Mel Gibson antisémite?
A quelques temps de la sortie du film de Mel Gibson sur la vie de Jésus, la polémique redémarre sur le côté antisémite de l’œuvre. Et décidément, je ne comprends pas le truc.
On nous explique comme quoi le film insiste lourdement sur le fait que les Juifs ont tué le Christ, qu’ils sont par conséquent un ” peuple déicide “, que ça donne une mauvaise image de la communauté, avec tout les risques de débordements que ça comporte.
C’est complètement imbécile, pour plusieurs raisons :
- de nos jours, et de l’aveu même de plus en plus d’observateurs, les actes antisémites sont presque toujours commis par des musulmans. L’islam reconnaît l’existence de Jésus en tant que prophète, mais basta : Jésus n’est pas le fils de Dieu, donc les Juifs ne sont pas déicides à leurs yeux. Cet argument ne peut « parler » qu’aux catholiques, qui n’ont plus exactement le goût du pogrom depuis un sacré moment.
- ces catholiques, parlons-en. La vigueur de leur foi est dans un tel état d’amollissement, un peu partout dans le monde, que du Viagra mental ne servirait pas à grand-chose. Ceux qui se sont pliés aux réformes de Vatican II se crucifieraient eux-mêmes plutôt que d’apparaître le moins du monde hostiles aux Juifs, et le Pape a depuis longtemps multiplié les courbettes envers La Communauté (une performance, quand on voit sa stature actuelle). Quant aux traditionalistes, ils ne représentent plus rien politiquement ni médiatiquement et ne constituent donc pas une menace, même virtuelle.
- au niveau du grand public, ce qu’il reste d’instruction religieuse et historique est suffisamment déstructuré pour que cette « stigmatisation » ne lui évoque rien du tout. Pour le spectateur moyen, c’est au mieux de l’histoire ancienne, au pire de la mythologie pure et simple. Et puis on nous répète assez que Jésus était Juif lui-même, n’est-ce pas ? Ce meurtre serait donc une pure histoire de famille, qui ne concerne personne d’autre que ses membres. On ne verra donc pas des foules haineuses courir hors des cinémas pour aller brûler des synagogues. Un regain de succès pour les Protocoles des Sages de Sion ? L’opinion publique voit si peu de lien entre la Palestine d’il y a deux mille ans et la Palestine actuelle que c’est parfaitement impensable.
Alors pourquoi tout ce ramdam ?
On peut y voir deux explications partielles.
D’abord, une espèce de mauvaise conscience trouble. Quand quelqu’un pète dans une pièce pleine de monde, celui qui se plaint en premier et le plus fort est rarement innocent. Est-ce qu’on veut dire par là qu’on croit à cette histoire de responsabilité collective ? Pas du tout : on s’en fout ! Ce qui nous intéresse plus, c’est l’importance que tant de Juifs semblent lui accorder, alors que la plupart des chrétiens passent dessus sans même y penser, et que les agnostiques ignorent de quoi il s’agit. Reste à comprendre pourquoi faire un tel bruit autour d’un « crime » dont on se sait pertinemment innocent et que personne ne nous reproche ouvertement. A croire que les premiers que la mort du Messie travaille sont ceux qui ne veulent pas en être accusés ! Mais même si cette responsabilité était reconnue par tous, que craignent-ils donc ? Des procès ? Un dédommagement financier ? La création d’un Fond de Solidarité ? C’est pas vraiment le genre de l’Occidental moyen…
Ensuite, l’allergie à toute critique négative, quelle qu’elle soit. Les élites les plus en vue de la communauté agissent comme si tout discours sur le judaïsme, le sionisme et l’identité juive devait être frotte-manche pour être légitime. Les grandes gueules ont choppé la grosse tête, mais leur cuir n’est pas devenu plus épais pour autant : une égratignure devient une plaie ouverte, et un désaccord se transforme en catastrophe humanitaire. C’est ainsi qu’on perd tout sens des réalités. Qu’importe que les plus hautes autorités chrétiennes aient fait leur mea culpa et donné plusieurs fois des garanties de « bonnes mœurs », qu’importe que le dogme du peuple déicide soit définitivement banni de toute église qui se respecte. La Passion est mise sur le même plan que Le Juif Eternel. Un jeu qui n’est pas seulement malhonnête mais stratégiquement dangereux : rendre extrême ce qui est banal, c’est prendre le risque de banaliser ce qui est vraiment extrême.
A force de voir le Diable peint sur la muraille, de plus en plus de gens auront envie de l’escalader pour voir de quoi a l’air le Diable en personne. Et là qui sait si ce qu’il verront ne leur plaira pas ? C’est qu’il a son charme, le bougre. On en sait quelque chose.
CHodi
Source: Actualité Avant-Garde.




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