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Jean-René Fournier: «Ne nous laissons pas traiter de mécréants!»

November 28th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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Président du gouvernement valaisan, responsable de la sécurité dans son canton, le très conservateur démocrate-chrétien monte le ton contre la «haine» de certains musulmans. Il exige la signature d’une charte sur nos valeurs, et des expulsions contre tous ceux qui ne les respectent pas

FournierQuand avez-vous prié pour la dernière fois?

Je prie en général tous les matins, tôt. Il m’arrive de dire tout simplement merci pour la beauté du paysage, même s’il ne fait pas beau. Mes prières peuvent aussi prendre la forme d’interrogations, en fonction des affaires du monde. Je suis particulièrement sensible au sort des enfants à qui l’on fait du mal.

Le catholique très pratiquant que vous êtes estime-t-il que ceux qui pratiquent l’islam en Suisse causent problème?

Non, j’ai beaucoup de compréhension pour les musulmans qui prient et qui vivent leur religion. Le fait qu’ils ont conservé une foi à peu près intacte, contrairement à ce qui se passe dans notre civilisation chrétienne, peut fausser l’appréhension que nous avons de l’islam.

Alors pourquoi êtes-vous un des magistrats les plus engagés en Suisse sur le front de la question islamique, au point, aujourd’hui encore, de dénoncer pénalement des prédicateurs «haineux» à Sion?

J’estime que le meilleur moyen d’intégrer et de respecter tous les musulmans tolérants qui vivent chez nous est de se montrer inflexible face à ceux qui ne respectent pas les valeurs sur lesquelles nous ne devons pas transiger. Quand, à Sion, un prêcheur se met à attaquer la Suisse, et le Valais, comme une terre peuplée de renégats et de mécréants, je dis stop. Nous ne devons pas accepter de tels comportements au nom de la tolérance. Nous devons dire à ces gens que leur place n’est pas chez nous. Mais le dire sans haine, contrairement à celle qu’ils affichent contre nous.

Jusqu’où faut-il aller?

Lorsque nos lois, notre Etat de droit sont bafoués, nous devons avoir le courage de nous montrer très fermes et d’aller jusqu’à retirer leur nationalité suisse à ceux qui l’ont obtenue, et les expulser au besoin.

Comment déterminer qui doit partir? Faudra-t-il enquêter en permanence sur le respect des valeurs de base?

Le but n’est évidemment pas de placer un agent secret derrière chaque pratiquant musulman. Mais ceux qui veulent venir travailler, faire vivre leur famille, s’intégrer et s’épanouir chez nous devraient prendre l’engagement formel de respecter nos valeurs et nos règles sous la forme d’une charte. L’idée est d’obliger à signer une telle charte pour obtenir un permis de travail et, à plus forte raison, une naturalisation.

Dans quel genre de cas faudrait-il sévir?

Je vous livre quelques exemples qui n’ont rien de virtuel, puisqu’ils m’ont été donnés en Valais. Un père de famille qui profite de ses vacances dans son pays d’origine pour faire exciser sa fille a-t-il sa place chez nous? Je dis que non. Des parents qui obligent leurs enfants encore pubères à se marier en dehors de nos frontières, tout en revenant chez nous, méritent-ils notre compréhension? Je dis également non.

Et pour le port du voile, faut-il fixer des limites?

Je trouve cette question secondaire. Il faut se souvenir que nos grands-mères portaient et portent parfois encore le foulard, sans que nous le prenions pour un signe de provocation ou d’avilissement de la femme. Il faut simplement oser dire que laisser sa femme voilée à la maison et l’exhiber de temps en temps en société ne correspond pas à nos valeurs, à notre mode de vie.

Pour fixer des règles, ne serait-il pas plus simple de reconnaître officiellement la religion musulmane, qui vient juste derrière la catholique en Valais?

C’est exclu. Il faudrait alors aussi reconnaître les raéliens, etc.

Vous êtes donc contre la formation d’imams en Suisse?

Ce serait une énorme bêtise! Comment prétendre que l’Etat fédéral pourrait réussir à réformer l’islam? C’est une position hypocrite et orgueilleuse. Un Etat laïc n’a pas à se mêler de la religion elle-même, mais uniquement de ses effets.

