Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)
fraternite francaise

Les “djeûnz” se mettent en bande à Genève.

November 26th, 2003 · Commenter (Pas de commentaire)

Email This Post Print This Post

Les «jens» se mettent en bande le temps d’un larcin

Les préados et les filles gonflent les rangs des petits délinquants.

ADÉLITA GENOUD

Quatorze heures. Q.G. de la Brigade des mineurs. Une douzaine d’inspecteurs s’affairent dans les locaux exigus du boulevard Carl-Vogt. La sonnerie des téléphones fixes fait écho à celle des portables. Presque sans discontinuer. Giuseppe P. et Cédric D. quittent momentanément leur bureau. Direction un foyer de réinsertion perdu dans la campagne genevoise. A la requête d’un juge, les deux policiers doivent auditionner un témoin dans une affaire de détention d’”herbe”. S. est un “jens” (toutes les lettres se prononcent), selon le terme emprunté au langage des 12-18 ans, autrement dit un jeune. Il a une quinzaine d’années. Survêtement de marque, baskets de marque, intonation et vocabulaire, tout en lui rappelle la banlieue française. C’est dans une “passade”, cellule réservée aux détentions de très courte durée, que S. passe à confesse. La pièce est minuscule, un lit superposé mange presque tout l’espace. Des inscriptions, telles que des croix gammées, maculent les murs. L’endroit est dissuasif.
Si S. revendique son appartenance à un groupe, celui que constituent les jeunes de son quartier, il ne fait pas pour autant partie d’une bande. Ce phénomène est au reste inexistant à Genève. C’est ce qu’affirme Giuseppe P. : “Une bande est une association structurée avec un chef à sa tête, des rites d’admission. Dans notre canton, les alliances entre adolescents sont impromptues. Les meneurs ne sont jamais les mêmes. Les larcins et autres délits sont improvisés.”

Les parkings des supermarchés

Réquisitionnés à tour de rôle dans des missions de patrouille, les inspecteurs de la Brigade n’ignorent rien des hauts lieux de rencontres d’adolescents. Parc du Seujet, parking du centre commercial de Meyrin, cours de Rive, bowling de Thônex ou encore Rondeau de Carouge: certains soirs d’été, des dizaines de jeunes gens s’y agglutinent. Aux premiers froids de novembre, les groupes se replient dans les couloirs des supermarchés. Ces rassemblements sont le plus souvent pacifiques. Mais, il suffit d’une étincelle et c’est l’explosion. Une consommation excessive d’alcool additionnée à quelques joints, le cocktail est parfois détonant. “Un rien peu allumer la mèche comme le regard d’un passant, une remarque et le petit groupe devient violent. Parfois à l’extrême”, relèvent les policiers.

C’est ainsi qu’un homme a reçu plusieurs coups de couteau, il y a quelques mois. “Cet agent de sécurité privé avait rappelé à l’ordre un groupe de garçons qui molestaient une jeune fille dans un bus. Les adolescents se sont rués sur lui avant de lui asséner plusieurs coups de couteau.” Deux mois plus tard, l’un des auteurs s’en prenait à un père de famille immobilisé au volant de sa voiture. “Cet homme avait réagi aux injures gratuites proférées contre sa fillette assise à l’arrière du véhicule”, relève Giuseppe P.

Les filles montrent le poing

Selon les deux jeunes inspecteurs, le nombre des actes violents perpétrés par des jeunes n’est pas significativement à la hausse. Mais les agressions ont en revanche gagné en intensité. “L’usage de l’arme blanche est devenu courant”, souligne l’un d’eux en désignant la vitrine d’une armoire ou s’entassent, pêle-mêle, couteaux papillons, cutters et poings américains. Autant de trophées que les policiers ont saisi à l’issue de bagarres et agressions. A la Brigade des mineurs, on note aussi qu’un nombre croissant de petits délits sont le fait de jeunes gens d’à peine plus de 13 ans. Ce relèvement de l’âge se vérifie depuis deux à trois ans. Longtemps restées discrètes sur la scène de la délinquance, les jeunes filles apparaissent de plus en plus souvent dans les statistiques policières. Il y a quelques mois, les agents ont démantelé une bande de jeunes filles auteurs de divers rackets. “Elles terrorisaient psychologiquement leurs victimes”, affirme un inspecteur. Généralement leur mode opératoire est un peu différent des garçons. “Elles traînent rarement dans les rues le soir. Elles n’intègrent guère les bastions masculins. Quand elles veulent tabasser une jeune fille, l’origine de la rixe est souvent une affaire de cœur, elles sonnent le rassemblement par téléphone portable et s’évanouissent dans la nature dès leur forfait accompli.”

Guiseppe P. et Cédric D. affirment que leur mission ne se limite pas à la seule répression. “Un jeune qui dérape ne doit pas être estampillé petit malfrat à vie. C’est l’acte qu’il a commis qui est répréhensible et qui exige réparation. Après la sanction, le jeune auteur doit avoir une seconde chance pour se remettre sur le bon rail.” Cette approche de la jeune délinquance semble porter ses fruits à Genève. En effet 80% des auteurs ne récidivent pas.

Source: Tribune de Genève du 24 Novembre 2003

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...
Share/Save/Bookmark



Tags: Général

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

You must log in to post a comment.