Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)
UltraViolent Street Wear, t shirts and clothing with a street tough attitude

L’islam dans le collimateur

May 4th, 2007 · Commenter (Pas de commentaire)

Email This Post Print This Post

L’initiative contre les minarets fédère les peurs suscitées par le fondamentalisme musulman. Revue des troupes et des théoriciens.

«Constructions islamiques ayant une vocation impérialiste» pour le conseiller national Ulrich Schlüer (UDC/ZH), les minarets doivent être interdits en Suisse. C’est hier que le comité d’initiative, composé de représentants de l’UDC et de l’UDF (Union démocratique fédérale), a présenté l’initiative déposée mardi.

Lorsqu’on les interroge plus précisément, les initiants sont clairs: en s’en prenant aux minarets, ils attaquent le symbole, pas ce qui constitue, à leurs yeux, le mal. «On ne peut pas inscrire dans la Constitution que l’ordre public suisse s’impose à tous, explique Ulrich Schlüer. Cela va de soi. Alors, nous proposons d’interdire les minarets car ces derniers symbolisent la prétention de l’islam de placer l’ordre religieux au-dessus des lois.»

Le mal, on l’a compris, c’est l’islam. Qui, toujours pour Ulrich Schlüer, «n’est pas une religion mais un ordre public en contradiction avec notre Constitution». Ou, selon le conseiller national valaisan Oskar Freysinger, «cherche à conquérir le monde», une conquête dont les minarets comptabiliseraient les victoires comme les drapeaux sur les cartes d’état-major.

En déclarant la guerre à ces derniers, les initiants estiment jouer finement: ils ne s’en prennent pas directement, ont-ils calculé, à la liberté religieuse (voir à ce sujet en page 8). Mais ce à quoi il s’agit de faire barrage, c’est bien «l’islamisation de la Suisse».

Personne ne semble douter de leur capacité à rassembler les 100000 signatures nécessaires jusqu’au 1er novembre 2008. Le thème des dangers de l’islam réveille des peurs et des ressentiments largement répandus dans la population mais qui n’ont jusqu’ici pas trouvé à se fédérer, estime le journaliste Hans Stutz, spécialiste de l’extrême droite.

Faute d’organisation, les ennemis de l’islam s’expriment sur Internet. Leurs raisons sont énumérées de façon très prolixe sur le site http://www.ajm.ch, animé par le rédacteur et traducteur Alain Jean-Mairet.

Ce dernier n’y va pas par quatre chemins: il milite pour interdire, non les minarets, mais l’islam lui-même. Une provocation, précise-t-il quand ont l’interroge, qui ne vise qu’à susciter la discussion.

On s’y méprendrait: l’islam, pour lui, n’est pas une religion légitime mais un ensemble de pratiques contraignantes de nature avant tout juridique. Quant au Coran, il s’agit d’«un bouquin plutôt médiocre, mal fagoté, imposé par la terreur». Qui ne recherche pas la fraternité mais justifie la violence, la dissimulation, la discrimination et l’esclavage. Bref: la lecture fondamentaliste qui justifie les châtiments corporels, l’assassinat des apostats et la guerre sainte n’est pas une déviation de l’islam mais la seule manière adéquate d’interpréter les textes. «Des quatre grandes écoles juridiques du sunnisme, aucune ne dit autre chose.»

Alain Jean-Mairet a tout lu: le Coran, les hadiths, les récits de la vie du Prophète - dont il est par ailleurs persuadé qu’il n’a pas existé. Un savoir précieux pour qui veut disserter sur les dangers de l’islam. Des représentants de l’UDC, assure-t-il, l’ont approché, mais il a décliné l’invitation. «Je ne suis ni xénophobe ni favorable à l’extrême droite. J’ai essayé de parler de mes préoccupations aux Verts, dont je me sens plus proche. Mais là, il n’y a rien à faire.»

Oskar Freysinger a eu plus de chance avec Arnaud Dotézac, avec lequel, assure-t-il, il a discuté une matinée entière. Ce juriste et enseignant spécialisé notamment dans le droit islamique travaille actuellement à une étude sur l’application du principe de précaution à l’islam.

Il a déjà développé sa thèse dans plusieurs articles. Il la résume ainsi: «Le Coran contient des passages qui constituent des appels généraux à la violence. Ils ne visent pas des individus en particulier, mais des lecteurs du Coran peuvent penser qu’ils se conforment à ces injonctions en visant des individus. Je propose que ce risque soit pris en compte. Qu’on demande aux personnes qui font circuler ce texte de l’assortir d’une mise en garde précisant que la loi démocratique doit prévaloir sur les injonctions qui lui seraient contraires.»

Tant Alain Jean-Mairet qu’Arnaud Dotézac assurent ne pas viser le moins du monde la grande majorité de musulmans qui pratiquent pacifiquement leur religion. Au contraire, ils ont l’ambition de les protéger. «Aujourd’hui, assure le second, ils sont livrés aux fondamentalistes qui parlent en leur nom et les terrorisent. Ceux qui refuseraient de reconnaître la primauté de nos lois pourraient être tenus pour responsables d’actes de violence commis au nom de la religion. Et cela aiderait ceux qui souhaitent une réforme de l’islam.»

Ces bonnes intentions émeuvent peu Henri-Maxime Khedoud, président de l’Association suisse des musulmans pour la laïcité, qui les juge «paternalistes». Les musulmans de Suisse, fait-il valoir, respectent l’ordre démocratique. Ils ne se sentent pas menacés, ici, par le fondamentalisme et ont tout à craindre d’un débat qui s’amorce sous le signe des pires clichés.

Pas de statut particulier pour les minarets, tel est aussi le point de vue d’Yves Scheller, porte-parole de l’Association suisse pour la laïcité. L’islam, précise-t-il, n’est pas le principal adversaire de la laïcité. Par la plume de Mgr Pierre Brücher, l’Eglise catholique s’oppose aussi à un traitement particulier - tout en appelant «toutes les personnes concernées au respect des lois et à un discernement sérieux».

On retrouve les mêmes nuances à la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation), où l’on est sensible à l’antisémitisme présent dans certains discours musulmans intégristes mais sans vouloir en faire, pour des raisons «statistiques», un problème en Suisse.

Alain Jean-Mairet a déposé contre la TSR une plainte que l’Autorité indépendante examine ce matin. Elle vise le documentaire Soha, retour au pays du Hezbollah, diffusé par Temps présent en octobre 2006. Cette émission, qui s’attachait à montrer de l’intérieur l’emprise du Parti de Dieu sur le Sud-Liban, a également fait l’objet de critiques de la CICAD. Mais cette dernière n’a pas soutenu la plainte, peut-être pour ne pas s’associer à son auteur.

Car si l’hostilité déclarée à l’islam rencontre beaucoup d’échos dans la population, elle reste assez infréquentable. Les résistances s’expriment même au sein de l’UDC, où le conseiller national genevois Jacques Pagan juge l’initiative contraire à la liberté religieuse. On saura le 30 juin si ces pudeurs retiendront le parti de soutenir un texte aussi porteur en année électorale.

Source : Le Temps

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...
Share/Save/Bookmark



Tags: Général

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

You must log in to post a comment.