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Qui sont les musulmans de Suisse? Majoritairement des Européens!

November 22nd, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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L’amalgame entre islamistes et terroristes rend urgent un état des lieux des communautés musulmanes.

Pour éviter les appels à la violence de certains imams radicaux, Moritz Leuenberger et deux responsables chrétiens ont appelé hier à la création de filiales suisses de formation académique. Plongée dans une communauté musulmane helvétique très hétérogène.

Coran«Il y a autant de façons d’être musulman en Suisse qu’il y a de musulmans en Suisse.» On aurait tort de prendre cette phrase pour une simple boutade. Elle revient en substance dans la bouche de tous ceux qui s’intéressent à l’islam et à la manière dont on le pratique en Suisse. Un Turc n’a résolument pas le même rapport à sa religion qu’un Séoudien.

Un fait important à rappeler pour éviter les amalgames, à l’heure où, à Berne, une interpellation signée par quarante conseillers nationaux réclame du Conseil fédéral qu’il réponde à la question: «L’islamisme radical est-il considéré par le gouvernement comme une menace pour la Suisse?» A l’heure où des dérapages commis par certains prédicateurs à Bâle et à Zurich ont choqué l’opinion publique. A l’heure où il est question d’interdire l’entrée aux imams intégristes et de créer une Faculté de théologie musulmane pour former ici des spécialistes de l’islam. «La présence musulmane en Suisse est plurielle, en raison de provenances géographiques diverses, mais aussi parce que l’islam est pluriel», constate Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. «Les pouvoirs publics helvétiques et la population sont désarçonnés face à la multitude de pratiques. L e réflexe est de dire: «Organisez-vous pour parler d’une seule voix», mais en Suisse, nous n’avons pas la même tradition laïque et républicaine qu’en France.»

En outre, selon Hasni Abidi, les musulmans d’ici ont peur de l’incursion de l’Etat et de son éventuelle mainmise sur eux: «Vouloir organiser l’islam en Suisse, c’est prendre peut-être le risque d’affaiblir l’intégration de ses membres. L’assimilation se passe mieux lorsque l’on a de la religion une approche individuelle, plutôt que communautariste.» Mais la médaille a son revers: la diversité augmente le risque de méconnaissance et d’incompréhension de la part de la population.

«Parler de communauté musulmane est abusif», relève pour sa part Mallory Schneuwly Purdie, l’une des fondatrices du GRIS, le Groupe de recherche sur l’islam en Suisse. «Le mot communauté suppose que l’on partage un noyau de valeurs, d’us et de coutumes. Ce n’est absolument pas le cas en Suisse. Les musulmans qui vivent ici n’ont en commun que l’appartenance déclarée à l’islam, et encore dans une acception minimaliste du terme: la croyance dans le Coran, la Sunna et le Prophète.»

L’examen des chiffres est du reste éloquent. Plus de 300 000 musulmans se sont déclarés comme tels au cours du recensement 2000 de la population suisse (4,3%). Neuf sur dix (88,5%) sont d’origine européenne. Ils viennent des Balkans (56,6%), de Turquie (20,2%)[1], voire possèdent un passeport helvétique (11,7%).

Or un Kosovar — qui a vécu une bonne partie de son existence dans un pays communiste réprimant toute pratique de la religion — ou un Turc, venant d’un Etat laïque depuis des décennies, ont avec l’islam un lien plus lâche qu’un Iranien ou un Malais, qui ont connu chez eux des régimes islamiques. «Les personnes d’origine balkanique ont souvent un rapport individualisé à leur religion pour l’avoir pratiquée uniquement dans le cercle de la famille. L’islam des gens qui viennent du Moyen-Orient a, en revanche, une vocation plus universaliste», note Mallory Schneuwly Purdie, qui travaille actuellement à sa thèse en sociologie des religions à l’Université de Fribourg sur le thème de l’islam en Suisse.

Peu de pratiquants

Le conseiller national écologiste Ueli Leuenberger, qui a piloté longtemps l’Université albanaise de Genève, confirme: «Une minorité seulement des personnes venant des Balkans sont pratiquantes. Ce sont bien plus les habitudes familiales qui dictent les comportements qu’une application stricte des préceptes de l’islam.» Cette «désislamisation» de la population musulmane de Suisse est du reste perçue par certains spécialistes comme une source de menace, surtout lorsqu’elle est associée à une situation économique précaire. «Le danger de voir ces gens s’engouffrer dans un islam fast-food et extrémiste est grand», s’inquiète un des experts interrogés. «Notre stratégie devrait avoir deux axes: écarter impitoyablement les illuminés. Tout mettre en œuvre pour intégrer les autres — l’immense majorité. A savoir leur donner une vraie chance de s’implanter confortablement dans notre pays, mais en posant un socle de limites incompressible.»

source: 24heures.ch

[1] Note d’AMI-Suisse: Depuis quand les Turcs sont des Européens? Remercions le journaliste de prendre des vessies pour des lanternes!

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Tags: Général · Société · Suisse