VIOLENCE Deux plaintes pénales ont été déposées pour le passage à tabac de deux adolescents
Violemment projeté contre le wagon du train, Marc* est à terre. C’est alors que la jeune fille soulève la tête de cet adolescent de 15 ans pour la frapper contre une marche. Venu prêter main-forte à son camaradePierre*, victime d’une expédition punitive organisée le 6 février dernier à la gare d’Orbe (VD), Marc doit peut-être son salut au conducteur du train, qui est intervenu pour mettre un frein au déchaînement de haine des neuf auteurs de cette agression.
Menacés de mort, les deux amis commencent par se taire, dans la crainte de représailles. Dimanche passé, leurs parents ont toutefois décidé de déposer une plainte pénale, suivie d’une interpellation de la gendarmerie. Une enquête a été ouverte par la présidente du Tribunal des mineurs de Lausanne. Commise par une majorité de ressortissants bosniaques et kosovars (âgés de 14 à 16 ans), cette agression attise la méfiance envers les étrangers.
Le mobile de ce passage à tabac? Dérisoire. Les deux victimes sont en filière baccalauréat, les autres dans une classe pour écoliers en voie d’intégration. Il aura suffi d’un regard, jugé humiliant par l’auteur principal de l’agression, pour que ce dernier s’entoure de huit complices – dont deux jeunes filles – et mette sur pied une expédition punitive, le lendemain en fin de matinée.
Pris à partie par ses bourreaux dès sa sortie du bus en gare d’Orbe, Pierre reçoit coups de pied et coups de poing avant que Marc ne vienne à son secours et ne finisse lui-même à genoux contre le wagon du convoi qui relie Chavornay. «Au début, j’ai cru à une bagarre ordinaire», témoigne le conducteur du train, dont l’intervention a permis de séparer les deux groupes. Il n’en dira pas plus, interrompu par le responsable du personnel de la ligne de chemin de fer qui, sous le coup de l’émotion, ne mâche pas ses mots: «Nous n’avons rien à déclarer à la presse, tranche Willy Dériaz. Nous ne voulons pas que ces crapules viennent perforer nos gaillards en guise de représailles. Ils sont capables de tout!»
Pas d’impunité face à la violence
Le syndic d’Orbe, Claude Recordon (lib.), se charge de la traduction dans un langage qu’il déclare crânement comme «politiquement incorrect»: «Il faut que le Conseil d’Etat exécute les décisions de renvoi des étrangers qui ont été déboutés et fasse appliquer la loi.» Des propos d’extrême droite? Claude Recordon s’en défend: «Je crains justement que ce genre d’agression n’attise ce type de sentiments. Il faut cesser de faire de l’angélisme, oser affirmer qu’aujourd’hui nous n’arrivons plus à gérer ces communautés venues de pays en guerre et qui ont pris l’habitude de banaliser la violence.»
Interpellés lundi, les auteurs de l’agression d’Orbe ont été relâchés. Certains ont reconnu avoir volé divers objets à l’étalage. Aucun d’entre eux n’était à ce jour connu des services de police. Le Tribunal des mineurs est actuellement en charge de l’enquête pénale. Porte-parole de la police cantonale vaudoise, Claude Wyss se félicite que les parents aient déposé une plainte: «C’est une démarche nécessaire pour que tous les jeunes, qu’ils soient Suisses ou étrangers, prennent conscience qu’ils ne peuvent pas faire usage de la violence en toute impunité.»
*Prénoms d’emprunt
source: Le Matin du 25 février 2004.
Tout ça pour un “regard humiliant”.
February 25th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)
Tags: Général




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