A travers nous, c’est le sionisme tout entier qui a été trahi par le plan de retrait d’Ariel Sharon»
Rassemblés mardi autour de la Knesset, des dizaines de milliers d’Israéliens de tous horizons ont manifesté contre le plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza, qui a finalement été adopté dans la soirée par 67 députés contre 45 et sept abstentions
«A travers nous, c’est le sionisme tout entier qui a été trahi.» Comme la plupart des manifestants de droite et d’extrême droite venus protester mardi devant la Knesset contre le plan de séparation unilatérale de la bande de Gaza, Jean-Claude Lévy, un Franco-Israélien dont la famille réside dans une implantation devant être prochainement démantelée, considère d’ores et déjà la bataille comme perdue. «Bien sûr, nous nous opposerons de toutes nos forces au «transfert» de juifs par d’autres juifs et à la destruction de ce que nous avons construit depuis trente-sept ans, mais nous savons que les jeux sont faits.» Et d’ajouter: «C’est un coup dur, très dur. Beaucoup d’entre nous sont en dépression depuis quelques semaines. Car en fin de compte, Ariel Sharon, qui prétendait représenter nos idées, tire un trait définitif sur notre raison de vivre. Il abandonne l’idée du Grand Israël et réduit le sionisme à une doctrine du passé, sans dynamique, et sans souffle.»
A l’appel du Yecha, le lobby des colons, des dizaines de milliers d’Israéliens vêtus d’un polo orange (la couleur de Gouch Katif, le bloc d’implantations le plus important de la bande de Gaza) avaient investi Jérusalem dès mardi matin afin de tenter d’influer sur le vote des députés. Venus en famille – les écoles des colonies étaient en grève –, la plupart d’entre eux ont campé dans les parcs publics jouxtant la Knesset. Si quelques dizaines d’excités ont vainement tenté de forcer les portes de la Cour suprême, la plupart des manifestants se sont contentés de participer aux séances de prière collective dirigées par l’ex-grand rabbin d’Israël Avraham Shapira afin d’«implorer Dieu de contrer ceux qui veulent brader notre terre sacrée». Quelques dizaines ont également organisé des discussions publiques consacrées à «la nécessité d’organiser un référendum sur le démantèlement des colonies» – une idée rejetée par Sharon qui ne veut pas perdre de temps – ainsi qu’au «manque de démocratie en Israël».
«Dictateur coupé du peuple»
«Sharon s’est transformé en dictateur coupé du peuple», proclamait ainsi, la main sur le cœur, un cadre du mouvement de jeunesse religieux Benï Akiva à un groupe d’adolescents l’écoutant en silence. «Non seulement il passe outre aux décisions des instances du Likoud (ndlr: son parti) lui interdisant de démanteler des colonies mais en plus, il ne veut pas entendre parler d’un référendum et il refuse d’écouter la voix de ceux qui l’ont élu.»
Etrange public que celui des opposants à la «séparation unilatérale» prônée par Ariel Sharon. Outre les colons concernés au premier degré, on y retrouve des religieux pour lesquels «le départ de Gaza retardera le retour du Messie», des laïcs d’extrême droite considérant que «démanteler une implantation revient à offrir une prime aux terroristes», ainsi que des mécontents de toute nature. «Nous sommes tous différents, mais finalement tous unis par l’amour d’Israël», affirme Dorit Silberwasser, un professeur de français originaire de Tel-Aviv et dont le fils, militaire, sert précisément dans la bande de Gaza. «En d’autres circonstances, j’aurais peut-être accepté que l’on se retire de Gaza après des discussions de paix, mais pas en pleine Intifada. Et certainement pas tant que Yasser Arafat restera au pouvoir chez les Palestiniens. En quittant ce territoire de la manière dont Sharon l’envisage, notre pays se donne la posture d’un vaincu. Il se fait mal à lui-même et je trouve que c’est bien dommage.»
A quelques centaines de mètres de là, apparemment insensible aux critiques des protestataires qui s’élevaient de plus en plus massivement au fil des heures, le chef du gouvernement de l’Etat hébreu a passé la plus grande partie de cette journée «historique» en consultations politiques. Objectif: conforter sa majorité dans la perspective du vote qui est intervenu hier en fin de soirée, et convaincre certains députés hésitants de le soutenir malgré tout. «Quoi qu’il arrive, je n’ai aucune intention de démissionner et encore moins de provoquer des élections législatives anticipées, a-t-il déclaré en sortant de l’un de ces conclaves. J’ai été démocratiquement élu et mon mandat se termine en octobre 2006. J’irai donc jusqu’au bout quoi qu’en disent mes contradicteurs.»
source: letemps.ch


