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Petit séisme germanique…

September 21st, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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Les Allemands prennent au sérieux le réveil de l’extrême droite, sans toutefois le surestimer

Les élections régionales de dimanche dans le Brandebourg et en Saxe ont révélé une poussée des formations extrémistes, de droite ou de gauche. Le NPD, que Berlin avait voulu faire interdire et qui a recueilli 9,2% des voix en Saxe, entend modifier l’ordre constitutionnel allemand

Pas de skinheads ou de néonazis folkloriques, mais des mères de famille, quelques commerçants d’allure débonnaire et une cohorte de jeunes gens musclés portant costume rayé et cravate: pour les caméras de
la soirée électorale en Saxe, dimanche, Holger Apfel, la tête de liste du parti d’extrême droite NPD (Parti national démocratique) avait écarté tout ce qui aurait pu nuire à l’image idéale d’un parti de la classe moyenne. Pourtant, au moment où les chaînes de télévision ARD et ZDF lui tendaient le micro, tous les chefs de file des autres partis ont aussitôt quitté le plateau.

Personne ne s’y trompe: l’arrivée au Landtag de Saxe de 12 députés du NPD, avec 9,2% des voix, a une tout autre signification que la confirmation, le même jour dans le Land de Brandebourg, du score de 6% du parti cousin, la DVU (Union du peuple allemand). Le NPD n’est pas seulement un parti populiste, xénophobe et antisémite qui joue avec les peurs des électeurs. Son idéologie de base est radicalement opposée à l’ordre constitutionnel allemand.

Pour autant pas question de céder à l’hystérie. Les responsables des partis traditionnels, des Eglises, des grandes associations économiques et même de la communauté juive ont tous manifesté leur inquiétude et incité les responsables politiques à mieux prendre en compte les frustrations de la population. Mais, a insisté Paul Spiegel, président du Conseil central juif, «il ne faut pas dramatiser et surestimer le phénomène. L’expérience montre que la DVU et le NPD perdent rapidement de leur magie dans les parlements.»

Fondée en 1987 par l’éditeur munichois Gerhard Frey, la DVU était jusqu’à présent la seule formation d’extrême droite à siéger dans deux parlements régionaux, à Brême et dans le Brandebourg. Mais cette formation aux accents râleurs et populistes n’a joué pratiquement aucun rôle politique durant la législature. Ses députés se sont contentés de quelques interventions farfelues, comme de demander la suppression de l’euro. Elle n’a pas de structure locale et se borne à relayer les slogans et à placarder les affiches imaginées à Munich. La DVU a surtout
profité de l’absence de perspectives offertes aux jeunes et du désarroi provoqué par les réformes des prestations de chômage dans ce Land où 18,5% de la population active est sans travail. En dehors des élections, son impact sur l’opinion est inexistant.

Il en va autrement du NPD, fondé en 1964, qui a flirté plus d’une fois avec le succès. Entre 1966 et 1968, il a obtenu des sièges dans sept Landtags, avec un score de 9,8% dans le Bade-Wurtemberg. Le NPD a même
failli entrer au Bundestag en 1969 en passant juste sous la barre des 5%. Puis lente disparition. La dernière surprise fut son score de 4,3% lors des élections en Sarre au début du mois. Le parti s’est entre-temps bâti en Saxe une véritable place forte, avec plus de 800 militants très actifs et une douzaine de sièges dans les parlements communaux. Dans certains cercles électoraux, comme dans la «Suisse saxonne», près de la
frontière tchèque, il obtient plus de 20% des voix, le double des sociaux-démocrates.

En fait, le NPD joue sur plusieurs tableaux: d’un côté la base skinhead et les groupuscules néonazis toujours très actifs, de l’autre la classe moyenne, petits commerçants, chômeurs, jeunes. Il mise sur les frustrations, l’anticapitalisme, l’antimondialisme. L’un de ses élus communaux avouait à la Sächsischen Zeitung que «naturellement nous sommes contre l’ordre constitutionnel. Nous voulons un autre ordre dans la société.» Et d’ajouter qu’il s’agissait désormais de mettre en place des structures pour être prêts «quand l’est se soulèvera».

Le ministre fédéral de l’Intérieur, Otto Schilly, avait voulu faire interdire cette formation que les services de renseignement surveillent de près. Mais la Cour constitutionnelle de Karlsruhe l’a désavoué en 2003. Il est vrai que la menace a incité la frange «bourgeoise» du parti à réclamer davantage de distance avec les mouvements néonazis.

Même si Otto Schilly a rallumé une polémique en renvoyant la responsabilité de la victoire du NPD sur la «décision très problématique de la Cour constitutionnelle», les intervenants sur les plateaux de télévision admettaient, dimanche soir, que c’est d’abord à la négligence des deux grands partis au pouvoir à Berlin ou dans les Länder, le SPD et la CDU, envers les électeurs que l’on doit le réveil de l’extrémisme de droite. «En réalité, nous devons prêter attention aux électeurs qui ont surtout voulu faire un vote de protestation. Très peu sont des électeurs convaincus de l’extrême droite et quand les conditions changent, cet électorat s’évapore», constatait le politologue Jürgen Falter de l’Université de Mayence.

source: letemps.ch

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Tags: Europe · Général