Publié par Gabriele Adinolfi aux éditions de l’Aencre, (200 pages, 22 euros. Voir RIV. du 30/7/04), Nos belles années de plomb relate le combat farouche de la droite radicale italienne et notamment du mouvement Terza Posizione dont il fut le cofondateur dans les années 70, époque du terrorisme gauchiste, des persécutions et finalement de l’exil.

Alors que, depuis des mois, nos media ne bruissent que du Rouge Cesare Battisti, auteur de quatre assassinats pour lesquels Rome demandait son extradition avant qu’il ne s’évanouisse dans la nature, le 14 août, il nous a semblé intéressant de donner au contraire la parole à l’un de ces « noirs » si mal connus en France.
Né à Rome en 1954, militant national-révolutionaire depuis 1968, étudiant en Lettres section Histoire romaine (mais il ne peut soutenir sa thèse de doctorat, ayant été réduit à l’exil de 1980 à 2000, principalement en France) Gabriele Adinolfi (que l’on voit ci-contre dans la crypte du Duce à Predappio) a publié plusieurs livres depuis son retour en Italie ; il est rédacteur en chef de la revue Orion et anime un site personnel (www.gabrioleadinolfi.it) ainsi que le site de presse www.noreporter.org.
RIVAROL : Quelle était la stratégie de la droite hors système dont vous avez été l’une des figures proue ?
Gabriole ADINOLFI : Dans mon livre, j’évoque toutes les périodes de la Droite radicale, de l’après-guerre aux années 80. Les comportements politiques ont varié selon les périodes. Considérant l’époque des « années de plomb » et du terrorisme - pratiqué autant par l’Etat que par la gauche-, il serait inapproprié de parler de stratégie. Résister et survivre était prioritaire. Avant de penser à la prise du pouvoir, il fallait ne pas se faire prendre par le pouvoir….
« NI FRONT ROUGE…NI REACTION »
Cela dit, notre lucidité nous fit éviter le piège des extrêmes opposés. Notre action fut directe (occupations d’entreprises, lutte pour un toit dans les banlieues populaires, etc.) mais cela n’excluait pas la formation spirituelle et militante. Nous cassâmes le monopole marxiste dans le social, ce qui énerva les communistes et les gauchistes. Même très pris par le danger quotidien, nous comprîmes, bien avant les autres, qui tirait réellement les ficelles du terrorisme en Italie : les Américains, les Israéliens et une certaine franc-maçonnerie. Cette lucidité nous permit d’éviter des pièges sanglants et d’anticiper toutes las vérités de la politique « cachée » qui aujourd’hui commencent à être connues par l’opinion publique. Mais elle nous attira la haine des agents pro-américains et pro-israéliens contrôlant la droite et la gauche.
R. : Quels étaient alors vos thèmes de prédilection ?
G. A. : Nos thèmes à l’époque (1976/82) étaient : « Ni front rouge ni réaction » « Ni capitalisme ni marxisme » « Ni USA ni URSS » : de là le nom de « Terza Posizionne » de notre mouvement et particulièrement l’idée - purement théorique, hélas ! - d’un front de peuples en lutte pour l’autodétermination, un front qui ne pouvait avoir aucun succès, à nos yeux, sans une Europe forte et impériale qui devait être le fer de lance de la contre-offensive de la civilisation face à la décadence et à la main-mise marchande et cosmopolite.
R. : Ce positionnement original s’est-il répercuté dans les urnes ou a-t-il eu une influence réelle dans l’opinion italienne ?
G. A. : Nous découvrîmes à l’époque que, lorsqu’on se bat dans la rue, non pour manifester comme des guignols excités, mais en oeuvrant côte à côte avec les chômeurs, les sans-logis, avec nos concitoyens qui sont l’objet d’injustice, bâtissant avec eux quelque chose de concret, l’adhésion populaire suit, quelle que soit la propagande ennemie. Nous le voyons encore aujourd’hui avec les « Occupations Non Conformes » par lesquelles des jeunes militants nationalistes ont permis à une soixantaine famille de sans-logis d’obtenir chacune un appartement en vertu de l’institution de la « mutualité habitative ». Cette loi, prise sous le régime de Mussolini, permettait aux familles populaires de devenir progressivement propriétaires de leur maison. Une idée reprise en France un demi siècle plus tard avec les prêts à 0% !
