Pierre Vial est la cheville ouvrière de l’Association Terre et Peuple. Le lancement de TP n’est qu’une initiative identitaire de plus pour celui qui est non seulement un baroudeur des idées, un homme politique mais aussi un homme d’action. Ce qui lui a valu entre autres de subir les foudres de la France idéologiquement FLN des années 60. Bref, sans lui tresser une couronne de lauriers, Pierre Vial mérite le respect dû à ceux qui n’ont pas dévier d’un pouce, qui ont vécu ce qu’ils ont dit et qui ont combattu l’esprit bourgeois comme une évidence instinctive. C’est donc bien respectueusement que nous le soumettons à la question.

- Cela peut sembler évident pour tout observateur dans un monde où le matérialisme triomphe : la figure du bourgeois a remplacé celle du héros, du saint ou tout simplement de l’honnête homme. Mais existe-t-il en tant que tel un esprit bourgeois ?
P.V. : L’esprit bourgeois existe indépendamment des milieux sociaux qualifiés habituellement de bourgeois ( cette qualification reposant d’ailleurs plus sur un niveau de fortune que sur une façon d’être). Werner Sombart, dans son maître ouvrage Le bourgeois (édition française Payot 1928, réédition 1966), donne comme titre « L’esprit bourgeois » à la deuxième partie du livre premier, consacré au « Développement de l’esprit capitaliste ». En fait, l’esprit bourgeois habite tous ceux qui donnent la priorité à leur intérêt et leur confort personnels.
- Cet esprit a investi tous les domaines de la vie en société…
P.V. : L’esprit bourgeois repose sur le culte du profit. C’est pourquoi on peut l’appeler aussi l’esprit marchand. Il fait une fixation sur l’argent, considéré comme l’étalon permettant d’évaluer la valeur individuelle de chacun . Deux phrases résument bien l’esprit bourgeois. La première est de Benjamin Franklin : « Le temps est de l’argent ». La seconde est de Guizot : « Enrichissez-vous ». La mentalité Louis-Philliparde est une illustration de l’esprit bourgeois.
- Quelles en sont les conséquences pour le jeune Européen d’aujourd’hui ?
P.V. : Dès son enfance, le jeune Européen est assailli par les medias, par la pub qui lui serinent qu’il n’y a rien de plus important que de porter des vêtements, des chaussures portant les marques à la mode. Ce qui coûte beaucoup d’argent. Donc, pour être dans le coup, le gamin ou la gamine vont vite prendre l’habitude d’avoir une hantise : comment se procurer l’argent nécessaire ? Et de considérer leur père comme un pauvre type s’il n’est pas capable d’avoir des billets plein les poches. C’est ainsi qu’on fabrique des robots, des êtres obsédés par l’impératif de consommer.
- On voit s’agiter les « altermondialistes » et autres sous-produits d’une contestation gauchiste recyclant un marxisme désuèt. Ces mouvements peuvent-ils vraiment agréger une contestation véritable du système bourgeois ? On constate que sur le continent sud-américain, cette opposition, comme en Bolivie, est associée à des revendications ethnicisantes.
P.V. : Il faut en effet distinguer une contestation altermondialiste qui, par exemple sur le continent sud-américain, recouvre le refus de l’impérialisme nord-américain, et une contestation altermondialiste qui, en Europe, sert effectivement de recyclage aux vieilles lunes gauchistes. Il suffit, pour le comprendre, de voir quel rôle jouent les taupes trotskystes pour faire monter la mayonnaise altermondialiste. Et n’oublions pas que dans altermondialisme il y a mondialisme… Le système bourgeois n’a rien à craindre de ce côté car il y a une répartition des rôles, dans la grande mascarade, qui est bien rodée.
- Il n’y a bien sûr pas de recettes miracles mais Terre et Peuple propose une alternative véritable au système démo-bourgeois et suscite un intérêt grandissant comme l’a illustré la journée du 19 octobre. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
P.V. : En mettant l’accent sur la nécessité d’une communauté identitaire européenne de combat, Terre et Peuple se situe clairement dans le camp de ceux qui n’ont jamais composé avec le système bourgeois. Pardon de parler de moi, mais si j’avais voulu faire carrière, comme on dit, j’aurais choisi une autre voie. Il est fondamental, aujourd’hui, que tous les camarades du camp identitaire prennent l’habitude de marcher la main dans la main, sans esprit de chapelle ou de petite vanité personnelle (qui est un trait tout à fait bourgeois !).
- Des mouvements comme Terre et Peuple ou Nation en Belgique romane et le Bloc Identitaire en France se veulent des forces de « subversion » de l’univers marchand qui agissent à la racine du mal, notamment en se réappropriant le passé de l’Europe et de ses régions, en voulant vivre l’identité et non pas en la réduisant à une parodie muséale. Peut-on imaginer une synergie avec des mouvements équivalents d’Europe centrale et orientale, là où l’homo economicus a étendu ses ravages ?
P.V. : Il est clair que le combat identitaire européen ne peut, ne doit en aucun cas se limiter à l’ouest de notre continent. L’Europe centrale et orientale subit de plein fouet l’offensive du système libéral. L’installation de MacDo à Moscou est un symbole terriblement révélateur. Il est donc impératif pour nous de créer des liaisons, puis un front d’action avec nos camarades d’Europe centrale et orientale. C’est vital et pour nous et pour eux. De Lisbonne et Dublin à Moscou, même combat !
- On entend souvent dire dans la mouvance identitaire à vocation politique que Terre et Peuple, ce sont des conférences et des promenades. Reproche fondé ?
P.V. : A chacun son métier. Les mouvements politiques ont leur mission, Terre et Peuple a la sienne, qui est d’éveiller et de développer la conscience culturelle des Européens. Pas de conscience politique sans conscience culturelle. Les deux sont complémentaires et, à mon sens, nécessaires précisément de par leur complémentarité. Ceci dit, je m’amuse toujours beaucoup à entendre Terre et Peuple critiqué par des gens qui ont un pois chiche à la place du cerveau et ne peuvent faire un kilomètre à pied sans cracher leurs poumons.
- Que conseilleriez-vous comme lecture « anti-bourgeoise » à un jeune Européen de ce début de 3è millénaire ?
P.V. : Outre le livre de Sombart cité plus haut, Les Modérés d’Abel Bonnard (publié en 1936, réédité en 1986 aux éditions du Labyrinthe) qui est une peinture féroce du nombrilisme bourgeois . Et puis les auteurs de grand vent et de grande santé, de Nietzsche à Saint-Loup, Giono ou Henri Vincenot .
Pierre Vial… MERCI !!
A consulter www.terreetpeuple.com




