
Pourquoi le cacher ? Avant d’écouter pour la première un disque de « chez nous », on a tendance à régler sa paires d’oreilles sur un registre indulgent. Avec ZetaZeroAlfa ce n’est pas nécessaire. Les deux premières éruptions du sextet italien laissaient déjà comprendre qu’il ne joue pas dans la même catégorie que les autres groupes identitaires européens ; le nouvel album témoigne d’une maîtrise encore plus complète, le style propre à ZZA s’affirme ici avec encore plus d’autorité, la merveilleuse arrogance des vocaux alternant avec des choeurs bordéliques combinés à des arrangements de haute précision.
Si le précédent CD se référait au Japon impérial et kamikaze, l’un des thèmes conducteurs de « Fronte dell’Essere » est l’Argentine démolie par le FMI. Ce qui donne deux des plus forts morceaux de l’album, « Buenos Aires » et l’invraisemblable « Tango Core », un vrai tango électrique traversé de refrains flamenco-punk ! Fallait oser. ZZA peut tout se permettre, et magistralement. Formellement, la première moitié du CD est dominée dans par des rocks tous différents et tous parfaits, qui vous emmènent graduellement sur des terres inconnues, vers une pénombre baroque, tour à tour glauque ou délirante (la référence à Fellini vient invinciblement à l’esprit). Pas un moment de faiblesse,pas un cliché, la créativité marche à plein piston tout du long. On passe par de bouffonneries grinçantes, une salsa déjantée, et on finit sur un volcanique hymne oï! qui est aussi une leçon de philosophie. Et on revient au début, au risque de rater la 16e plage (cachée) du CD. Très fort, ZZA, très fort !