LE « FAUCON » LEDEEN DERRIERE DE BOLOGNE
Mais des centaines d’autres familles figurent sur la liste et plusieurs occupations sont programmées, concernant des immeubles, appartenant à des banques ou à des multinationales qui s’en sont emparés par spéculation, qui les gardent vides et les laissent tomber en ruines alors que des milliers de familles italiennes sont privées d’un toit. Certes, tout cela peut provoquer une poussée électorale en notre faveur mais l’objectif premier est de défendre notre peuple. Là est peut-être justement la clé : ne pas se servir de la politique, mais servir la politique. Là se situe le clivage entre succès et insuccès pour toute force anticonformiste.
R. : Et puis il y eu la machination pour en finir avec cette droite décidément irrécupérable. On vous a fait endosser l’attentat de la gare de Bologne (85 morts le 2 août 1980) pour vous transformer en parias. Pouvez-vous expliquer le processus !
G.A. : Pour comprendre l’ensemble byzantin des machinations et des manipulations italiennes, il faut les avoir vécues, tant elles sont subtiles et sophistiquées. Je crois avoir fourni un aperçu assez clair de tout cela dans Nos belles années de plomb. Quant à la tentative de nous faire endosser le massacre de Bologne, elle échoua. D’abord, grâce à la rigueur d’un magistrat communiste qui se méfia de la piste ourdie contre nous, ensuite, par le passage aux aveux d’un des responsables, un sous-officier des services secrets militaires italiens dont les dirigeants – tous francs-maçons affiliés à la loge Propagande Due- avaient élaboré la machination sous la régie d’un expert de la CIA, le faucon sioniste Michaël Ledeen, actuel conseiller de Rumsfeld, que vous avez cité à plusieurs reprises dans RIVAROL, car il est le partisan le plus connu de la théorie du chaos, professant que Washington ne doit pas craindre de provoquer l’anarchie pour imposer l’Américan way of life économique et politique.
Par la suite, ces personnages furent condamnés pour cette manipulation, mais ils furent vite libérés de prison, alors que nous autres, de Terza Posizione, furent condamnés pour « association subversive ». Le procureur expliqua que nous n’avions rien commis d’illégal mais que nous représentions le « danger du danger » (littéral.). Des condamnations de 7 ou 8ans nous furent ainsi infligées. Certains d’entre nous, âgés de 17 ou 18 ans « la moyenne d’âge était très jeune » restèrent en prison en attente de jugement et furent finalement acquittés : après 4 ans et demi de réclusion !
R. : Avec le recul, pensez-vous qu’une autre voie aurait pu éviter la répression frappant toute une génération et la perte de tant de talents et d’énergie ?
G. A. : Il nous aurait fallu tout simplement du cynisme. A droite comme à gauche, tous les « grimpeurs » ont réussi à monter les marches du pouvoir sur les cadavres de leurs militants. Autrement, il était impossible de ne pas être visé : la régie de la stratégie de la tension était trop perverse et ses metteurs en scène trop bien protégés. Plus de 500 morts et environ 10 000 prisonniers politiques entre 1973 et 1983, cela donne l’idée de l’envergure de la stratégie criminelle qui s’empara du pays. Il faut aussi rappeler que presque la moitié des morts étaient des gens quelconques, victimes d’attentats aveugles.
Il faudrait, maintenant, rendre justice à ces victimes. En commençant par effacer les « vérités » grossières qui servent les communistes et les Américains, pour rétablir la vérité vraie, telle qu’elle fut.
R. : Quels étaient les objectifs de cette criminelle stratégie ?
G. A. : 1) Faire participer les communistes au gouvernement technocratique désiré par la commission trilatérale. Ce qui est prouvé par les témoignages officiels provenant des documents des la CIA et du PC. Et rien ne pouvait mieux favoriser la mise en place d’une alliance démocrate-communiste que le « spectacle de la terreur » et la « religion de l’anti-fascisme » ;
2) « moderniser » un pays jugé trop arriéré et trop enraciné dans des idéologies fortes « fascisme, communisme, cléricalisme » ;
3) réaliser en cachette un coup d’état échelonné dont le but était d’imposer à la tête de notre pays une technocratie obéissant aux Anglo-américains et surtout de paralyser la politique diplomatique et commerciale pro-arabe et pro-palestinienne qui était propre à l’Italie et au Vatican.
Cette nuance sioniste de la stratégie, de la tension ne fut nullement secondaire : le rôle du Mossad a probablement été le plus important de tous dans ces années sanglantes et les divers putschs effectués à l’intérieur du Palais ont vu monter partout des hommes favorables à Tel Aviv. L’Italie a perdu ainsi le peu d’autonomie politique et de dignité nationale qu’elle avait gardé après la guerre.
