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Une nouvelle et bien mystérieuse rébellion albanaise défie Skopje

December 24th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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MACEDOINE. Des dizaines de combattants se trouvent depuis trois mois dans un village proche de la capitale, où trafic et radicalisation islamique se développent.

Macédoine Les rebelles se sont retirés mardi vers des positions plus reculées, abandonnant les tranchées qu’ils avaient creusées à quelques centaines de mètres des faubourgs de Skopje. Ce retrait est le résultat d’un accord négocié par les partis politiques albanais de Macédoine, qui affirment avoir réussi à désamorcer une crise majeure. Le village, Kondovo, compte quelque 3000 habitants, tous albanais. Presque personne n’a d’emploi dans la grande ville pourtant toute proche, mais le village abrite de nombreux trafics. Kondovo et le village voisin de Saraj sont considérés comme les plaques tournantes des trafics de voitures volées à Skopje.

Rivalités politico-mafieuses

Les caïds de Saraj se sont ralliés à l’Union démocratique pour l’intégration (BDI), la formation créée par les anciens rebelles de l’UÇK, qui participe au gouvernement de la Macédoine depuis les élections de septembre 2002. Ceux de Kondovo sont restés fidèles au Parti démocratique des Albanais (PDSH), maintenant dans l’opposition. Les petits chefs de Saraj les auraient donc évincés de nombreuses affaires, et ce contexte de rivalités politico-mafieuses n’est sûrement pas étranger à l’installation de la guérilla dans le village.

Kondovo occupe aussi une position stratégique: une unique route quitte le village pour aller vers le Kosovo, en passant par les montagnes. C’est par cet axe que passe l’essentiel des trafics avec la province placée sous protectorat international. Kondovo abrite aussi depuis vingt ans la madrasa Isa Beg de Skopje et la faculté de Théologie islamique. La madrasa est la seule école secondaire musulmane du pays. Son directeur, Muhamed Mustafa, explique que l’établissement a été construit dans le village parce qu’il était impossible de trouver un terrain constructible dans la ville même de Skopje.

La madrasa abrite 200 élèves, presque tous albanais, à l’exception d’une poignée de Turcs et de Macédoniens musulmans. Les garçons, âgés en moyenne de 14 à 18 ans, vivent obligatoirement en internat. Les médias macédoniens et certains experts internationaux ont dénoncé l’établissement comme un bastion wahhabite, ce que dément son directeur. «Beaucoup de nos étudiants obtiennent des bourses pour pouvoir poursuivre leurs études dans des pays du monde arabe, mais nous ne recevons aucun financement de l’étranger, affirme-t-il. Les enseignants et les étudiants faisaient bon ménage avec les rebelles qui montaient la garde à l’entrée du village, se saluant les uns les autres par de vigoureux Salam Aleikoum.»

La Macédoine est travaillée depuis quelques années par des courants islamistes radicaux, très actifs auprès des petites communautés musulmanes non albanaises du pays, comme les Turcs ou les Macédoniens musulmans, qui font de l’islam un référent identitaire, alors que les Albanais cultivent le nationalisme. Une bataille ardente se joue en ce moment pour le contrôle des institutions de la communauté islamique de Skopje. L’actuel imam principal de la capitale est accusé de corruption par le reis ul-ulema de Macédoine, la plus haute autorité musulmane du pays. L’imam de Skopje, Zenun Berisha, est aussi accusé de «développer des pratiques étrangères à l’islam de la région», un euphémisme pour évoquer l’influence de l’islam salafiste venu du monde arabe.

Contagion en Serbie

Les militants de l’islam radical ont déjà pris pied dans le monde albanais. La contagion gagne le sud de la Serbie, où vivent quelque 100 000 Albanais. Selon les journalistes du journal multiethnique local Hapi, une poignée de militants islamistes ont pris le contrôle de toutes les mosquées de Bujanovac, avec le soutien de l’imam local. Dans la ville voisine de Presevo, les cadres musulmans locaux, plus fidèles au modèle traditionnel de l’islam balkanique, d’influence turque, résistent encore à cette poussée.

Parmi les combattants apparus à Kondovo, on retrouvait, outre les petits chefs locaux, des figures déjà vues dans les guérillas albanaises du Kosovo et du sud de la Serbie. Plusieurs d’entre eux venaient ainsi de Bujanovac. Jusqu’à présent, le nationalisme albanais, de tradition laïque, n’entretenait guère de relations avec l’islam radical. La presse macédonienne n’hésite pas à évoquer des «cellules terroristes liées à Al-Qaida», actives en Macédoine comme au Kosovo, ce qui est sans aucun doute très exagéré. Par contre, l’imbrication des intérêts politico-mafieux pourrait faire émerger des mouvements inédits, tandis que des militants convaincus œuvrent dans l’ombre à «réislamiser» les Albanais, jusqu’à présent bien peu pratiquants, comme la plupart des musulmans des Balkans.

source: letemps.ch

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Tags: Europe · Général