Visé par trois plaintes, Khaled Amraoui a fait valoir sa qualité de membre du mouvement Hizb Ut Tahrir pour demander l’asile en Suisse.
Pourquoi un imam qui conduit régulièrement la prière du vendredi au centre islamique de Vissigen, à Sion, est-il accusé de «provocation publique au crime» et de «discrimination raciale» par le conseiller d’Etat Jean-René Fournier? Le Temps a découvert une partie de la réponse: Khaled Amraoui, un Tunisien de 51 ans, a fait valoir sa qualité de membre du parti fondamentaliste Hizb Ut Tahrir (HUT)* pour demander l’asile en Suisse, où il réside depuis près de treize ans. Interdit en Allemagne, persécuté dans la plupart des pays arabes, ce mouvement rêve d’établir un califat mondial qui restaurerait la gloire de l’islam, veut détruire Israël et qualifie le «capitalisme occidental» de «civilisation honteuse et débauchée».
«J’ai été membre de ce parti et j’étais fier de l’être, explique Khaled Amraoui. Les autorités suisses le savent puisque c’est à ce titre que je me suis réfugié ici. Mais je ne suis pas un activiste et, depuis que je suis ici, je n’ai plus aucune activité politique.» L’ancien militant admet tout de même qu’il est «au courant de ce qui se passe» au sein de l’organisation et qu’il lui arrive de recevoir des «brochures» qui peuvent ensuite «passer d’une main à l’autre». D’autres musulmans sédunois – deux d’entre eux ont aussi porté plainte contre lui – l’accusent de distribuer depuis des années la propagande du groupe dans le centre islamique, ce qu’il dément.
En janvier 2003, les autorités allemandes ont interdit les activités du HUT – dont le nom signifie «parti de la libération islamique» – dans toute la République fédérale. Selon elles, ce groupe n’a pas d’activités terroristes, mais son idéologie «haineuse» et ses appels à combattre «les ennemis d’Allah, c’est-à-dire les juifs», représente une menace pour la démocratie. En Suisse, où il ne compterait qu’une poignée de membres actifs, le mouvement est autorisé, comme toutes les organisations islamistes, excepté Al-Qaida, l’organisation d’Oussama ben Laden.
Dans le monde arabe et en Asie centrale, où il est fortement implanté, le HUT fait l’objet d’une répression violente. Fondé en 1953 à Jérusalem, son objectif principal est la restauration d’un Etat gouverné par la loi islamique et qui, selon le site internet du mouvement, permettra à l’Oumma (communauté) musulmane de redevenir «la nation dominante du monde». Il rejette l’idée occidentale de citoyenneté: «Leurs liens, égalité et liberté sont faux», affirme un communiqué du groupe.
«Mourir est meilleur que la vie»
Bien que les spécialistes considèrent HUT comme non violent, l’idée de guerre sainte ne lui est pas étrangère. Dans un texte récent consacré à la ville irakienne de Falloujah, il s’adresse aux «soldats des musulmans» dans le monde: «Montrez à Allah ce qu’il aime voir par le Jihad [...]. Empressez-vous de sauver vos frères de Falloujah et éliminez vos dirigeants s’ils se dressent sur votre chemin. Mourir pour l’amour d’Allah est meilleur que la vie et ce qu’elle contient.»
L’exemple de Khaled Amraoui est susceptible de relancer le débat sur les «prêcheurs de haine» dans les centres islamiques de Suisse. Des initiatives ont été lancées au niveau fédéral pour limiter les activités de prédicateurs radicaux venus de l’étranger dans les lieux de prières. Mais le cas du Tunisien est différent: établi de longue date, il a déposé une demande de naturalisation dont le sort est désormais bien incertain. Mercredi, l’UDC du Valais romand a annoncé qu’elle demanderait prochainement un «moratoire immédiat sur toutes les procédures de naturalisation de musulmans en cours».
* Le Hizb Ut Tahrir, le «parti de la libération islamique». Interdit en Allemagne, persécuté dans la plupart des pays arabes, ce mouvement rêve d’établir un califat mondial qui restaurerait la gloire de l’islam, veut détruire Israël et qualifie le «capitalisme occidental» de «civilisation honteuse et débauchée».
source: letemps.ch



