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José Antonio vu par Jacques Ploncard d’Assac

November 20th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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Je suis probablement un des rares Français qui ait eu l’occasion de voir José Antonio Primo de Rivera, de lui parler ; ce qui pour moi conserve à ses propos qui dorment dans les livres une intonation vivante et le ressuscite tout entier à mes yeux.

José Antonio Notre rencontre se situe en février 1935, à Madrid. Il me reçut dans son appartement de la calle Serrano, au troisième. Dès l’entrée, deux portraits vous tenaient sous leurs regards impérieux d’hommes de commandement. L’un était Fernando Primo de Rivera, premier marquis d’Estrela ; l’autre Miguel, le général-dictateur, le père de José Antonio.

Don José Antonio aurait pu mener une vie oisive, il a préféré la vie publique et ardente. À cette époque il avait déjà échappé à cinq ou six attentats et vu tomber des dizaines de ses camarades de la Phalange.

Il était grand, beau, fier, fait pour les reconquêtes. Il parlait un français très pur. Il me dit ses craintes pour l’Espagne. Il prévoyait tout ce qui est arrivé. Et cela est une première notation : la sûreté du jugement. La seconde, c’est la rectitude de la pensée.

La Phalange, pour lui - ce sont ses propres paroles - est une révolution qui combat aussi bien la droite que la gauche.

- Dangereuse position, ai-je fait observer alors.

- Sans doute, répliqua José Antonio, mais la seule qui soit honnête. La droite, ici, est composée de tous les intérêts capitalistes et d’un certain cléricalisme périmé. La gauche est aux ordres de Moscou. Les Espagnols doivent faire leur révolution seuls.

Comment faisait-on une révolution nationaliste en 1935 ? Je sens bien, moi qui ai connu cette époque, que cela appartient déjà à l’histoire, que les méthodes d’action d’alors ne sont plus valables. On peut donc en parler comme de la charge de Reischoffen, sans révéler des secrets…

- Allez voir nos hommes, m’avait dit José Antonio.

En plein centre de Madrid, dans la Cuesta de Santo Domingo, au numéro 3, la Phalange occupait plusieurs étages d’une maison de calme apparence. Au bas de l’escalier, des jeunes gens en chemise bleue montaient une garde attentive. C’était le piquet de surveillance, toujours en alerte, car les raids communistes étaient chose fréquente.

Au premier, je sonnai à une porte qu’on tenait constamment fermée. J’entendis le bruit des chaînes qu’on enlevait, des verrous que l’on tournait. La porte s’ouvrit enfin.

Je trouvai à l’intérieur encore une trentaine de phalangistes en uniforme. Et de ces sentinelles, de ces chaînes, de ces verrous je retins ceci : quand les hommes qui veulent l’Espagne ” Une, Grande et Libre ” doivent se retrancher au cœur de Madrid, quand un pays est tourné contre ceux qui veulent sa grandeur, c’est qu’il est malade.

La Phalange, c’était la vie, et c’est pourquoi les forces de mort l’enserraient.

Elle était née le 29 octobre 1933, à Madrid, au cours d’un meeting à la salle de la Comédie.

Le 11 janvier 1934 tombait le premier phalangiste. Il s’appelait Francisco de Paulo Sampol. Une balle communiste l’avait étendu raide mort. Dès lors ce fut la guerre de rue constante avec les anarchistes et les communistes, rendue plus dure par l’hostilité des vieux partis libéraux. Dans les meetings que les phalangistes tenaient à travers toute l’Espagne, la tribune était toujours surmontée d’un immense drapeau rouge, noir, rouge sur lequel étaient inscrits en lettres blanches les noms des phalangistes tués.

Plusieurs fois les locaux de Phalange furent fermés, le mouvement interdit, mais toujours on voyait réapparaître les chemises bleues au col ouvert, portant le faisceau de flèches rouges avec les initiales JONS (Juntes d’Offensives nationales-syndicalistes). Au bras, le brassard noir et rouge, souvent le revolver au poing pour venger les camarades tués, et le cri d’Arriba España ! appelait les Espagnols au combat.

Tant que José Antonio n’a pas menacé vraiment la République, celle-ci lui laissa un semblant de liberté, ainsi font les régimes qui veulent se donner des airs de libéralisme, mais lorsqu’elle vit la jeunesse courir vers ce jeune chef, elle l’emprisonna, puis le tua.

