Le 24 Heures et la Radio Suisse Romande ont annoncé, il y a quelques jours, le lancement d’un cédé à haute valeur morale ajoutée : il lutte contre le racisme et « pour plus de tolérance », voyez-vous. Et c’est un cédé de quoi, vous pensez ? De hip-hop. Ben dis voir. Les racistes et les intolérants n’ont qu’à bien se tenir.
Le site de l’émission « On En Parle » (du lundi au vendredi de 8h30 à 9h30, pour les oreilles sales ou courageuses) en fait la promotion en ces termes :
(…) sortie d’un CD de prévention et de sensibilisation contre le racisme. Le CD, au nom évocateur “Sur ton palier” est présenté ce mardi à Lausanne par l’EPER, l’Entraide protestante. L’EPER a souhaité que ce soit des jeunes et plus particulièrement des jeunes émigrés qui adressent un message de tolérance à d’autres jeunes avec leurs mots et leurs rythmes. La compilation qui sort aujourd’hui nous offre huit titres parmi lesquels ceux de Sens Unik, Six and Flave et Chakal. Une belle réalisation pour un but louable: celui d’une meilleure compréhension entre soi et son voisin de palier qui est souvent différent…
Demander à de vieux Suisses de participer à un tel projet, ça aurait été moins tendance ? Xénomanie, quand tu nous tiens… Mais bon, les vieux sont tous racistes, c’est bien connu.
L’EPER (http://www.eper.ch) sur sa page « racisme », nous explique que
Ce projet de CD de hip hop contre le racisme s’articule sur deux axes. Le premier vise à faire passer un message de tolérance et de respect à l’égard des personnes migrantes par le biais du hip hop. Ce courant musical est directement concerné par cette question puisque la plupart des «rappeurs» sont issus de milieux migrants.
Ce type de musique se veut le reflet de tous les malaises et dysfonctionnements de notre société, stigmatisés par le recours à la provocation. Le hip hop s’adresse à un public jeune, clé de la prévention du racisme et de la xénophobie, à savoir les générations qui formeront la société de demain. (…)
La logique du truc, on l’avoue, nous échappe.
D’abord, parce que la cible de toute action « de prévention et de sensibilisation contre le racisme », ça nous concerne directement, il nous semble. Mais demander à des jeunes immigrés de nous parler de tolérance, c’est assez comique. Et en plus, le faire par le biais d’une musique qu’on n’écoute pas, qu’on ne supporte pas, et à laquelle on ne filera jamais un kopeck, ce n’est plus se foutre du monde, c’est du surréalisme. Même offert avec dix paquets de mouchoirs ou de capotes, on n’en voudrait pas. Quant aux jeunes qui n’ont pas encore réveillé leurs instincts ethniques, mais qui préfèrent le rock, le métal, la musique classique, le jazz ou la techno, qu’est-ce qui va bien pouvoir les pousser à investir dans une galette qu’ils n’écouteront jamais ? On compte sur l’enthousiasme des profs de musique, pour consacrer une leçon entière à l’écoute critique de ce chef-d’œuvre…
On comprend mieux l’esprit du truc quand on lit un peu plus loin, sur la même page :
Le deuxième volet est celui de la création du CD. C’est l’occasion d’offrir à des jeunes, pour la plupart migrants de deuxième génération, un espace d’expression. Il est connu que l’exercice de formes de création peut juguler des trop-pleins et casser la spirale de la violence urbaine et de l’intolérance. C’est également un moyen de valoriser leur travail et de leur offrir une opportunité d’intégration socio-professionnelle. Enfin l’aspect multiculturel du projet permet aux artistes de développer une identité propre mais ouverte sur le monde.
Tout s’éclaire. Il s’agissait surtout, dans l’esprit des concepteurs du « projet », de permettre à de pauvres « émigrés » de se soulager de leurs souffrances et de « casser la spirale de la violence urbaine » – tant il est vrai que, pendant qu’ils rappent, ils ne foutent pas la merde. Ça ne veut pas dire qu’ils ne la foutent pas avant et après. Ça ne veut pas dire non plus que ceux qui les écoutent passivement vont se tenir plus tranquilles que d’habitude…
Mais ça n’a aucune importance, visiblement. L’essentiel, c’est de donner l’impression d’agir contre le réveil des instincts ethniques de la jeunesse Suisse, tout en se faisant un peu de blé (25.- le cédé), en occupant la racaille lors de concerts « militants » (le 8 mai au club L’Atelier Volant, de Lausanne) et en lui donnant des gages de bonne volonté, dans la plus pure tradition des baissages de frocs face à l’envahisseur, auxquels tant de protestants nous ont habitué ces dernières années. Le plus comique de l’histoire, quand on observe la photo de famille du collectif fournie par le 24 Heures, c’est que ses membres ont, pour la plupart, des tronches d’Européens…
Mais ne soyons pas trop négatifs. Un tel projet représente un grand espoir pour les malades mentaux, les sociopathes et les désaxés de notre bel Occident progressiste. Il est l’illustration qu’il n’y a pas que la Starac’ pour percer dans le show-biz : suffit d’un micro, d’une relativement bonne diction et d’une mauvaise humeur soigneusement entretenue. Amis tarés, n’hésitez plus et sautez sur l’occasion de mettre en scène la médiocrité de votre vie et le sordide de votre âme d’artiste raté. C’est la RSR qui vous offre l’adresse du casting :
Appel d’offres pour 2005 sur le thème : “Agir sur le long terme - favoriser les droits humains et la non discrimination dans la vie quotidienne”.
Tél. 031 324 10 33




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