Lundi soir, Mouwafac el-Rifai est réapparu en public à l’occasion d’un repas de rupture de jeûne marquant les 25 ans du Centre islamique de Lausanne. Son discours «contre les ennemis de l’islam» s’est durci.
L’imam du Centre islamique de Lausanne (CIL) se remet lentement de ses blessures. Mais, à peine sorti de l’hôpital (voir 24 heures d’hier), il a déjà retrouvé toute sa verve. Pointant un doigt accusateur vers les wahhabites (n.d.l.r.: doctrine politico-religieuse qui tire son nom de son fondateur, Mohammed ibn Abd el Wahhab, mort en 1792, et qui gouverne l’Arabie séoudite), cette «pieuvre» islamiste à «ramification internationale», Mouwafac el-Rifai a fait une apparition éclair lundi soir à l’occasion des 25 ans du CIL au Casino de Montbenon.
Escorté par des gardes du corps, membres de sa communauté, l’imam convalescent a transformé cet anniversaire prévu de longue date en tribune politique. Sa présence, très attendue en ce soir de rupture de jeûne de ramadan, a suscité une vive émotion au sein des fidèles. Côté hommes, l’attitude était plutôt grave, mais admirative envers cet imam qui, à peine debout, se lance dans l’invective contre les «extrémistes». Dans l’assemblée des femmes, nombreuses et parées avec cette coquetterie propre à la nuit de ramadan, les larmes ont beaucoup coulé à la seule vue de Mouwafac el-Rifai.
Intitulée «Vivre ensemble, s’intéresser à l’autre», cette soirée n’est pas la première du genre. Ouverte au sérail politique vaudois et lausannois, elle est censée favoriser les échanges culturels et religieux. Invités à titre privé, plusieurs édiles ont répondu à cet appel (lire encadré). La récente tentative d’assassinat de l’imam el-Rifai a toutefois donné un ton particulier à cette rencontre qui ne s’est pas limitée à la lecture du Coran et aux chants sacrés des jeunes sœurs du CIL.
«L’extrémisme, notre cheval de bataille»
Organisée avec un sens aigu de la mise en scène, cette soirée a connu un crescendo dramatique. Un premier discours de l’imam, lu en son absence, a donné le ton. Clouée au pilori, l’organisation des Frères musulmans (n.d.l.r.: parti islamiste fondé en Egypte en 1920) a été désignée comme la source de tous les maux islamistes. Avec, en filigrane, des critiques contre ceux qui, en Suisse, «dévoient le Coran». Allusion, à peine voilée, au Centre islamique de Genève.
A Lausanne, affirme el-Rifai par voix interposée, la «prévention contre l’extrémisme est notre cheval de bataille». A l’entendre, il y aurait péril en la demeure: «Lorsque le démon frappera la Suisse, nous serons les premiers à en subir les conséquences.»
Quelques psalmodies et prières plus tard, nouvelle charge de l’imam. Mais cette fois el-Rifai apparaît en chair et en os. Une entrée sensationnelle, saluée par un concert d’applaudissements et des youyous féminins. La tension est à son comble, les visages, curieux, en alerte, se tournent vers l’imam dont la grise mine témoigne de ses souffrances. Au bénéfice de cette écoute dévote, el-Rifai évoque alors d’antiques coups de poignard inscrits dans l’histoire de l’islam. C’était hier, aux premiers temps de la lutte contre le «mal». «Aujourd’hui, soutient l’imam, le poignard est attaché à la main avec du ruban adhésif.» Un lien évident avec l’arme de celui qui a tenté de l’assassiner. Et une manière d’inscrire son combat dans le sens de l’histoire.
source: 24heures.ch



