La sincérité de l’intellectuel musulman mise en doute
On ne parlera ces semaines, sur les télévisions, dans les radios, que de lui: Tariq Ramadan est plus que jamais au coeur du débat qui agite l’Europe et le monde autour de l’islam.
Courant septembre, c’est Lionel Favrot, directeur de la rédaction de Lyon Mag, qui ouvrait les feux avec son analyse* des stratégies de l’intellectuel musulman.
«Politiquement correct dans les médias, mais fondamentaliste dans les banlieues, Tariq Ramadan joue un jeu dangereux pour le débat démocratique, car il n’apparaît pas sous son vrai visage, estime le journaliste lyonnais. S’il est mis en difficulté, il accuse ses détracteurs d’islamophobie et joue la carte de la victimisation; à preuve, il publiera dans quelques jours un livre intitulé «Faut-il interdire Tariq Ramadan?», en guise de contre-feu. Or il n’est pas question de l’interdire, mais de le démasquer.»
On le voit, le brûlot de la journaliste Caroline Fourest, dont le livre**, sorti cette semaine, dissèque le «double discours» du prédicateur genevois, n’est pas une charge isolée. Selon sa thèse, le succès de Tariq Ramadan s’explique par son habileté à user du complexe colonial qui pèse sur les consciences de l’Hexagone, notamment à gauche, au sein d’organismes tels que la Ligue des droits de l’homme ou le mouvement Attac. «Par souci de tolérance, et surtout par peur d’être accusés de racisme antimusulman, voire d’islamophobie (…), ses interlocuteurs lui pardonnent des propos qu’ils ne pardonneraient pas une seconde à un intégriste chrétien», affirme-t-elle dans l’hebdomadaire L’Express.
Et Lionel Favrot de renchérir: «Je suis en possession d’une cassette où il se prononce contre l’excision, en précisant, en substance, qu’il s’agit de n’opérer que légèrement, ce qui est aussi révélateur que s’il suggérait de ne lapider qu’avec de petites pierres…»
Sur le port du voile, sur l’adultère, sur la sexualité hors mariage, Tariq Ramadan est animé d’un radicalisme qui ne transparaît pas au grand jour, démontrent les deux auteurs dans leurs ouvrages respectifs. Une attitude basée sur l’art de la takia. «Etymologiquement, ce terme date de la reconquête de l’Andalousie, lorsque les Arabes ont dû commencer à se cacher pour éviter les représailles d’Isabelle la Catholique, explique Ghaleb Bencheikh, animateur de l’émission «Islam» sur France 2; aujourd’hui, il désigne la dissimulation, le mensonge nécessaire pour leurrer l’ennemi.»
A en croire Lionel Favrot et Caroline Fourest, Tariq Ramadan est passé maître dans cet art où sa maîtrise de la rhétorique lui est d’un grand secours. Exception faite du fameux face-à-face avec le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy le 23 novembre 2003, lors de l’émission «100 minutes pour convaincre», où il se coupa en ne proposant qu’un «moratoire» sur la question de la lapidation des femmes, en lieu et place d’une condamnation sans appel.
Ghaleb Bencheikh est implacable: «Il a glosé sur la pédagogie, alors qu’il aurait dû qualifier ce châtiment d’abomination.» Avec son frère Soheib Bencheikh, mufti de la région de Marseille, Ghaleb Bencheikh a été l’un des premiers à signaler le danger que représente Tariq Ramadan, «en voulant travailler au corps les jeunes immigrés qui se sentent opprimés et donc réceptifs à un discours qui les valorise».
C’est à Lyon que Tariq Ramadan aurait acquis, il y a une dizaine d’années, une légitimité militante en étant le tribun régulièrement invité par l’UJM, l’Union des jeunes musulmans. «Il passait pour un bourge de Genève, mais disposait de connexions dans certains milieux auxquels les jeunes n’avaient pas accès; il leur a appris à théoriser, et en retour ils lui ont offert l’auditoire des jeunes des cités», se souvient Lionel Favrot.
Une «islamisation de la société par la base» qui est la signature des Frères musulmans, mouvement fondamentaliste créé au début du XXe siècle par Hassan al-Banna, qui n’est autre que le grand-père de Tariq Ramadan. «Leur stratégie n’est pas de prendre le pouvoir pour dicter leur volonté au peuple, mais de changer le peuple pour, une fois la métamorphose opérée, interpeller le gouvernement.»
Malgré nos demandes répétées, Tariq Ramadan n’a pas saisi l’occasion de réagir à la nouvelle polémique dont il est l’objet.
* «Tariq Ramadan dévoilé», Lionel Favrot, Editions Lyon Mag/Hors série
** «Frère Tariq», Caroline Fourest, Editions Grasset
source: lematin.ch



