La BPU présente dans deux bibliothèques les manifestes historiques de la contestation.

On imagine volontiers la Bibliothèque publique et universitaire (BPU) comme un temple aux grilles d’or. Le lieu n’a cependant pas pour unique vocation de conserver des livres précieux. Il possède ainsi un département affiches qui, grâce à Jean-Charles Giroud, donne souvent l’occasion de faire parler de lui. Ce dernier présente aujourd’hui, conjointement à la Bibliothèque de la Cité et à celle de Saint-Jean, les manifestes genevois de la contestation depuis 1968. «Une infime partie de notre stock en la matière», précise immédiatement le conservateur et commissaire.
«Tout est parti de la collection Halosis», poursuit, dans son bureau entresolé des Bastions, Jean-Charles Giroud. De quoi s’agit-il? A la fin des années 70, une association de ce nom a entrepris de former pendant qu’il était temps les archives de la contestation. «Il s’agissait de retrouver, chez les principaux acteurs, le matériel ayant survécu à l’affichage sauvage ou aux distributions de tracts dans la rue.» Plus de 700 documents ont été recueillis. Une école de la rue de Neuchâtel les a présentés en 1979. avant qu’ils n’aboutissent à la BPU après un passage au Cabinet des Estampes .
Ratisser la ville
«Vingt-cinq ans plus tard, il fallait cataloguer et photographier le résultat de cette quête exemplaire.» Un travail comme celui d’Halosis se révélerait impossible aujourd’hui. «Beaucoup de papiers ont été jetés et nombre d’ex-soixante-huitards, aujourd’hui surintégrés dans la société, n’aiment plus trop qu’on leur parle de cette époque. L’Université à côté de mon bureau, qui était un ferment révolutionnaire il y a trente ans, me semble ainsi bien calme depuis quelques années…»
L’autre occasion d’organiser la double présentation actuelle était bien sûr le G8. «Notre équipe a tout de suite pensé qu’il s’agirait d’un événement historique.» Le petit monde de la BPU s’est donc préparé à la récolte, même s’il n’imaginait pas l’étendue des débordements. «Nous avons ratissé la ville en essayant d’arriver juste après les colleurs, de manière à mieux pouvoir détacher les affiches du mur.» Avec de violentes réactions? «Pas vraiment. Près d’Artamis ou de l’Usine, nous nous sommes cependant faits discrets. Si on nous interpellait, on expliquait que c’était pour la BPU.»
Rattraper ce qui échappe au dépôt légal
Une affaire comme celle du G8 reste bien sûr exceptionnelle. Elle peut du coup mobiliser les énergies salvatrices. Jean-Charles Giroud se retrouve en revanche désemparé devant l’extraordinaire floraison en posters, flyers, cartons d’invitation et autres que connaît Genève. «Pour ce qui est des murs, on est revenu à la situation que connaissait la ville vers 1900, avant la réglementation voulue par la Société générale d’affichage (SGA).»
Or tout ce qui ne passe pas par ses mains échappe au dépôt légal. «Autant dire qu’il nous manque une grande partie de l’activité culturelle et politique genevoise, dont nous devons aussi constituer le reflet. Nous photographions ainsi des tags.» Le message semble clair. Ceux qui scotchent avec du ruban de carrossier leurs messages aux murs seraient gentils de faire un détour par la Bibliothèque publique et universitaire.
Le choix des pièces présentées à la Cité et à Saint-Jean se veut exemplaire. «Nous avons voulu montrer la variété des thèmes abordés, tout en favorisant les images les plus créatrices. Poussin, Eric Jeanmonod, Pascal Habegger ont signé des oeuvres vraiment fortes.» Notons en passant que nombre d’entre elles étaient destinées à Saint-Gervais, qui était alors une Maison des jeunes et non pas un lieu pour bobos en tous genres, ou à La Bâtie, conçue au départ comme une fête populaire.
Les années 70 demeurent les mieux représentées aux cimaises. «Tout le monde se sentait alors appelé à s’exprimer. Il fallait encore posséder les moyens de le faire. Les tracts étaient tirés au stencil. L’affiche nécessitait le lino ou la sérigraphie. Aujourd’hui, chacun peut bidouiller avec son ordinateur et une imprimante.» Avec apparemment moins de résultats satisfaisants. «Il faut dire qu’il se véhicule moins d’idées différentes. Les luttes particulières, du Vietnam à celle des femmes, ont fait place à un combat global contre la mondialisation.»
source: tdg.ch



