Avec une vision du monde qui subordonne tout à l’économie, il est naturel que les Etats-Unis cherchent à asseoir leur puissance d’abord par celle-ci, d’où leur souhait de voir l’ensemble des marchés être déréglementés et les économies nationales dérégulées. Ainsi leurs firmes pourront en prendre le contrôle plus facilement. Demain l’esclavage ?
Les firmes transnationales (FTN) sont la forme actuelle de ce que l’on a longtemps appelé les multinationales. En fait il apparaît que ces entreprises ont des relations ambivalentes, voire complémentaires, avec leur nation-mère : elles en sont le prolongement (au sens économique du terme). D’autre part, elles débordent et traversent les espaces des pays d’implantation.
Leur état national leur garantit la sécurité des investissements, stimulant ainsi leur extension, mais bénéficie en contrepartie d’une meilleure position dans le concert international. On peut alors dire que les FTN sont américaines, britanniques ou japonaises…
Cela est particulièrement sensible si l’on étudie la nationalité des détenteurs de capitaux, des dirigeants, la nationalité et la culture d’entreprise du haut état-major. Par exemple la « nation » économique américaine pourrait étendre sa puissance (voire sa souveraineté) sur une zone géographique supérieure à ces cinquante Etats.
La suprématie des firmes américaines dans de nombreux secteurs est le reflet, et en même temps un des piliers, de la puissance économique des Etats-Unis. Il faut ajouter que l’hégémonie de l’économie nord-américaine a des causes et des conséquences d’ordre militaire, culturel et politique. (Le domaine économique, quoi qu’en pensent ou feignent d’en penser les libéraux, n’est pas indépendant des autres activités humaines qui s’interfèrent.)
Il n’est pas évident de donner une définition précise et indiscutable de ces firmes : leur réalité est par trop mouvante et diverse. Cependant on peut s’accorder avec R.Sandretto à définir les FTN comme des « firmes généralement de grande taille, dont l’organisation et la gestion sont le plus souvent centralisées, développant leur activité productive (de biens et services) grâce à des filiales implantées dans plusieurs pays ».
Par leur envergure et leur poids économique, les FTN orientent le commerce international. Elles sont à l’origine de la nouvelle division internationale du travail (DIT), c’est-à-dire du processus de délocalisation, mais aussi d’une certaine façon d’immigration.
Par la quête forcenée des coûts les plus bas, la destruction des moindres barrières (techniques, tarifaires ou culturelles) la transnationalisation ou globalisation de l’économie cherche à écraser, à uniformiser toutes les différences entre les peuples et entre les hommes. L’omniprésence de l’homo oeconomicus sur l’ensemble planétaire produirait des gains phénoménaux dans une économie d’échelle.
Ce processus monstrueux actuellement en marche provoque par réaction un retour des traditions et des identités. La régionalisation (trois zones commerciales – Amériques, Asie, Europe – accentuent leurs échanges internes au détriment du commerce mondial) prouve que la mondialisation n’est pas l’unique avenir du commerce international qui retrouve ses dimensions humaines et ancestrales.
Notre engagement, notre combat peuvent donc se justifier aussi, si besoin était, par la théorie économique. Le néo-protectionnisme que nous appelons de nos v½ux, de tout temps appliqué au Japon et aux Etats-Unis, peut l’être aux niveaux national et européen.
Battons-nous pour une économie traditionaliste et organique, donc identitaire et sociale.
:: Texte publié au premier trimestre 1997 dans le numéro 1 de Offensive pour une nouvelle université ::



