La polémique réussit plutôt bien à «La passion du Christ», le film de Mel Gibson qui relate les douze dernières heures de Jésus. En Suisse alémanique, où il est sorti il y a une semaine, le long métrage s’est classé en deuxième position en termes d’entrées réalisées.
«Je ne le diffuserai pas dans mes salles de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds», annonce l’avocat biennois Vital Epelbaum, président des exploitants suisses. C’est un autre exploitant qui diffuse le film controversé depuis jeudi dernier à Bienne, avec un sous-titrage en allemand.
Réalisé en araméen et en latin, «La passion du Christ» remplit les salles aux Etats-Unis, où il a déjà rapporté plus de 380 millions de francs depuis sa sortie, le 25 février. Lundi, Vital Epelbaum riait sous cape: «En Allemagne, il fait trois fois moins d’entrées que «Frère des ours», de Walt Disney…» Mais en Suisse, et même sans la Romandie et le Tessin, le dernier Mel Gibson grimpait de jeudi à dimanche à la deuxième place du box-office avec 25 048 entrées en quatre jours, derrière les 40 403 entrées de «Polly et moi», une comédie avec Jennifer Aniston.
Les copies diffusées passeront de 30 à 35 dès jeudi, et le distributeur zurichois Ascot Elite Entertainment prédit une première place à «La passion du Christ» pour la semaine prochaine, avant même sa sortie romande, prévue le 7 avril. «Le film marche bien dans le Valais et à Lucerne», rapporte la cheffe du marketing d’Ascot Elite, Nicole Bachmann. Dans les régions catholiques, en somme… «C’est vrai: il marche moins bien à Zurich. Mais «Polly et moi» décroche le premier rang grâce à 44 copies pour la Suisse alémanique et sa diffusion en Suisse romande», nuance Nicole Bachmann.
A Bienne, Vital Epelbaum justifie son refus de diffuser le film. Primo, «il est mauvais, très brutal et dépourvu de spiritualité», dit-il après avoir visionné une cassette. Un avis partagé par des spectateurs sortis livides du cinéma Palace, lundi soir: «Trop de sang», lâche Angela, une Brésilienne incapable d’analyser le film à chaud. Secundo, Vital Epelbaum conteste la version historique présentée. Son verdict: «Il y a une tendance antisémite.»
Vital Epelbaum ne veut pas jouer le censeur. Sa position est plus subtile: «Je ne suis pas favorable à une interdiction. Mais, politiquement, ce n’est pas à moi de le diffuser.» Les autorités religieuses juives ont protesté contre «La passion du Christ», qui désigne leurs ancêtres comme responsables de la mort de Jésus.
Ce qui chiffonne aussi l’avocat biennois, c’est le discours révisionniste du père de Mel Gibson: «Le cinéaste n’est pas responsable des actes de son père, mais il ne s’en est jamais distancié, lui qui fait partie d’une secte fondamentaliste catholique.» Vital Epelbaum ne préside plus la Fédération suisse des communautés israélites, mais il ne prendra pas le contre-pied de son milieu.
«Le film a été diffusé dans la précipitation, alors qu’il fallait l’entourer de discussions», estime encore Vital Epelbaum. En insistant sur la superficialité de la production de Mel Gibson, il se réjouit de constater que «les Eglises européennes se distancient du film, alors qu’aux Etats-Unis elles achètent des billets pour les distribuer».
Sa conclusion: «Il faut être très sensible à une époque marquée par les extrémistes. Il faut éviter de chauffer les discussions et tendre vers davantage de tolérance.»
Source: Le 24 Heures du 23 mars 2004




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