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Un tableau peu rassurant de la montée de l’islam en Suisse.

April 19th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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ENQUETE. Berne a identifié plusieurs groupes semi-clandestins implantés sur le territoire helvétique. Des dizaines d’anciens combattants islamistes venus de différents pays ont obtenu l’asile en Suisse ces dernières années.
Une série de rapports adressés depuis 2001 à la Délégation de sécurité du Conseil fédéral et les analyses de l’Office fédéral des réfugiés mettent en lumière une présence croissante en Suisse de militants et de groupes islamistes radicaux, faisant craindre des dérives extrémistes au sein des quelque 300 000 musulmans de Suisse, a appris Le Temps de sources concordantes dans l’administration fédérale. «Il y a un danger que nos communautés deviennent des proies faciles pour des islamistes qui veulent imposer une idéologie totalitaire et agressive», estime un fonctionnaire connaissant bien la question.

Les recherches des services de renseignement, de l’Office fédéral de la police ou de l’Office des ré-fugiés ont permis d’établir la présence d’au moins une demi-douzaine de groupes islamistes semi-clandestins, dont les effectifs en Suisse varient d’une poignée à quelques dizaines de militants. Il s’agit notamment du Front islamique tunisien, du Front islamique du salut algérien et du Hamas palestinien. Connu pour pratiquer les attentats-suicides en Israël, ce dernier compte en Suisse des sympathisants associés à ses activités «culturelles et associatives», selon un fonctionnaire. Les autorités fédérales s’interrogent également sur la présence en Suisse du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), associé à des actions terroristes en Algérie.

Une organisation discrète et très radicale, le Hizb-ut-Tahrir, est implantée sur le territoire helvétique. Ce «parti de la libération» fondé en 1953, présent au Proche-Orient et en Asie centrale, vise l’instauration d’un «califat» faisant régner la loi islamique sur tout le monde musulman. Il se dit pacifique mais demande aux musulmans de rejeter toute loyauté envers les Etats «impies» d’Occident. Son discours extrémiste lui vaut d’être interdit en Allemagne. Durant l’été 2002, l’un de ses représentants s’est adressé à une réunion de musulmans suisses près de Constance, en Allemagne. Ahmed Huber, un converti bernois connu pour ses positions antisémites, était présent. «Ce sont des amis, explique-t-il au Temps. Ils ont des membres en Suisse, mais ce sont des intellectuels qui ne font pas de publicité.» Plus visible, l’organisation turque Milli Görüs contrôle plusieurs centres islamiques, notamment en Suisse alémanique: dans un passé récent, les services de renseignement helvétiques ont relevé l’existence de contacts entre ce groupe et Al-Qaida, l’organisation terroriste d’Oussama Ben Laden.

Dans quelques centres et mosquées, les autorités fédérales disent avoir constaté la montée en puissance d’un islam radical qui supplante l’enseignement religieux traditionnel. «Les imams locaux sont remplacés par des radicaux financés par l’argent saoudien», explique un fonctionnaire qui précise que les centres concernés se comptent «sur les doigts d’une main». Beaucoup plus nombreux sont les lieux de culte musulmans qui voient passer des «touristes» saoudiens distribuant gratuitement une abondante littérature religieuse au contenu anti-occidental très marqué: les échantillons obtenus par Le Temps louent le djihad, la «guerre sainte», et accusent «les Juifs et leurs alliés» de propager «l’adultère, l’homosexualité et l’inceste» grâce à leur domination sur «la finance mondiale et les médias».

Depuis septembre 2001, l’Office fédéral des réfugiés (ODR) a intensifié ses efforts visant à repérer les demandeurs d’asile qui ont combattu dans les différentes milices islamistes soutenues par Al-Qaida, notamment en Afghanistan. «On ne connaît pas le nombre de ces gens qui sont venus en Europe, explique un fonctionnaire de l’ODR. Ils sont entraînés à se dissimuler, à se fondre dans le pays d’accueil.» Les autorités suisses n’ont jamais identifié de candidats à l’asile qui seraient passés par les camps terroristes d’Afghanistan. En revanche, d’anciens combattants islamistes de Bosnie, de Tchétchénie, du Kosovo ou d’Algérie ont demandé l’asile en Suisse, mais en nombre limité: «Moins d’une dizaine de cas par an depuis les années 90», selon l’ODR. Pour Pascal Richoz, chef de division à l’ODR, identifier ces guerriers de l’islam demeure un «thème prioritaire» de l’Office.

La présence de l’islam radical en Suisse figure aujourd’hui sur la liste confidentielle qui définit les thèmes les plus importants en matière de sécurité intérieure. Une mesure envisagée pour limiter l’influence de cette idéologie est l’établissement d’un dialogue institutionnel entre les autorités suisses et les communautés musulmanes. Cette proposition, évoquée au sein de l’administration et de commissions parlementaires, n’a pas eu d’effets concrets jusqu’à présent.

source: le temps du 19 avril 2004.

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Tags: Général

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