvement est l’archétype d’un mouvement transnational dont le pivot reste le Liban.

- Les imams sont-ils tous d’origine libanaise, comme c’est le cas à Lausanne ?

- Oui, les responsables sont Libanais mais d’autres nationalités s’agrègent au fur et à mesure que le mouvement se développe et ils élargissent leur base en fonction des différents contextes nationaux. En France, ils recrutent chez les Maghrébins et les Noirs africains, en Allemagne, chez les Kurdes et en Ukraine, chez les Tatars. La grande mosquée de Kiev est habachi.

- Comment ressentez-vous l’ambiance au Centre islamique de Lausanne ?

- J’ai été frappé par l’accueil extrêmement chaleureux des centres ahbaches en général. Ils sont bien plus chaleureux que chez les Frères musulmans. Cette chaleur, bien qu’elle soit sincère, entre également dans une stratégie de séduction du musulman qui fréquente le Centre. Ils mettent à l’aise et ils accueillent toute personne comme une recrue potentielle. L’objectif est de s’assurer d’une assise sociale suffisamment forte pour peser dans l’islam suisse.

- Qu’est-ce qui vous a le plus marqué à Lausanne ?

- Leur position centrale dans la ville. En France, leurs centres se trouvent en général à la périphérie des villes, dans les quartiers populaires. Mais à Lausanne, j’ai surtout été frappé par les liens existants entre le centre et les autorités. Ils se présentent comme les représentants des musulmans de Vaud. Cette reconnaissance institutionnelle de la part des pouvoirs publics n’existe pas en France. Cependant, cette domination, cette forme de leadership sur l’islam de la part des Ahbaches est sur le déclin. De plus en plus isolé, ce mouvement se trouve en compétition avec de nouveaux venus à Lausanne, les Frères musulmans, beaucoup plus dynamiques et ayant plus de moyens financiers.

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Tags: Lobbies

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