Imams - L’Université de Bâle s’apprête à ouvrir, avec un institut viennois, une chaire de théologie islamique.
Après les 11 septembre 2001 et 11 mars 2003, les Etats occidentaux se montrent fébriles vis-à-vis de l’islam. Les amalgames entre musulmans et terroristes gagnent du galon; des prédicateurs aussi marginaux qu’extrémistes attisent les braises. Dans ce climat, les autorités européennes veulent encourager l’organisation et les réflexes de contrôle dans les communautés.
La Suisse commence elle aussi à s’inquiéter. Ainsi, la semaine prochaine, le Conseil national devrait aborder une interpellation du démo-chrétien valaisan Maurice Chevrier, soutenue par quarante et un parlementaires: «Le Conseil fédéral considère-t-il l’islamisme radical comme une menace pour la Suisse?». Le gouvernement a déjà donné une réponse à cette question avec le projet d’ordonnance sur l’intégration des étrangers. Celle-ci permettra d’imposer dès l’an prochain la fréquentation de cours avant l’octroi de permis de séjour ou de courte durée. L’enseignement portera sur la langue de la région, la politique et le droit suisses.
De plus, beaucoup de regards se tournent vers le modèle existant en Autriche, celui de l’Académie islamique de Vienne, qui, toutefois «ne saurait être importé tel quel», prévient le président du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse (Gris), Stéphane Lathion.
Une autorité morale
Malgré cela, depuis cinq ans, Vienne offre un modèle d’intégration de l’islam inédit: l’Irpa (Islamische religionspädagogische Akademie). Cette institution forme en effet des théologiens, des imams et des prédicateurs se reconnaissant dans le Coran, la sunna et les lois de leur pays, la République fédérale d’Autriche.
L’établissement prépare en outre un ambitieux projet avec l’Université de Bâle où une chaire de théologie islamique placée sous l’autorité d’une fondation, dont le conseil comprendra un représentant de l’administration de Bâle-Ville, devrait bientôt voir le jour. «Mais la liberté académique devra y être garantie. Nous exigeons en plus de connaître l’identité et les objectifs des donateurs», précise le recteur Ulirch Gäbler.
Comment fonctionne l’Irpa? Pour le savoir, il faut plonger au cœur de Vienne, dans le 7e arrondissement, non loin du centre. Esada, Rukiye, Sehriban, Nurcan et Mahmoud, des Autrichiens originaires de Bosnie, de Turquie et d’Egypte, nous accueillent dans leur séminaire, dirigé par le directeur de l’Irpa lui-même, Elsayed Elshahed: «Quels sont les chemins qu’emploie l’être humain pour se rapprocher de Dieu?» Esada s’empresse de répondre: «La théologie, la philosophie et la mystique.» «Juste, réplique le professeur. Et lequel de ces trois domaines est le plus commun aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans?» Face à l’hésitation générale, Elsayed Elshahed poursuit: «La mystique. La foi des fidèles des trois religions se loge en effet dans leur âme.»
L’Irpa a vu le jour en 1998, grâce à une communauté musulmane bénéficiant de la reconnaissance de l’Etat depuis belle lurette. Après l’invasion de la Bosnie-Herzégovine en 1878, puis son annexion trente ans plus tard, l’empire austro-hongrois a tenu compte de la confession d’un grand nombre de ses nouveaux citoyens. Une loi a doté l’islam d’un statut officiel, comparable à celui des Eglises chrétiennes.
L’Académie musulmane viennoise a été conçue dès le début comme un outil de prévention contre les dérives fondamentalistes. L’établissement n’accueille que des fidèles nés en Autriche ou y ayant fait leur scolarité. En dehors des cours d’arabe, la langue d’enseignement demeure en permanence l’allemand. Actuellement, 230 étudiants sont inscrits à l’Irpa, dont 70% de femmes. L’établissement pourra accueillir 300 élèves, dès septembre.
Avant d’entrer dans cette académie, les étudiants doivent avoir passé leur maturité ou des examens d’admission internes. La formation dure trois ans et l’immatriculation coûte 400 euros par semestre. Le diplôme permet de donner l’instruction religieuse dans les écoles publiques ou de prêcher dans les mosquées. La première fonction se révèle beaucoup plus convoitée, d’autant que 400 postes de «catéchistes» musulmans sont à pourvoir dans le pays.
L’Académie sert aussi d’autorité de contrôle. Lorsque des prédicateurs excessifs sont dénoncés dans les diverses communautés du pays, les suspects sont convoqués à l’Irpa. Les accusations y sont instruites et, si leur bien-fondé se confirme, les intéressés peuvent être destitués.
source: tdg.ch



