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Tariq Ramadan n’enseignera plus à l’Université de Fribourg

29/1/2004 4:08 am · Commenter (Pas de commentaire)

Dès le semestre d’été, l’université renonce au cours donné par l’intellectuel musulman genevois. Celui-ci a confirmé son départ pour les Etats-Unis.
Tariq Ramadan prend ses distances avec la scène européenne. L’intellectuel genevois a confirmé la nouvelle donnée hier par «Le Temps»: dès l’été, il s’installera dans l’Indiana, près de Chicago, et il enseignera à l’Université catholique Notre-Dame. «Je prendrai ensuite une décision finale sur mon lieu d’établissement, a-t-il encore précisé à l’Agence télégraphique suisse.
Professeur de philosophie au Collège de Saussure, à Genève, il a pris une année de congé sans traitement. Par contre, son cours d’islamologie à l’Université de Fribourg avait déjà été supprimé dans le programme du semestre d’été prochain. «N’y voyez pas une sanction!» précise immédiatement Richard Friedli, professeur de science des religions à l’université. «Dans la perspective des Accords de Bologne, nous avons restructuré le programme, en concentrant sur une seule année l’histoire des différentes religions et en confiant ce cours à une seule personne. Nous n’avons donc pas renouvelé le contrat de certains enseignants, dont celui de M.Ramadan». Celui-ci ne sera donc plus chargé de cours à l’université.
«Cela n’aurait pas passé»
Richard Friedli savait que le prédicateur genevois souhaitait donner une nouvelle orientation à sa carrière. «Il aurait volontiers fait une thèse d’habilitation à Fribourg. Nous le lui avons déconseillé. Dans le contexte actuel, cela n’aurait jamais passé auprès de la faculté.»
Depuis quelques mois en effet, l’agitation médiatique autour de Ramadan était assourdissante. Sa dénonciation d’intellectuels français, défenseurs d’Israël «parce que juifs», avait mis le feu aux poudres. Il s’était heurté ensuite au ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, polémiquant avec lui sur le voile et la lapidation. Au début janvier, il lançait une nouvelle provocation dans un mensuel marocain, disant que «la grande supercherie est de laisser croire à l’Europe qu’elle est de tradition judéo-chrétienne».
son directeur démissionne
Ces polémiques peuvent avoir un lien avec son départ, Richard Friedli ne l’exclut pas. Par contre, il défend les compétences scientifiques de Ramadan, critiquées par le doyen de l’Université de Genève, Charles Genequand, dans l’article du «Temps».
Directeur de thèse de Ramadan, Genequand avait démissionné du jury avec deux autres membres, pour ne pas cautionner une thèse «idéologique, orientée». «J’estime qu’il s’est moqué de moi», dit encore le professeur genevois.
Un nouveau jury de thèse avait été constitué, sous la présidence de Philippe Borgeaud, professeur d’histoire des religions à l’Université de Genève. Richard Friedli en avait fait partie.
«J’étais deuxième rapporteur. Le premier, un professeur de Berne, vient de faire une note à l’intention du recteur de notre université, pour confirmer la qualité académique de cette thèse. Elle n’est pas idéologique, même s’il y a chez Ramadan un présupposé théologique bienveillant à l’égard de l’islam et de son sujet (le fondateur des Frères musulmans et grand-père de Ramadan, ndlr). Il n’expose pas seulement les faits, il prend position. C’est une thèse qui défend une thèse», dit Richard Friedli.
Un choix mûrement réfléchi
Le terrain américain avait été préparé de longue date par Tariq Ramadan. «Il y a deux ans, la chaire de religion, conflit et promotion de la paix s’est libérée», explique Julie Titone, directrice de la communication de l’Université catholique Notre-Dame. «Nous avons mis le poste au concours. M. Ramadan a alors fait acte de candidature. Nous avons décidé de le nommer à la chaire vacante et lui-même a accepté sa nomination il y a six mois.» Julie Titone affirme être très au fait des polémiques qui entourent le parcours et la personnalité du Genevois. «Nous l’avons choisi en connaissance de cause, reprend-elle. Pour nous, M. Ramadan participe à la construction de la paix, il est engagé dans le dialogue interreligieux et il prône la non-violence. Sur la question du voile islamique, M. Ramadan est partisan de la liberté de choix, et cela nous convient parfaitement, car nous pensons aussi, aux Etats-Unis, que le port du voile relève de la liberté de choix.»
Tariq Ramadan occupera un poste de professeur à part entière. La durée de son contrat n’est pas limitée dans le temps. Il enseignera et développera de nouveaux cours, dirigera des travaux de recherche et lancera des publications. «Nous sommes vraiment excités à l’idée de le compter parmi nos professeurs», ajoute Julie Titone. L’Université catholique Notre-Dame a été fondée en 1842. Elle figure dans le «top 20» des universités américaines. Antoine Menusier
Source: La Liberté du 29 janvier 2004

Tags: Général

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