GENÈVE Des dizaines de Bangladais obtiennent la nationalité suisse grâce à une filière de mariages blancs. Avant de disparaître dans la nature. Selon la police genevoise, il pourrait s’agir d’agents dormants des réseaux terroristes islamistes. Menacée de mort pour avoir refusé de collaborer, une ex-prostituée témoigne
La police genevoise vient d’en avertir le Ministère public de la Confédération: des membres de réseaux terroristes pourraient avoir été introduits en Suisse grâce à une filière de mariages blancs avec des prostituées. En échange de 50 000 francs, elles sont envoyées à Dacca, au Bangladesh, pour épouser, en peu de temps et à peu de frais, des hommes de confession musulmane, les ramener en Suisse et les laisser se fondre dans la nature. Immoral, certes, mais non punissable par la loi.
Des talibans qui ont fui l’Afghanistan
En l’occurrence, ce qui paraît être une simple filière de mariages blancs pourrait dissimuler l’infiltration en Suisse de terroristes islamistes, lesquels disparaissent une fois la frontière franchie. Ce sont des «agents dormants», selon Linda*, ancienne prostituée d’origine brésilienne, menacée à plusieurs reprises pour avoir refusé une telle proposition de mariage. Elle précise: «Une collègue qui avait marché dans la combine puis s’était ravisée au moment d’officialiser le mariage une fois de retour en Suisse, s’est rendue chez son «époux». Tombée sur des armes, terrorisée, elle est retournée au Brésil afin d’échapper aux menaces de ceux qu’elle soupçonne d’être des talibans qui se sont enfuis au Bangladesh.»
Le mariage n’ayant pas été officialisé, l’homme, dépourvu de permis, a malgré tout subsisté pendant plus d’un an, sans travail. «De quoi vivait-il?» se demande-t-elle. De fait, ces maris bangladais ne vivent jamais avec leur conjointe, n’habitent jamais dans leur appartement.
Un pivot basé à Zurich
Pivot central de cette filière, un certain «monsieur A.»**, basé à Zurich, dont elle ignore la nationalité. Seule certitude, l’homme est musulman et dispose de fonds conséquents. «J’ai eu personnellement connaissance de six mariages blancs, ce qui représente 300 000 francs», précise Linda. Selon la police cantonale genevoise, interrogée par le quotidien alémanique Blick, 130 unions de ce type ont été célébrées à Dacca entre 2000 et 2002 avec des islamistes. A quoi il faut ajouter quelque 200 mariages similaires avec des ressortissants indiens, pakistanais, malaisiens ou philippins.
Anciennes prostituées rabatteuses
Peu familier du terrain genevois, «monsieur A.» a eu recours à deux rabatteuses des Pâquis, anciennes prostituées déjà connues de diverses polices cantonales pour trafic de drogue ou exploitation de bordels clandestins. «Depuis trois ans environ, deux mères maquerelles attirent plusieurs filles dans cette opération, grâce à l’argent qu’elles leur font miroiter; 10 000 francs tout de suite, puis le solde une fois le mariage contracté au Bangladesh et reconnu en Suisse», raconte Linda. Jugeant l’affaire plutôt louche, elle ne donne pas suite, de même que deux de ses amies. Depuis, les menaces, y compris de mort, n’ont pas cessé. «J’ai même été passée à tabac par un homme de main qui avait été payé 5000 francs pour me faire taire définitivement», ajoute-t-elle en montrant des photos de sévères contusions au visage, au torse, aux jambes et aux mains. En mai 2003, Linda porte plainte contre les deux femmes auprès du substitut du procureur du canton de Genève: «Le dossier a été transmis à la brigade des moeurs, mais l’enquête n’a pas progressé.» Si l’affaire a attiré l’attention de la police, c’est parce que le Bangladesh abrite de nombreux combattants talibans ayant fui l’Afghanistan après la chute de Kaboul.
* Prénom d’emprunt
** Nom connu de la rédaction
Le Matin du 17 avril 2004.



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