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Erdogan, l’islamiste qui rêvait d’Europe

December 18th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

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Arrivé au pouvoir après les législatives de novembre 2002, Recep Tayyip Erdogan attend aujourd’hui, à 50 ans, d’entrer dans l’histoire. Curieux parcours pour cet enfant pauvre devenu maire d’Istanbul, qui fit de la prison pour “incitation à la haine religieuse” avant de devenir l’artisan de réformes à marche forcée pour réaliser son rêve: être celui qui aura permis à la Turquie de frapper à la porte de l’Europe.

Erdogan Retour en arrière. En 2002, l’écrasante victoire du Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan fit craindre l’islamisation rampante de la très laïque Turquie. Dès l’annonce de sa victoire, pourtant, Erdogan se pose en moderniste, en “islamiste modéré”, cherche à rassurer: il promet de maintenir la position traditionnellement pro-occidentale d’Ankara, de conserver le régime laïc et de lutter contre la corruption. Se défendant de tout radicalisme, il dirige un AKP désormais favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE, qui devient sa priorité.

Le dirigeant de l’AKP aura en revanche besoin d’un amendement constitutionnel pour pouvoir devenir vraiment Premier ministre, en 2003. Il était inéligible, après avoir passé quatre mois en prison, trois ans plus tôt. Son crime aux yeux de la très laïque justice turque était d’avoir lu en public un poème “islamiste”: “Les minarets sont nos bayonnettes, les dômes nos casques, les mosquées nos casernes, les croyants nos soldats.”

Depuis, c’est à un rythme d’enfer et avec le soutien des milieux d’affaires qu’Erdogan impose à la Turquie les réformes exigées par Bruxelles pour pouvoir aspirer à l’adhésion: outre une gigantesque refonte du Code pénal, la réduction du rôle de l’armée, la fin des restrictions à la liberté de réunion, l’octroi de plus de droits à la minorité kurde et l’amnistie des rebelles du PKK déposant les armes.

Dernier couac en date, dans le cadre des réformes criminelles, la querelle sur l’éventuelle pénalisation de l’adultère, soutenue par Erdogan, qui déclenchera les cris d’effroi de l’UE.

Son gouvernement a aussi été marqué par l’Irak: Ankara négocie d’arrache-pied avec les Américains et renonce finalement à déployer ses troupes au Kurdistan irakien, craignant la contagion au Kurdistan turc.

Les attentats de novembre 2003, visant synagogues et intérêts britanniques (51 morts et 750 blessés), ont également laissé des traces. La Turquie, désormais cible d’Al-Qaïda, y gagne la solidarité de l’Occident.

Mais surtout, Erdogan joue les inlassables VRP de l’adhésion: il est partout, mettant sa verve au service de sa nouvelle cause, son “projet du siècle”. Et n’hésite pas à se fâcher aussi face aux réticents: agacé par les “oui, mais” incessants, il réplique qu’Ankara peut répondre “non, merci” et refuser les conditions imposées si elle les juge trop exigeantes.

Mais nombreux sont ceux qui s’interrogent encore sur les véritables intentions d’Erdogan. Il est vrai qu’il aura été attiré toute sa vie par l’islamisme. Né le 26 février 1954 dans une famille pauvre d’Istanbul, petit vendeur des rues pour arrondir les fins de mois familiales, il fréquente des écoles religieuses où il apprend le Coran. Il se rapproche du Parti du salut national (MSP), formation aujourd’hui interdite, opposée à l’adhésion à l’UE et favorable au foulard islamique. D’ailleurs, ses deux filles (il a quatre enfants) sont parties étudier aux Etats-Unis, pour pouvoir porter le voile, chose impossible dans les universités turques…

En 1994, il est élu maire d’Istanbul sous les couleurs du Parti de la prospérité (Refah): il interdit l’alcool dans les cafés de la métropole, provoquant la colère des défenseurs de la laïcité et des commerçants. Mais même ses détracteurs reconnaissent qu’il a bien géré la ville. Ses programmes sociaux en faveur des pauvres, oubliés de l’establishment politique, lui vaudront une grande popularité, dont bénéficiera aussi le Refah de Nemcettin Erbakan. celui-ci accèdera au pouvoir en 1996, avant d’en être chassé par l’armée, un an plus tard.

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Tags: Europe · Général