Sous le nom de code «opération miel», la police vaudoise a démantelé au printemps 2000 une filière de la cocaïne pour le moins insolite entre le Pérou et la Suisse. A l’instar d’une pratique mise au jour en Hollande, la drogue parvenait en Europe mélangée à de la cire d’abeille. Le composé subissait alors un traitement chimique destiné à récupérer un stupéfiant d’une grande pureté.
Un Lausannois de 35 ans s’est trouvé mêlé à cette combine avec la complicité d’un ami péruvien de 38 ans qu’il a fini par héberger à son domicile. Tous deux se chargent mutuellement et s’empêtrent depuis hier à expliquer leurs actes à un Tribunal correctionnel qui s’efforce de faire la part des choses entre naïveté et cupidité.
Beau parleur
L’un est arrivé libre, bien habillé, intarissable, affable. L’autre est entré menottes aux poignets, en préventive depuis trente-deux mois, modestement vêtu, s’exprimant à mots comptés par le truchement d’une interprète.
Ancien vendeur vedette en assurances, virtuose de l’art de convaincre ses interlocuteurs, le Lausannois en complet gris rayé et cravate bleue plaide l’erreur de parcours, le désespoir. Cultivateur selon ses dires, surnommé Toni, taciturne et résigné, le Péruvien en veste de cuir se retranche derrière une déclaration sans appel: «Je ne veux plus répondre à vos questions. Je ne peux pas vous dire la vérité sinon j’aurai des problèmes.»
«Jouisseur effréné»
Le Vaudois raconte: «J’ai découvert le Pérou grâce à mon épouse qui venait de là-bas. Nous y allions régulièrement, chargés d’aide humanitaire. Puis nous nous sommes séparés. Alors j’ai plongé dans la cocaïne.» Une fois par an, il continue à se rendre au Pérou en «jouisseur effréné» selon l’expression du président Winzap. «Drogue, prostituées, qu’est devenu l’humaniste? Il profite de tous les vices qu’il voulait combattre dans ce pays.» Sur place, un ami lui conseille un truc infaillible pour faire venir à bon marché de la poudre en Suisse. Il s’agit d’un camouflage physico-chimique rendant la drogue indécelable, même au flair des chiens.
En avril 2000, l’assureur reçoit à son domicile lausannois un bidon de 7,4 kilos de cire d’abeille trafiquée. Il se met au travail, mais il y a un hic. «J’avais noté la marche à suivre sur un bout de papier pour séparer la drogue de la cire, mais ça ne fonctionnait pas.»
Il goûtait l’acide
De fait, l’opération consistait dans un premier temps à récupérer de la cocaïne base, puis à la raffiner. «J’avais pourtant trouvé tous les produits chimiques, les solvants, les acides, qu’il fallait, dont de l’essence que j’ai dû aller chercher en France parce qu’avec la sans-plomb ça ne va pas.» La moitié du bidon de cire est bousillée dans ces essais. «Alors j’ai demandé de l’aide au Pérou et Toni est arrivé en Suisse. J’ai tout de suite vu qu’il s’y connaissait à voir comme il testait les acides en les goûtant dans sa bouche.» Toni extrait donc ce qui est à prendre dans le reste du bidon. Puis arrive un deuxième bidon, et un troisième. La teneur en cocaïne pure est estimée à un peu plus de 8%.
Cinq bidons au total, dont l’un saisi dans un centre de requérants d’asile à Zurich, parviennent en Suisse. Ils représentaient 4,3 kilos de cocaïne base ou 4,9 kilos de chlorhydrate de cocaïne pure à 75%.
Installé d’abord dans la cuisine du Lausannois, le laboratoire est ensuite transféré dans une roulotte de forain au pied du Jura, car les odeurs de produits chimiques commençaient sérieusement à inquiéter les autres locataires. Toni a extrait en tout 2,6 kilos de cocaïne base donnant 3,3 kilos prêts à la consommation.
«De la folie furieuse»
«Je consommais énormément, c’était de la folie furieuse. J’étais entré dans la spirale des sables mouvants», se souvient le Vaudois. A qui appartenait la drogue? Les deux accusés se renvoient la balle, chacun affirmant qu’il n’était que le boy de l’autre. «Il m’avait donné une Rolex en guise de paiement et en plus c’était une fausse», dit Toni. «Ce n’est pas vrai, c’est lui qui gardait la drogue, gérait le stock et me la vendait 30 francs le gramme.»
Il demeure que le Vaudois menait grand train, roulant notamment en Ferrari. Une épave selon son ami propriétaire de la roulotte. «Pas du tout, je l’avais payée 20 000 francs, mais elle marchait bien.» Les enquêteurs ont évalué de 70 000 à 120 000 francs le chiffre d’affaires de ce trafic qui approvisionnait notamment quelques revendeurs de la région. Le procès se poursuit aujourd’hui
Source: Le 24 heures du 22 janvier 2004
Réseau de cocaïne démantelé.
January 22nd, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)
Tags: Général




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