Les syndicats brandissent l’arme du référendum contre l’élargissement de la libre circulation.
A Bâle-Campagne, la sous-enchère salariale touche un tiers des chantiers: menuisiers, plâtriers, peintres, monteurs de cuisines ne sont payés qu’aux deux tiers des minima des conventions en vigueur. A Berne, 90% des 300 travailleurs allemands détachés sont sous-payés. A Saint-Gall, des menuisiers russes dorment dans une écurie. On commence à licencier des Suisses pour faire baisser les salaires (cas à Lucerne).
La liste est longue des cas d’«abus manifeste» recensés et présentés hier par l’Union syndicale suisse (USS). Au 1er juin, le contrôle des admissions et des conditions de travail des Européens a été lâché par l’Etat (régime des autorisations) et confié, au plan cantonal, à des commissions tripartites (patronat, syndicats, autorités). L’application de l’accord de libre circulation avec l’UE est ainsi entrée dans sa deuxième phase.
«Nos pires craintes sont confirmées», déplore Paul Rechsteiner, président de l’USS. Son collègue Vasco Pedrina, coprésident du nouveau regroupement syndical Unia, dénonce une nette recrudescence d’abus chez les travailleurs détachés en Suisse par une entreprise étrangère (salaires inférieurs de 40 à 60% par rapport aux conventions collectives), mais aussi chez les travailleurs temporaires et les «faux indépendants».
Les «faux indépendants»
Ce phénomène touche particulièrement le Tessin, où sont arrivés récemment 300 travailleurs italiens de la construction, se déclarant indépendants. Mais ils travaillent en Suisse pour un employeur qui, les considérant comme indépendants, leur paie de bas salaires et ne verse rien aux assurances sociales. Et, avec ce faux statut, ils échappent aux contrôles de l’AVS, des autorités et des commissions tripartites, note Vasco Pedrina.
Regula Rytz, secrétaire centrale à l’USS, se montre très critique sur le fonctionnement de ces commissions tripartites. Tous les cantons ont fini par en avoir une, mais la plupart ne se réunissent que quatre fois l’an. Les représentants patronaux y font souvent preuve de «passivité, voire de blocage», comme à Berne. Ce n’est pas le cas à Genève, au Tessin ou à Bâle-Campagne, où la collaboration tripartite est une tradition.
Commissions démunies
Et beaucoup de commissions ne se dotent pas des instruments et des ressources (en personnel) nécessaires à l’observation du marché du travail (structure des salaires selon la localité ou la branche). Ces données existent dans le cadre des conventions collectives, mais celles-ci ne couvrent en Suisse que 50% des travailleurs. Le Jura n’a pas de statistique des salaires, alors qu’Uri et Berne utilisent celle d’Argovie.
Les syndicats réclament donc «l’application rapide et systématique» des mesures d’accompagnement contre le dumping salarial dans le cadre de la li- bre circulation. Le parlement doit aussi accepter toutes les propositions du Conseil fédé- ral pour renforcer encore ces mesures (notamment le nombre d’inspecteurs) et qu’on prévoie déjà des mesures ciblées sur le placement, les «faux indépendants» et la sous-traitance (construction).
Sinon, l’inévitable
Sinon? «La situation rendra inévitable le lancement, de notre part, d’un référendum contre l’extension de l’accord de libre circulation» aux dix nouveaux membres de l’UE, dont huit pays de l’Est. Paul Rechsteiner tient toutefois à le préciser: «Il ne s’agirait pas d’un référendum contre l’ouverture à l’UE, mais contre l’absence de protection des travailleurs en Suisse. Une affaire de politique intérieure, pas de politique étrangère».
source: laliberte.ch