N’exagérez-vous pas un problème limité à quelques dérapages intégristes?

Certes, les communautés musulmanes vivant en paix ici ne se radicalisent pas elles-mêmes. On constate cependant que des éléments «importés» s’arrogent la voix de Dieu et viennent remettre en question la bonne entente et le respect mutuel dans lesquels nous vivons depuis des dizaines d’années. C’est intolérable. C’est pourquoi il faut en débattre publiquement, au risque de dérives racistes. Il faut tout faire pour les éviter, mais ne pas débattre serait bien pire.

Il y a deux ans, en refusant un permis à un imam macédonien à Sion, vous avez déjà réclamé ce débat, en vain…

Oui, nous avons perdu du temps. Il a fallu mettre davantage d’énergie à démontrer que cet appel au débat n’était pas dicté par un réflexe raciste qu’à réellement discuter des mesures à prendre. Faute de règles claires édictées au niveau fédéral, voyez l’anarchie qui règne dans ce pays: certaines communes autorisent des heures de piscine pour les musulmans, des carrés dans les cimetières, et d’autres non…

Que faire alors?

Après nous être entendus sur certaines valeurs intangibles, nous devons expliquer de manière transparente à ceux qui veulent venir vivre sur notre territoire que s’ils ne respectent pas ces règles, ils doivent avoir le courage de reconnaître qu’ils n’ont pas leur place chez nous. A défaut, nous devons avoir le courage de les mettre nous-mêmes à la porte. Cela peut paraître cruel, extrême et fermé, mais c’est le seul moyen de trouver une solution face à des gens qui viennent chez nous pour nous traiter de mécréants aux moeurs dissolues.

Vous dénoncez l’intégrisme des autres, mais n’êtes-vous pas vous-même un intégriste?

Si être intégriste catholique se résume à se dire adepte de la messe en latin d’avant Vatican II, alors, oui, je suis intégriste. Mais laissez-moi plutôt me définir comme un traditionaliste qui ne cherche rien à imposer.

Vous adhérez aux rites d’Ecône. Faut-il en déduire que vous approuvez également ses liens avec l’extrême droite?

Dès le début de ma carrière politique, j’ai dû m’expliquer sur ce spectre agité par mes adversaires. J’ai toujours dit que ma manière de vivre ma spiritualité selon les anciens rites ne veut pas dire que je fricote avec l’extrême droite, ce que je n’ai jamais fait.

Etiez-vous d’accord avec les slogans antimusulmans de l’UDC lors du vote sur les naturalisations facilitées, que vous avez vous-même combattues?

L’UDC a joué sur l’émotionnel et le nauséabond, alors qu’il y avait bien assez d’arguments raisonnables pour expliquer que la naturalisation, ça doit se demander. Les Valaisans l’ont compris en disant majoritairement non, sans être des xénophobes pour autant.

L’UDC valaisan Oskar Freysinger, lui, n’est-il pas raciste?

Disons qu’il est artiste…

Pornographe, même parfois. Cela ne vous choque pas?

N’en faisons pas inutilement un martyr, sachant que des gens ont écrit des choses beaucoup plus obscènes que lui.

Vous n’osez pas attaquer Freysinger parce qu’il partage en fait vos idées et une même clientèle électorale?

Nous convergeons sans doute sur pas mal de points. Mais, pour moi, contrairement à lui, la fin ne justifie pas n’importe quels moyens.

Votre parti, le PDC, doute du maintien du «C» chrétien dans son nom et son programme. Et vous?

Il n’y a pas de doute à avoir: sans ce «C», nous perdrions notre raison d’être, ce qui nous différencie des autres partis. Ceux qui doutent feraient mieux de changer de parti.

En militant contre l’avortement, n’êtes-vous pas contre l’émancipation de la femme?

Cette question n’appartient ni à la femme ni à l’homme, mais au Créateur, à Dieu. Si une mère se trouve si désespérée qu’elle doit avorter, je ne vais cependant pas la condamner, car je suis chrétien.

Chrétien, mais terriblement conservateur…

Avec les valeurs que je défends, et ma pratique religieuse, je dirais plutôt que je suis révolutionnaire à notre époque…

source: lematin.ch

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Tags: Général · Société · Suisse