Mais alors elle apprit qu’une idée ne se réduit pas en fermant les portes d’une permanence, ni celles d’une prison, ni même celles d’un tombeau. Et José Antonio, mort, trahi, reste singulièrement vivant et son œuvre est pleine de virtualités étouffées qu’elle contiendra désormais à jamais. On le lit comme on lit le ” Que faire ? ” de Lénine parce qu’il a réellement pensé la révolution et c’est là son apport capital dans l’histoire des idées politiques contemporaines.

D’abord il pose cet axiome :

” La masse d’un peuple qui a besoin d’une révolution ne peut faire la révolution. ”

Et il explique :

” À la fin d’une période historique stérile, quand un peuple, par sa faute ou celle d’autrui, a laissé rouiller tous les grands ressorts, comment va-t-il mener par lui-même l’immense tâche de se régénérer ? Pour être féconde, une révolution exige la conscience claire d’une règle nouvelle et une volonté résolue pour l’appliquer, mais cette capacité de voir et d’appliquer la règle est justement le signe de la perfection. Un peuple effondré est incapable de percevoir et d’appliquer la règle : son désastre réside justement là. Avoir les ressorts nécessaires pour mener à bien une révolution féconde est le signe inéquivoque que la révolution n’est pas nécessaire. Et, au contraire, avoir besoin de la révolution, c’est manquer de la clarté et de l’élan nécessaires pour l’aimer et la réaliser. En un mot les peuples ne peuvent se sauver en masse eux-mêmes parce que le fait d’être apte à réaliser le sauvetage est la preuve qu’on est sauf.

” D’où il résulte que, dans les moments pré-révolutionnaires, jamais le peuple n’a paru si las ni désespéré, si enclin au suicide comme s’il trouvait dans son propre effondrement une réponse apaisante à l’insoluble dilemme. Il est évident que dans un tel état moral : ” la masse ne peut deviner sa forme future ni l’aimer d’avance “. Le désespoir de la multitude peut tout au plus renverser ce qui existe et ouvrir le chemin de l’État pré-révolutionnaire à l’État révolutionnaire. C’est-à-dire offrir une occasion. ” Si en cette occasion n’apparaît pas l’homme, la révolution est perdue “, ou défigurée, détournée de son objet, trahie. On en connaît des exemples.

1935. Le temps presse. L’Espagne se désagrège. José Antonio sait qu’il n’aura pas le temps de faire de la Phalange une force suffisamment puissante pour combattre seule. Il regarde autour de lui quel peut être l’instrument de la révolution ? Et il répond : l’armée. Mais l’armée a-t-elle le droit de faire la révolution ? N’est-elle pas au-dessus de la politique, au service de l’État ?

Alors José Antonio répond :

” Sans doute, l’Armée “sauvegarde du permanent” n’a pas à se mêler aux luttes accidentelles. Mais quand c’est le permanent lui-même qui est en péril, quand est en danger la permanence même de la Patrie - qui peut aller jusqu’à perdre son unité -, l’Armée n’a pas d’autre solution que de libérer et choisir. Si elle s’abstient par une interprétation purement externe de son devoir, elle s’expose à se trouver, du jour au lendemain, sans plus rien à servir. Devant les effondrements décisifs, l’Armée ne peut servir le permanent que d’une manière : en le recouvrant de ses propres armes. Et il en a toujours été ainsi depuis que le monde est monde ; comme l’a dit Spengler, c’est toujours un peloton de soldats qui, à la dernière heure, a finalement sauvé la Civilisation. “

Mais José Antonio n’est pas sans craintes sur les lendemains de cette intervention. Il manque à l’Armée la formation politique voulue et là-dessus José Antonio a l’exemple de son père. Il a porté sur lui un jugement politique affectueux, mais impartial :

” N’oublions pas le cas du Général Primo de Rivera. Plein de patriotisme, de valeur et d’intelligence naturelle, il n’arriva pas à susciter des enthousiasmes durables faute d’une vision suggestive de l’Histoire. L’Union Patriotique manqua de substance doctrinale et tourna en généralités candides et bien intentionnées. ”

Voilà la leçon qu’il faut retenir de José Antonio. Il n’y a pas de mouvement révolutionnaire authentique sans substance doctrinale et sans instrument (arme ou parti).

Jacques Ploncard d’Assac

Source: www.jeunesses-identitaires.com

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Tags: Culture · Europe · Général