Un important réseau de proxénétisme opérant en France voisine avec des connexions à Lausanne et Genève a été démantelé mardi. L’enquête ouverte en février 2003 par le parquet de Bourg-en-Bresse a abouti à l’arrestation de dix-huit personnes. Un ressortissant suisse d’une soixantaine d’années considéré comme l’un des cerveaux de ce réseau de prostitution, écroué mardi, sera jugé aujourd’hui dans le cadre d’une procédure en comparution immédiate.
L’affaire démarre fin 2002. A la suite de renseignements, les gendarmes de la compagnie de Gex s’intéressent aux allers et venus d’un groupe de jeunes camerounaises qui vivent de leurs charmes. Logées dans de confortables studios à Ferney-Voltaire, elles rabattent leurs clients par petites annonces. Un commerce discret mais lucratif. De 50 à 150 euros la passe.
L’entreprise est transfrontalière. Flairant l’existence d’un circuit organisé, le parquet de Bourg-en-Bresse a ouvert une information pour proxénétisme en bande organisée. Pendant près d’un an, une cellule d’enquête baptisée Mœurs 01-74 file les filles. Les gendarmes de la section de recherche de Lyon viennent épauler leurs collègues de l’Ain et de Haute-Savoie.
De jeunes Camerounaises
Recrutées à Lausanne, ou dans leur pays d’origine, les jeunes Camerounaises atterrissent à Ferney, Annemasse et Gaillard où elles se partagent les appartements loués par leur proxénète suisse avec des travestis sud-américains. Des maquerelles gèrent la dizaine de lupanars installés aux portes de Genève. Positionnement stratégique. Le prix des locations moins élevé qu’à Genève rend l’affaire encore plus rentable. Les clients, suisses et français, sont généreux. “Souvent de bons pères de famille”, précise le procureur de la République de Bourg-en-Bresse, Jacques Dallest. Les filles n’utilisent même pas le paravent d’un salon de massage. “C’est de la vraie prostitution en appartement”, constate ce dernier. D’autant plus discrète que les proxénètes ne semblent pas jouer les gros bras avec les filles. Aucune violence n’a été signalée. “C’est plus soft mais très lucratif”, résume le magistrat.
Coopération transfrontalière
Grâces aux écoutes téléphoniques, grâce aussi aux filatures, les gendarmes remontent toute la filière et découvrent que l’argent récolté est envoyé au Cameroun pour être investi dans l’immobilier. Plus d’une centaine de filles passent par ce circuit avant de poursuivre leur carrière à Paris, Genève et sans doute Bordeaux. Un an de travail aura été nécessaire au démantèlement de ce réseau.
A la clef, plusieurs mises en examen pour proxénétisme aggravé. “Il est rare qu’on fasse des affaires de prostitution en appartement. On a utilisé la loi française pour faire tomber ce réseau qui alimente une délinquance en amont”, justifie le procureur de Bourg-en-Bresse. Il a toutes les raisons de se réjouir de ce coup de filet opéré en étroite collaboration avec la Suisse. Le magistrat français a pu éprouver l’efficacité du centre de coopération policière et douanière (CCPD) de Cointrin. Par ce biais, les enquêteurs français ont pu recouper leurs informations avec celles recueillis par leurs collègues des mœurs de Genève et Lausanne.
Source: Tribune de Genève du 26 février 2004.
La “Cameroun Connexion”
February 26th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)
Tags: Général




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