«Notre approche pour gérer les restructurations du groupe se caractérise par une planification détaillée, l’implication correcte des personnes concernées et, lorsque les licenciements sont inévitables, la recherche d’opportunités alternatives pour minimiser autant que possible les conséquences individuelles.» Le groupe Bunzl, propriétaire de Filtrona, sait faire preuve d’un certain sens de la rhétorique. Au moins sous la rubrique «Ressources humaines» de son site internet.
En grève depuis près d’une semaine parce qu’ils ignorent tout de leur avenir, les salariés de Crissier connaissent les limites et l’hypocrisie de ce discours. Sans leur mouvement, il semble peu probable que la direction du fabricant de filtres à cigarette aurait accepté de leur faire réellement part de ses intentions. Ce devrait être fait mardi.
Il ne s’agit pourtant pas d’un conflit «classique» causé par le sauvetage d’un groupe en perdition ou par une délocalisation vers l’Asie pour limiter les coûts d’exploitation. Non, Filtrona fait des profits (66 millions de francs pour le seul premier semestre de cette année), sa maison mère aussi (204 millions). Filtrona ne transfère pas davantage l’usine en Chine: les machines de Crissier partent en Allemagne et en Grande-Bretagne.
On assiste plutôt à un pillage en règle du savoir-faire de l’ex-Fibertec. Quant aux 120 salariés, qui affichent en moyenne treize ans de service, ils se retrouvent traités comme des Kleenex, bientôt jetés une fois qu’ils auront appris à leur patron anglais comment utiliser leur outil de production. On ne parlera pas de la considération qu’éprouve cette direction à l’égard de la trentaine d’intérimaires.
Certes, les entreprises doivent pouvoir se transformer, se redimensionner, y compris lorsqu’elles sont en bonne santé. Les employés grévistes ne le contestent d’ailleurs pas. La direction dirige, ils exécutent. Connues de tous, les règles du jeu ne souffrent d’aucune ambiguïté.
Il n’en demeure pas moins que les salariés sont en droit d’exiger une certaine franchise de la part de leur employeur. Chaque restructuration devrait en outre, en particulier lorsque l’entreprise réalise des bénéfices, comprendre des mesures d’accompagnement. Financières, bien sûr, mais aussi en termes de formation pour faciliter les reclassements. Dans le cas contraire, comment un patron peut-il attendre de ses employés qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes?
A Crissier, le dialogue a repris. On ne peut que s’en réjouir. A la direction de Filtrona d’assumer maintenant ses responsabilités.
source: letemps.ch



