Fin août, la mouvance identitaire française organisera son deuxième camp d’été, à l’initiative des Jeunesses Identitaires. En moins de deux ans, les JI, le Bloc Identitaire et des mouvements enracinés localement comme “Alsace d’abord !”, sont parvenus, au prix d’un constant effort militant, à installer le courant identitaire dans le paysage politique français.
À la veille de ce camp d’été, il nous a semblé important de faire le point avec Guillaume Luyt, un des animateurs de cette force montante, co-organisateur du camp identitaire avec Philippe Vardon.
AMIBe: La mouvance identitaire existe en tant que telle depuis maintenant presque 2 ans. Pouvez-vous déjà en tirer un bilan ?
Un mot, si vous le permettez, pour rappeler d’abord notre itinéraire : au printemps 2002, nous prenons, avec Fabrice Robert, les rênes du nationalisme radical français et décidons d’en engager la révolution culturelle. Quelques semaines plus tard, l’acte absurde d’un militant désespéré qui fait le coup de feu sur Chirac provoque la dissolution de notre organisation. Loin de renoncer, nous décidons de prendre acte de cette censure gouvernementale et de rebondir en décuplant notre effort de révolution culturelle.
Libérés des oripeaux d’un engagement parasité par le folklore, la nostalgie et le refus du réel, nous pouvons alors nous consacrer entièrement au défi que nous sommes fixés : séduire plutôt que faire fuir. Ce qui passe par une mise à plat complète de nos pratiques et de notre discours. Décidés à l’assumer tout en offrant au système la vitrine légale qu’il réclame, nous créons alors, dans un premier temps les Jeunesses Identitaires puis, six mois plus tard, le Bloc Identitaire. J’insiste sur la chronologie de cette phase de démarrage car, contrairement à ce qui existe partout ailleurs, les JI ne sont pas le mouvement de jeunesse du Bloc Identitaire mais, au contraire, la source du mouvement adulte. Parce que notre révolution culturelle n’est ni une formule rhétorique ni un alibi médiatique, nous avons voulu l’inscrire dans les gênes de notre action. Et quelle meilleure solution que de miser sur la formation des nouvelles générations militantes ?
Mais l’offensive identitaire ne se limite pas à la création d’une organisation militante. Porteurs d’une vision du monde en rupture avec la société dite “moderne”, nous inscrivons notre combat dans tous les champs de la vie quotidienne ; nous ne nous cantonnons pas à l’action politique traditionnelle. Nous développons ainsi des actions spécifiques dans des domaines jusque-là abandonnés à la gauche, qu’elle soit institutionnelle ou subversive : la culture, l’éducation, l’entraide, etc. L’initiative la plus symbolique est celle de la soupe au lard servie tout l’hiver aux laissés pour compte parisiens et qui a déclenché l’hystérie de tous ceux qui ont fait de l’exploitation de la misère un business financier et électoral. Ces combats sont pour nous aussi importants que le militantisme classique et nous permettent de fédérer des compétences et des énergies que ce dernier ne motive pas ou plus.
Bref, nous venons de vivre, nos deux plus longues années militantes. Deux années casse-gueule mais infiniment exaltantes. Celles de la mise en place. Aujourd’hui, c’est une phase moins intense mais pas moins difficile qui s’ouvre, celle de la consolidation.
AMIBe: Cela a-t-il un sens d’exister à côté d’un poids lourd électoral comme le FN de Le Pen ?
Bien sûr ! D’abord parce que le FN n’est pas un mouvement identitaire, en ce sens qu’il demeure foncièrement jacobin et anti-européen, et que nous nous devons de développer l’instinct identitaire des nôtres, notamment chez les jeunes.
Ensuite, parce que le champ électoral n’est, comme je l’ai dit précédemment, qu’un des terrains du combat politique. C’est donc bien volontiers que nous le laissons au FN, qui l’occupe avec un certain succès depuis 20 ans, ce qui lui confère une légitimité électorale que nous ne contestons pas. En revanche, le FN est totalement absent des fronts culturel, social et éducatif. Fronts qu’il aurait pourtant largement les moyens de parcourir ! Ces carences lepénistes justifient à elles seules notre existence.
