Langenthal se fait peur en élisant un skinhead
Cantonnier d’extrême droite, il est entré dimanche au parlement communal.
Pour la première fois, un représentant du Parti des Suisses nationalistes passe le cap d’une élection. Agitation outre-Sarine.
Situé à l’est du canton de Berne, Langenthal est une ville de 15 000 habitants qui vote en général comme la moyenne suisse. Sauf dimanche dernier, où l’élection d’un candidat du Parti des Suisses nationalistes (PSN), au Législatif, a créé la surprise. L’arrivée de l’extrême droite dans un Parlement communal suscite quelques remous dans les médias alémaniques.
Jodle, lutte suisse et paysans
Tobias Hirschi a fait campagne seul. Personne ne s’attendait à son élection et surtout pas le principal intéressé. Le credo de ce jeune cantonnier de 20 ans? Défendre la culture helvétique, le jodle, la lutte suisse et les paysans. L’idée de se porter candidat sur la liste du Parti des Suisses nationalistes (PSN ou PNOS en allemand) lui est venue lors de la dernière manifestation du 1er Mai qui a dégénéré en affrontement entre membres de l’extrême droite et alternatifs de gauche.
Un nouveau parti, aidé par l’UDC
Le PSN a été créé en septembre 2000 par des activistes du groupe de skinheads «Blood Honour» («Sang et honneur»), dans l’idée d’unifier le milieu de l’extrême droite. Le mouvement s’est surtout fait connaître pour ses débordements violents lors de manifestations, rapporte la Berner Zeitung.
Sur son site internet, le PNS se décrit lui-même comme «le parti du nationalisme moderne». Il se bat contre «le pluriculturalisme et le mélange des peuples» et appelle la population à renverser le système politique actuel. Son programme, décliné en vingt points, demande notamment l’abolition des partis politiques. Le jeune élu bernois, quant à lui, vise deux buts: fermer le centre culturel alternatif de Langenthal et baisser la proportion d’étrangers dans la population du pays à 5%.
Dans une interview donnée hier au Blick , intitulée ironiquement «Chers citoyens de Langenthal, voici ce que pense votre nouveau conseiller communal», Tobias Hirschi se dit proche des nationalistes allemands et explique comment il en est venu à haïr les étrangers.
Grâce à une faible participation aux urnes - qui profite aux petits partis -, Tobias Hirschi a été élu avec seulement 415 voix (2,4%), dont un tiers grâce aux électeurs UDC. Son nom a également été rajouté sur une vingtaine de listes socialistes et radicales.
Changement de style politique
«Jusqu’à aujourd’hui, les candidats d’extrême droite n’avaient aucune chance d’être élus», observe Hans Stutz, journaliste expert des mouvements d’extrême droite, dans divers médias alémaniques. Il n’y voit pourtant pas les prémices d’une percée.
Pour le quotidien bernois Bund, ce qui paraissait impossible auparavant est désormais devenu possible à cause d’un changement de style en politique. «L’UDC, en ne mettant pas de limite à sa droite, ne se démarque pas clairement de l’extrême droite», estime son éditorialiste.
Les démocrates du centre disent pourtant ne pas avoir soutenu le candidat sulfureux. Or, ce dernier assure avoir reçu les encouragements de Roland Christen, président de la section UDC de Langenthal. «Nous ne collaborerons pas avec le PSN, Tobias Hirschi restera un homme isolé», promet le chef de file UDC dans Blick. Pour le maire radical, Hans-Jürg Käser, l’élection d’un membre du PSN est un coup du hasard. Selon lui, il n’existe pas de vrai mouvement d’extrême droite à Langenthal.
source: tdg.ch



