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Le clan Bush et la nébuleuse Carlyle

October 29th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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Seul journaliste français à avoir obtenu le prix Pulitzer et le Prix Albert Londres, François Missen dans son dernier livre « Carlyle : la banque des guerres américaines » (Editions Flammarion), met en lumière l’implantation au somment de l’appareil militaro-industriel américain du fond d’investissement Carlyle. A quelques jours de l’élection présidentielle, il évoque aussi les liens très étroits de cette étrange structure financière avec le clan Bush.

François Missen Bonjour. Dans votre dernier livre vous mettez en lumière l’importance excessive qu’a prise dans la politique le fond d’investissement Carlyle. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots cette structure ?

Carlyle Fondé en 1984 par 4 mousquetaires ambitieux, Stephen Norris, Daniel d’Aniello, David Rubinstein et William Conway, Carlyle se présente d’abord comme un fond d’investissement des plus classique implanté aussi bien dans le bâtiment, les télécommunications que la gestion de fonds de retraites. L’un des grandes réussites du groupe a par exemple été de s’implanter dans CALPERS, un fond qui gère l’ensemble des retraites des fonctionnaires de l’éducation nationale en Californie. Au delà de cet aspect, Carlyle s’est aussi signalé de manière plus discrète ces dernières années par une active politique de prises de participation dans un secteur aussi sensible que celui de la défense.

Vous avez aussi présenté ce groupe comme une sorte de « pieuvre » présente au cœur du pouvoir à Washington ?

L’un des aspects essentiel de Carlyle dès le début, est en effet de s’attacher les services de bon « Doors openers », capables d’ouvrir au groupe les portes de l’appareil politique américain afin de décrocher de juteux contrats dans le domaine de l’armement. Le premier « Door opener » de Carlyle à la fin des années 1980 sera Frank Carlucci. Brillant diplomate américain en poste au Congo et au Chili, Franck Carlucci gravit rapidement les échelons de l’Administration américaine. Directeur adjoint de la CIA en 1978 durant la mandature de Jimmy Carter, adjoint de Gaspar Weinberger au ministère de la défense en 1981, Il quitte finalement l’Administration en 1988 pour mettre son carnet d’adresse au service de Carlyle. L’un de ses premières actions sera de favoriser la prise de contrôle par le groupe de la société d’armement BDM. Un peu plus tard, Carlyle grâce à l’entregent d’une autre pointure de l’Administration républicaine James Baker, prendra aussi le contrôle de la firme « United Defense » qui fournit à l’Armée américaine le blindé Crusader.

L’une des réussites de la firme est aussi de s’être très tôt liée au clan Bush ?

Pour Carlyle, il ne peut sans doute pas y avoir de meilleur « door opener » qu’un président des Etats unis. Le groupe dès ses débuts, pariera sur la carrière de Georges W. Bush en l’aidant à prendre le contrôle de l’équipe de Base Ball des Texas Rangers et à accéder au poste de gouverneur de l’Etat du Texas. Lié au Fils, le groupe parviendra ainsi à pénétrer l’Administration de Bush père et à décrocher de nombreux contrats d’armements par l’intermédiaire de ses hommes d’influences. Implanté aujourd’hui au cœur de l’Administration de Georges W. Bush, Carlyle s’est aussi adjoint les services de l’ancien Président américain Georges Herbert Bush. Celui-ci fait la promotion à travers le monde des activités du fond d’investissement pour la somme de 80 000 dollars par conférence. On est un peu dans une situation hallucinante, où le père ancien Président vend des armes au fils, actuel Président des Etats unis.

Dans votre livre vous présentez Carlyle comme la « banque des guerres américaines ». Ce groupe a-t-il pu influencer la politique extérieure de l’Administration américaine ces 4 dernières années ?

D’une façon officielle, il est bien sûr très difficile de démontrer ce genre de choses. Mais dans la mesure où Carlyle s’est très tôt lié à de nombreux intérêts financiers saoudiens, il me paraît aussi impensable de considérer que ce groupe n’ait pas influencé la politique extérieure américaine en ce qui concerne l’Arabie Saoudite. Par l’intermédiaire du Prince Bandar, ambassadeur de ce pays à Washington, de grandes familles saoudiennes comme les Ben laden ou les Ben Mafhouz ont par exemple beaucoup investi dans le fond d’investissement. Par l’intermédiaire de ses sociétés, celui-ci vend des armes au royaume et participe aux cotés du groupe Northrop Grumman au financement d’une société spécialisée dans le consulting militaire Vinel, dont le rôle est d’assurer l’encadrement de la garde royale saoudienne. Carlyle est donc très impliqué en Arabie Saoudite et continue d’y faire des affaires. Il est donc difficile de penser qu’il soit totalement étranger au fait que depuis deux ans, l’Administration américaine refuse systématiquement que l’on s’intéresse aux zones d’ombres des relations américano-saoudiennes.

Durant l’un des débats télévisés de la campagne, John Edwards a par exemple accusé Dick Cheney de collusion avec la firme de recherche pétrolière Alliburton. Ces connexions politiques et financières ne choquent-elles pas les Américains ?

Durant la campagne présidentielle, personne n’a en effet fait mystère de ce genre de connexions. Tout le monde sait que le vice-président Dick Cheney a été Président de la Firme Alliburton et que celle-ci, comme de bien entendu, est aujourd’hui parmi les principaux bénéficiaires de la reconstruction irakienne. Des organisations comme les « Watch Dogs » (chiens de garde) américains ont mis en lumière ces relations incestueuses entre les milieux d’affaires et les hommes politiques américains. L’usage veut que les fonctionnaires de l’administration respectent normalement une « Cooling period », c’est à dire un laps de temps d’une année avant de travailler dans le privé et de faire profiter une entreprise de leur expérience. Mais les cas de Carlyle ou de Alliburton montrent à l’évidence que ce genre de pratique n’est pas respecté.

Carlyle va-t-il continuer à faire des affaires après le 02 novembre ?

Ce n’est bien sûr pas à moi qu’il faut le demander. Je ne suis pas dans les petits secrets de Carlyle. Je sais par contre que toutes les enquêtes récentes, parues en France et aux Etats unis sur leurs agissements ont beaucoup gêné les dirigeants du groupe. Tout au long de ces années, les dirigeants de Carlyle ont en effet eu comme devise la formule américaine de « Secretive », c’est à dire de communiquer le moins possible sur leurs activités. Les récents évènements de la Guerre en Irak ou du 11 septembre ont braqué les projecteurs sur leurs implications dans l’appareil militaro-industriel américain. On sait aujourd’hui que plusieurs membres de la famille Ben laden au moment de l’attaque des « Twins Towers » participaient à un conseil d’administration de Carlyle. Aujourd’hui, plus personne n’ignore les agissements de cette société d’investissement.

…même après une victoire de John Kerry ?

Vous savez, entre les politiques et le milieu industriel américain, il y parfois des connexions qui se jouent des étiquettes. L’une des principaux contributeurs de la campagne de John Kerry, Georges Soros a aussi été en son temps un associé du fond d’investissement. Durant le mandat de Bill Clinton, Carlyle a continué à prospérer. Certaines portes de l’Administration se sont bien sûr fermées. Mais le groupe n’a pas mis pour autant la clef sous la porte.

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Tags: Général