AMIBe: Pensez-vous que le concept “identitaire” est en train de devenir un courant politique et idéologique spécifique ?
En tant que courant organisé, la réponse est clairement oui. D’abord parce que de nombreux militants issus de la famille nationaliste se définissent désormais spontanément comme “identitaires”. Ensuite parce que les acteurs principaux de la mouvance nationale tiennent compte eux aussi du courant identitaire, à commencer par certains dirigeants du FN qui se présentent eux aussi, aujourd’hui, comme “nationaux et identitaires”. Enfin, en externe, les médias font dorénavant très bien la part des choses entre souverainistes et identitaires tandis que la racaille gauchiste a, depuis belle lurette, déclaré la guerre aux “fascistes identitaires”.
En tant que pensée politique, je ne sais pas. Il faut du recul pour en juger. Néanmoins, je sais que les idées vivent, meurent et ressuscitent. Il y a un peu plus d’un siècle, le nationalisme prenait corps et supplantait légitimisme et bonapartisme. Peut-être l’affirmation identitaire est-elle en train de le rendre caduque ?
AMIBe: Comment concevez-vous d’ailleurs la collaboration avec d’autres courants ?
Déjà, et ce n’était pas gagné d’avance vu le passif du camp nationaliste, nous nous efforçons de travailler main dans la main avec toutes les forces identitaires. Ensuite, en ce qui concerne les autres, nous ne pratiquons aucune exclusive de principe mais sommes toujours prompts à unir ponctuellement nos efforts aux leurs. La campagne que nous avons mené contre le groupe de rap Sniper en a été un bon exemple.
AMIBe: Le combat identitaire est-il un concept uniquement français où peut-il avoir une dimension européenne ?
Je crois que le combat identitaire a déjà traversé les frontières. La campagne Sniper, par exemple, a déjà trouvé son écho chez vous, en Belgique. Et suivant le même modus operandi : en fédérant toutes les forces de résistance à la haine anti- européenne.
Toutefois, il est évident que le combat identitaire n’a de sens que chez ceux qui sont en crise d’identité. Tous les peuples d’Europe qui vivent encore au quotidien leurs traditions et assument leur identité n’ont pas besoin d’une force politique identitaire : chacun de leurs gestes est en soi un manifeste identitaire. En revanche, tous les peuples écrasés par l’ethnomasochisme et démunis face à la menace impérialiste, qu’elle soit états-unienne ou musulmane, verront naître, tôt ou tard, une force politique faisant de la reconquête de l’identité son fer de lance.
AMIBe: On constate, ces dernière semaines, un regain de violence contre des militants identitaires. Comment réagir face à cela ?
Premièrement, en ne tombant pas dans la provocation gauchiste. Ce qui ne signifie pas : “encaisser les coups sans broncher”, mais plutôt “répondre sur le terrain et avec les armes que nous aurons choisis”.
Deuxièmement, en menant un gros travail de propagande pour faire connaître le vrai visage de la gauche. Une gauche qui n’a jamais rompu avec la violence, même s’il est vrai qu’elle pratique plus volontiers la terreur intellectuelle que physique. D’ailleurs, on peut se demander si le recours à la terreur physique n’est pas, de sa part, l’aveu de l’inanité de la terreur intellectuelle face aux nôtres.
Troisièmement, en formant nos militants à la discipline dans l’action.
Quatrièmement, en n’ayant aucune hésitation à saisir les autorités judiciaires puisque nous entendons mener notre combat par tous les moyens “même légaux”…
Je pourrais poursuivre la liste, mais tout militant identitaire sait que les risques qu’il prend en s’engageant à nos côtés, aujourd’hui, sont moindres que ceux qu’il courra demain s’il ne fait rien.
(Propos recueillis par CS)
source: Altermedia Belgique


