Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)
UltraViolent Street Wear, t shirts and clothing with a street tough attitude

Arrestations pour terrorisme islamique à Bienne.

March 25th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

Email This Post Print This Post

Désarroi chez les musulmans de Bienne après l’arrestation de trois des leurs soupçonnés de liens avec Al-Qaida

Une atmosphère de méfiance et de crainte a envahi les couloirs clairs et bien rangés de la mosquée Errahmen, à Bienne. «Nous sommes tous des cibles, désormais, parce que les Américains et les juifs le veulent ainsi», explique avec un sourire timide un fidèle qui ne veut pas dire son nom. Comme beaucoup d’autres, il a été choqué et surpris par l’arrestation musclée, le 8 janvier dernier, d’un groupe de Yéménites qui fréquentait régulièrement la mosquée, dénoncée comme radicale et «extrémiste» par certains musulmans biennois.

Dans ce centre islamique de trois étages, tout le monde ou presque connaissait les détenus, qui sont arrivés en Suisse il y a environ cinq ans. «Il y avait deux familles très liées entre elles, comprenant une dizaine de membres, expliquent des personnes qui les ont côtoyés. On les voyait au marché aux puces, le père portait la barbe, il était tout le temps en compagnie du frère de sa femme et de son cousin.» Celui qui fait figure de chef du clan, Abdulhamid, est un commerçant yéménite prospère qui a vécu vingt ans en Arabie saoudite avant de gagner la Suisse avec les siens et d’y demander l’asile politique. Il est décrit comme très religieux et ses activités dans les cercles islamistes lui auraient valu d’avoir déjà été arrêté une fois en Arabie saoudite.

Abdulhamid est toujours détenu avec le frère de sa femme ainsi qu’un autre homme, et serait la cible principale de l’enquête menée par les autorités suisses. Ces dernières le soupçonnent d’avoir offert un soutien logistique – des faux papiers et des voyages clandestins ont été évoqués lors de deux interrogatoires – à l’organisation Al-Qaida. En tout, huit personnes avaient été arrêtées en janvier dernier lors de l’opération antiterroriste la plus spectaculaire menée par la Suisse depuis le 11 septembre 2001.

«Rivalité vive»

Les circonstances des interpellations laissent les musulmans de Bienne perplexes. Les policiers ont fait irruption dans la maison occupée par la famille à quatre heures du matin; la femme d’Abdulhamid et ses deux enfants – qui ont finalement été relâchés – ont été isolés durant des heures et gardés par des hommes lourdement armés; les suspects interpellés ont eu les yeux bandés. Khaled Benmohammed, l’imam de la mosquée Errahmen, explique qu’il a tenté de rassurer ses fidèles: «On ne peut pas juger nos frères. Ceux qui ont été arrêtés sont de pauvres gens, des réfugiés. Mais on ne peut pas non plus juger les autorités. Je pense qu’il faut, dans une certaine mesure, faire confiance à la justice.»

D’origine algérienne, Khaled Benmohammed est bien connu en Suisse romande malgré son jeune âge (29 ans). Ses concurrents dans la communauté musulmane de Bienne le qualifient de «wahhabite», du nom du courant rigoriste qui domine l’Arabie saoudite. Comme partout en Europe, le milieu islamique local est composé d’opérateurs appartenant à des tendances distinctes. La rivalité est particulièrement vive entre les religieux proches des Frères musulmans ou soutenus par l’Arabie saoudite et le courant Habache, qui ne manque aucune occasion de taxer ses adversaires d’«extrémistes». Khaled Benmohammed écarte ces reproches avec assurance: «Si j’étais tellement radical, je ne serais pas venu ici. Je suis venu en Suisse pour échapper au climat de violence qui règne dans mon pays», où une quasi guerre civile a fait des centaines de milliers de morts. «Tout le monde est responsable de ce conflit: islamistes, mafia, généraux», estime le jeune homme.

Un islam politisé

L’islam pratiqué au centre Errahmen est passablement politisé. Dans une salle du deuxième étage, un album de photos montre des soldats américains maltraitant des prisonniers irakiens. Les livres de deux références de l’islam radical, le penseur médiéval Ibn Tammiya et le Cheikh Qaradawi, qui a approuvé les attentats-suicides en Israël, trônent en bonne place dans les étagères des bibliothèques, de même que les ouvrages de l’intégriste genevois Hani Ramadan. «Nous condamnons toute forme de violence, précise Khaled Benmohammed. Il n’y a que trois exceptions: la Palestine, la Tchétchénie, l’Irak» – des terres musulmanes occupées, où la résistance armée est légitime, estime l’imam.

En revanche, le «climat de paix» qui règne en Suisse semble beaucoup tenir au cœur du jeune religieux. Même si, à l’heure où la «guerre contre le terrorisme» se rapproche inexorablement de l’Europe, il paraît de plus en plus précaire.

Source: Le Temps du 25 mars 2004.

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...
Share/Save/Bookmark



Tags: Général

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

You must log in to post a comment.