Depuis l’assassinat du leader politique populiste Pim Fortuyn en 2002, et celui du cinéaste Theo van Gogh (photo) en novembre dernier, les Néerlandais ont perdu la foi en leur pays, pourtant l’un des plus prospères du monde. Par dizaines de milliers, ils quittent un Etat-providence généreux, des salaires élevés et d’excellentes écoles, pour s’établir dans des pays anglophones : Australie, Nouvelle-Zélande, Canada. Car ils ne se sentent plus en sécurité et ne retrouvent plus aux Pays-Bas la culture de tolérance et d’ouverture qui a longtemps fait leur fierté.
Du coup, les agences spécialisées en émigration ont de plus en plus de succès. L’une d’elles a constaté que les connexions sur son site Web ont été multipliées par quatre dans la semaine qui a suivi le meurtre de Theo van Gogh par un extrémiste islamiste. En 1999, 30.000 Bataves sont partis vivre à l’étranger. Ils auraient été 40.000 en 2004. Depuis cinq ans, ce ne sont plus des fermiers à la recherche de terres disponibles qui partent - les Pays-Bas sont le pays le plus densément peuplé d’Europe - mais aussi les personnes et ménages aisés, disposant d’un très bon niveau de formation.
Les Néerlandais ne cessent de se dire que leur pays est plein. Ils reprochent aux immigrés de ne pas s’être adaptés à leur mode de vie et de bénéficier, pour 40 % d’entre eux, de subventions de l’Etat. Ces derniers répondent qu’ils font l’objet de lourdes discriminations…
(Ariane Petit - Trends tendances du 10 mars 2005)