R. : Vous continuez aujourd’hui le combat pour les idée nationales révolutionnaires ; dans quel cadre et quel esprit ?
G. A. : Aujourd’hui, nous vivons dans un système international totalitaire, dictatorial, oligarchique et sophistiqué qui a été démonté de façon magistrale par Eric Werner (dans « l’Avant-guerre civile ») et Alexandre Zinoviev (« la Grande Rupture »). Les schémas classiques sont périmés. On ne peut plus poser les problèmes en termes d’antagonisme esthétique, il faut en termes d’occupation d’espaces, à la fois sociaux et d’élite.
L’ « IDEOLOGIE DU GHETTO », ALIBI A L’INACTION
Bien sûr, nous vivons à l’époque des « interdits », de ce qui ne peut pas être dit, sous peine d’excommunication et de prison. Mais en réalité tout peut être dit, à condition d’avoir de l’imagination et de trouver des formes efficaces. Le problèmes est autre : dire les vérités suffit-il à modifier le cadre ? Ou, plutôt, en politique, ne s’agit-il pas d’un pur et simple rapport de forces ? Et si tel est le cas, comme je le pense, alors, le grand pari du début du millénaire n’est autre que celui de devenir fort tout en restant authentique. Ce grand pari, il est possible de le gagner.
R. : Il y a cependant des possibilités d’action politique en Italie que l’on retrouve pas en
France…..
G. A. : Nous avons certes à faire à des forces adverses écrasantes. Mais le scepticisme est devenu une sorte d’idéologie du ghetto qui nous offre la meilleure justification pour notre inaptitude.
Que peut-on faire en France ? Il faut tout d’abord l’imaginer, car l’imagination est fondamentale à notre époque, mais ne pas s’arrêter à cela ; pensée et action sont indissociables, grâce à leur alliance, on peut toujours avancer. Une solution française unissant pensée et action, social et spirituel, et politique et élitisme doit forcément exister.
R. : Quels conseils d’action donneriez-vous aux jeunes militants identitaires et radicaux européens tentés de s’engager dans une action politique globale et pas seulement politicienne contre le système ?
G. A. : Une réflexion globale s’impose car nous sommes en plein changement sociologique, voire civilisationnel. Tout peut basculer, dans un sens comme dans l’autre. Il faut tenir compte du nouveau cadre géostratégique et de la possibilité récemment survenue de casser le monopole américain par un axe Paris-Berlin-Moscou. Cette hypothèse est fascinante mais insuffisante car, pour le moment, elle ne dépend nullement de nous. En revanche, on peut agir concrètement (l’exemple des Occupations Non conformes me paraît significatif) en menant bataille dans le social, contre le vampirisme libéralo communiste sous sa forme mondialisée.
POUR UN LOBBY POPULAIRE
En même temps, puisque la société a implosé et que les clivages sociaux s’amplifient, il faut former, petit à petit, un véritable « lobby de peuple » une nouvelle aristocratie libérée des fausses nécessités telle que l’avait prévue Nietzsche. Peuple et élite, ensemble, égale régénération ; mais cela suppose de renoncer à tous les lieux communs qui nous paralysent.
En France, cet immense changement de conception n’est nullement aisé car les Français résistent à toute innovation, sauf une fois qu’ils l’ont acceptée, pour en faire vite une véritable révolution. Il y a tout de même plusieurs choses dans la vaste famille nationaliste qui vont dans la juste direction, les soupes populaires et l’initiative www.schola.net des Identitaires, les réflexions du GRECE, la formation des cadres de l’Action française et probablement d’autres initiatives que je ne connais pas. Il ne faut pas être pessimiste, mais commencer par les changements fondamentaux.
D’abord, abandonner la langue de bois, l’esthétisme du ghetto « rebelle » et l’auto complaisance de la marginalité pour agir et concevoir de nouvelles formes de rassemblement. Un parti n’est plus suffisant en soi, il doit être conçu comme un outil, comme un entreprise et non plus comme une armée, une famille, un drapeau. Il ne faut pas encadrer pour agir, ni agir pour encadrer. Ce renversement est capital. Tous les espoirs dépendent de notre volonté, de notre capacité et de notre entêtement quotidien, « ici et maintenant », sans se laisser borner ni berner par les faux prophètes de la lutte de classe, de la guerre raciale ou du choc des civilisations : tout cela n’est que du pipeau. Notre avenir ne dépend que de nous. Loin des ghettos névrotiques de pseudo-révolutionnaires aigris, il va falloir agir, avec des gens sans prétention ni arrogance, en esprit de justice, dans le mariage Honneur/Amour ; cela se révèle souvent explosif et fertile car rien n’est plus contagieux que l’exemple
Propos recueillis par Enzo MARSALLA
RIVAROL
Edition du 17/09/2004
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