La biodiversité (on parle aussi de diversité des espèces) se porte mal en Suisse. Notre pays est souvent montré du doigt pour ses lacunes et manquements dans la protection des milieux naturels.
Parmi les pays de l’OCDE, la Suisse est celui qui a le nombre d’espèces d’oiseaux en voie de disparition le plus élevé. Pour les autres espèces animales et végétales menacées, nous nous classons parmi les pays les moins bien lotis. Récemment l’Académie suisse des sciences naturelles a mis en garde la Confédération : les mesures actuelles n’ont qu’une efficacité limitée, les engagements pris dans le cadre de la Convention sur la biodiversité en 1994 risquent de ne pouvoir être tenus.
L’agriculture peut faire mieux
Les raisons de ce score peu glorieux sont connues. La fragmentation des habitats naturels en est une. Ainsi, la chute des effectifs de Lièvre brun depuis des années est due en grande partie à la perte des surfaces d’un seul tenant favorables à cette espèce. Ce constat peut être transposé à de nombreuses autres espèces.
Il est impératif de créer de nouvelles structures paysagères telles que haies, zones humides ou prairies extensives et, surtout, de les relier entre elles.
L’agriculture a ici un rôle central à jouer. Malheureusement, les techniques agricoles modernes (fertilisation, ensilage) ne sont pas favorables à la faune. La surexploitation des prairies conduit à réduire la période entre deux fauchages. Et à chaque passage de la faucheuse des nids sont détruits. 50 % des oiseaux de nos campagnes sont ainsi menacés de disparition.
L’intensification des pratiques agricoles est néfaste à la diversité de la faune et de la flore.
Le cas des prairies maigres (ces magnifiques – et hélas trop rares - praires que l’on voit fleurir en printemps) est révélateur. Depuis les années 50 de l’ordre de 90 % ont disparu. Leur engraissement excessif produit un herbage monotone qui se substitue à une flore diversifiée. De magnifiques prairies fleuries sont ainsi converties en cultures herbagères intensives. Cette banalisation floristique entraîne, à son tour, une diminution de la diversité des insectes et par conséquent de l’avifaune. De plus, trop souvent abandonnées, elles sont alors envahies par les buissons et finalement la forêt. Papillons et oiseaux en souffrent. Dans les Alpes, cela devient particulièrement dramatique.
Les mesures que prennent les agriculteurs en faveur de la nature sont certes à saluer et à encourager. Elles ne suffisent pourtant pas encore pour accroître la biodiversité. La population attend du secteur agricole des prestations écologiques accrues en compensation de l’aide financière accordée.
Constructions et infrastructures envahissent nos paysages
La dispersion des constructions progresse. La volonté de créer des logements dans des régions périphériques est très forte. Chaque commune de l’arrière pays développe sa propre zone de villas. Des routes sont construites pour y accéder. On mord sur la ceinture traditionnelle de vergers à hautes tige entourant encore certains villages. En 1980, chaque personne prétendait à 34 m2 de surface habitable alors qu’en 2000 ce chiffre atteignait 44 m2. Certes, il s’agit d’une amélioration de la qualité de vie. Elle a toutefois été conquise au détriment de la zone agricole et des milieux naturels qui peuvent lui être liés. Cet appauvrissement met en péril de nombreuses espèces…. et notre qualité de vie !
Constats réjouissants
Quelques bonne nouvelles pour conclure ! Dans l’ancienne décharge de Colliare, à Penthaz le Guêpier d’Europe (voir photo) a fait un retour remarqué. Depuis près quelques années, une dizaine de couples y viennent nicher de juin à août. Le spectacle grandiose de ces oiseaux colorés est à couper le souffle !
Le Milan royal, en régression dans les pays qui nous entourent, montre une belle vitalité chez nous. De plus en plus de milans royaux hivernent chez nous et notre pays est devenu le lieu d’hivernage de ce rapace le plus important d’Europe.
Les population d’Aigles se portent bien et les Gypaëtes devraient bientôt se reproduire du côté de Deborence… Bonne balade !
commentaires.com - Serge Ansermet, secrétaire régional du WWF Vaud



