Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)
UltraViolent Street Wear, t shirts and clothing with a street tough attitude

Les juifs de suisse ne vivent pas dans la peur

November 29th, 2003 · Commenter (Pas de commentaire)

Email This Post Print This Post

«Les juifs de Suisse ont peur.» Cette phrase choc a été prononcée il y a quelques jours par Alfred Donath, président de la Fédération des communautés israélites de Suisse,suite aux attentats d’Istambul et à l’incendie d’une école juive en France.Alfred Donath accompagné d’une délégation du Congrès juif européen a transmis ce message aux autorités suisses, leur demandant des «actions précises» pour lutter contre l’antisémitisme croissant en Europe. Ces propos sont qualifiés «d’excessifs» par les responsables d’organisations israélites même s’ils répondent à une inquiétude.

«A Genève, les synagogues doivent être gardées par la police. Les réunions juives le sont aussi. C’est inexcusable que les Juifs de Suisse doivent vivre avec ce genre de dangers » a déclaré devant la presse Henry Grunwald, collègue britannique de Alfred Donath et vice-président du Congrès juif européen.
«C’est totalement faux de prétendre que les juifs de Suisse ont peur», déclare cependantl’avocat genevois Philippe Grumbach, président de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), dénonçant cette manière de «peindre le diable sur la muraille». De plus, «on a trop assimilé la situation en Suisse à celle qui prévaut dans certaines banlieues françaises. Or il ne faut pas tout mélanger».

Mais le climat a changé, à la suite notamment de la seconde Intifada en Israël-Palestine. «Une image manichéenne s’est formée donnant à Israël le rôle exclusif du méchant, ce qui est, bien évidemment, inacceptable.» P. Grumbach considère que le discours anti-sioniste a réhabilité tout ce que l’antisémitisme avait disqualifié, «en ce qu’il porte atteinte à la légitimité d’Israël». Malgré tout, certains incidents sont à dépolorer «y compris de la part de quelques enseignants, qui se livrent à des amalgames surprenants». «Mais soyons clairs: l’école publique n’est pas antisémite, et nos autorités sont très sensibles à cette question», relève P. Grumbach qui souligne au passage «le travail extraordinaire fait par la Suisse pour revisiter son histoire avec la Commission Bergier.» En effet, pour la troisième fois, plusieurs dizaines d’enseignants viennent participer à un voyage à Auschwitz financé par le Département genevois de l’Instruction publique et organisé par la CICAD.

Sur le même sujet, le grand rabbin Marc Raphaël Guedj remarque «une dangereuse confusion entre les opinions politiques et les identités humaines». Autrefois la haine du juif provenait d’un discours théologique chrétien, ou s’appuyait sur des bases raciales. Aujourd’hui, elle est le conséquence d’un amalgame qu’il résume comme suit: «Les juifs sont identifiés aux sionistes de droite qui soutiennent la politique d’Ariel Sharon. S’opposer à Sharon équivaut donc à s’opposer aux juifs.» Selon le président de la Fondation Racines et Sources, ce discours trouve ses origines dans les banlieues françaises où la recherche identitaire se traduit en un besoin de désigner des boucs émissaires. «Certaines franges utilisent la haine de ces identités fragiles pour renforcer un discours idéologique. Elles cultivent ainsi la confusion entre les enjeux identitaires et politiques.»
N’est-ce pas, cependant le discours transmis aussi par Israël? «Je ne suis pas sûr que le gouvernement israélien ait raison de parler ainsi, note Marc Raphaël Guedj. Il fait de tous les juifs des Israéliens potentiels. Or il faut récuser l’identité «juif égale Israélien.»

«C’est le discours sioniste idéaliste classique. Mais moi, je leur réponds simplement que je vis très bien ici», répond le président de la communauté israélite de Lausanne, Pierre Ezri sur le même sujet. «Il y a une différence entre assimilation et intégration. Nous restons des Suisses comme les autres.» Né en Egypte, ce dernier s’inquiéte l’influence que pourrait avoir «le développement de l’antisémitisme spécifique dans l’Islam» sur certains milieux européens [lesquels?].
Il observe lui aussi un véritable changement en Suisse, il évoque en effet sur la place Saint-François la présence de stands propalestiniens et surtoutl’usage de certains termes qui heurtent sa communauté du genre «Ne mangez pas les oranges sanglantes en provenance d’Israël!» «Dès que la critique particulière d’Israël n’est pas la même que pour des situations analogues, il y a une autre dimension qui touche à l’antisémitisme», affirme-il…
Craignant ainsi que «la banalisation du discours antisémite ne conduise à terme à une certaine permissivité envers la violence anti-juive». Il concède que les actes de cette nature ne représentent(pour l’instant) «rien de grave» si l’on excepte des croix gammées dessinées parfois sur des parois de synagogues.
Il n’y a pas non plus de réélle statistiques sur la question. Depuis peu, la CICAD a été chargée de répertorier les agressions à caractère antisémite en Suisse. «Il s’agit d’incidents isolés», relève Philippe Grumbach s’appuyant sur «quatre ou cinq exemples» qui ont cependant eu lieu dans les écoles ces deux dernières années.

Le grand rabbin Marc Raphaël Guedj conclue:
«Autant j’invite les pouvoirs publics à être attentifs, autant il est important que nous, juifs, ne développions pas seulement un discours identitaire mais aussi universel. J’invite mes coreligionnaires à ne pas s’emprisonner dans leur réflexe de ghetto et à s’ouvrir autant que possible à la sensibilité d’autrui, fût-elle celle d’une certaine jeunesse haineuse des banlieues françaises.»

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...
Share/Save/Bookmark



Tags: Général

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

You must log in to post a comment.