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Qui sont les musulmans de Suisse ?

October 28th, 2005 · Commenter (Pas de commentaire)

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Les musulmans de Suisse ont enfin un visage. Certes, ses traits ne sont qu’esquissés et demandent encore à être affinés. Mais, en présentant jeudi à Berne la première étude du genre sur ses «profils identitaires», la Commission fédérale des étrangers a voulu entrouvrir la porte de cette population, dont la présence est devenue un enjeu dans les débats politiques mais qui reste, dans le même temps, largement méconnue.

L’étude part d’un constat notoire, comme l’a rappelé Matteo Gianni, l’un des auteurs de celle-ci, réalisée par le Groupe de recherche sur l’islam en Suisse (GRIS). La population musulmane a connu une très forte progression ces vingt dernières années: alors qu’ils étaient un peu plus de 16000 en 1970, le nombre de musulmans a été établi à plus de 310000 lors du recensement de l’an 2000. Une augmentation qui s’explique
principalement par les guerres de l’ex-espace yougoslave (quelque 180000 personnes viennent de cette région) ainsi que par l’immigration turque (60000 personnes).

Cette population est en outre particulièrement jeune et reste (encore) principalement étrangère: les musulmans qui disposent d’un passeport suisse sont moins de 37000.

Voilà pour les données connues. Mais c’est en entrant dans le détail des pratiques et des perceptions à l’ouvre au sein de cette population que sont battus en brèche les lieux communs. Non, les musulmans de Suisse ne pratiquent pas leur foi de manière homogène. Oui, le simple fait «d’être musulman» peut revêtir des significations diamétralement différentes chez les individus. «L’islam a été donné, il est là. Il faut le pratiquer dans tous les points, quel que soit le temps que l’on vit», estime Nasser, l’un des musulmans interrogés. «On ne peut appliquer ce qui a été décidé au temps de l’âne à une époque qui construit des fusées», semble lui répondre Ahmed, un Algérien de 50 ans. «La religion, ajoute-t-il, doit répondre à l’évolution de la société.»

Une vision individualisée de la foi qui, notent les auteurs de l’étude, contraste singulièrement avec l’idée répandue que l’islam serait avant tout une affaire de communauté. Le fait de pratiquer les grands rites (ramadan, fête de l’Aïd…) n’est pas du tout synonyme d’une fréquentation assidue de la mosquée. Les musulmans, en général, se sentent bien accueillis par la Suisse et ont plutôt tendance à faire un tableau hagiographique de leur pays d’accueil. Même s’ils notent, particulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001, un besoin constant de justifier leur religion et de se démarquer de leurs coreligionnaires violents. «L’image que les Suisses se sont faite de l’islam est trop difficile à casser, explique le même Nasser. Si on dit qu’on est musulman, les gens ont un peu pitié de nous ou, alors, ils ont peur.»

Autre surprise, les musulmans ont une vision très pragmatique de la question de la citoyenneté. Rejoignant en cela la perception courante en Suisse, ils estiment que «la naturalisation se mérite». Autrement dit, l’acquisition de la citoyenneté n’est pas envisagée comme un moyen de se garantir davantage de droits (pour soi ou sa communauté), mais comme un cadre à l’intérieur duquel il faut accepter les règles en vigueur.

Ainsi, les questions de l’excision ou du mariage forcé soulèvent une condamnation unanime chez les personnes interrogées. Il n’en est pas de même pour le port du voile ou des mariages mixtes (musulman - non musulman). De manière générale, note l’étude, la question de la condition de la femme «continue d’entrer parfois en contradiction avec les valeurs humanistes et universalistes proclamées dans les témoignages». Une problématique, expliquent cependant les auteurs, qui pourrait se poser en termes différents dans quelques années, lorsque les pratiques des jeunes musulmans trancheront davantage avec celles de leurs parents.

Au final, estiment ses auteurs, cette étude montre une réalité très différente de celle qui transparaît «dans le discours de certains leaders ou intellectuels qui s’expriment dans les médias» mais dans lesquels la «majorité silencieuse» musulmane ne se reconnaît pas.

«Ne nous faisons pas d’illusions, une seule étude ne suffira pas pour apaiser toutes les tensions. Mais espérons qu’elle permettra de faire reculer, sinon de faire disparaître, les a priori et les préjugés», affirmait jeudi Francis Matthey, président de la Commission fédérale des étrangers.

Un appel que Stéphane Lation, un autre des auteurs, doublait d’une adresse à l’endroit des musulmans eux-mêmes pour qu’ils osent «partir au casse-pipe» en affirmant leurs vues et leurs demandes. De quelle façon les musulmans de Suisse s’organiseront-ils à l’avenir? C’est à condition que les cantons et la Confédération trouvent face à eux des interlocuteurs crédibles qu’un réel climat de confiance pourra être établi.

Luis Lema
Vendredi 28 octobre 2005
Source : www.letemps.ch

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Tags: Général

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