
Le réseau Internet peut -bien utilisé- devenir une arme de propagande extraordinaire. Jamais aucun autre instrument n’avait pu offrir jusqu’à maintenant la possibilité d’informer aussi rapidement et simultanément un public potentiel de dizaines de millions d’individus dans tous les pays du monde.
Surtout, les médias officiels ne sont plus les détenteurs exclusifs des dossiers de presse et ne peuvent plus donc revendiquer leur qualité d’unique intermédiaire entre le public et les émetteurs de l’information.
Des médias alternatifs en ordre de bataille
Le réseau Internet permet donc aujourd’hui donc de faire entendre sa voix et de rivaliser avec les plus grands groupes de presse. C’est bien ce qu’ont compris un certain nombre de réseaux associatifs et militants en lançant, coup sur coup, des projets qui peuvent prendre la forme de sites web, de radios ou bien d’agences de presse alternatives. Et les grands événements deviennent souvent l’occasion de se mesurer réellement aux grands médias officiels. Il faut alors mettre les bouchées doubles face à la mécanique bien huilée des CNN et autres mastodontes de la communication.
Ainsi, lors du dernier sommet de Porto Alegre, Carta Maïor, agence alternative multimédia créée par un avocat brésilien, tourne avec plus de 25 journalistes, trois fois plus que d’habitude. De son côté, ATTAC-Info affiche des records impressionnants: “Cinq newsletters partent tous les soirs vers 95 000 abonnés, en cinq langues”, souligne Laurent Jésover, webmaster. “Et 50 rédacteurs de huit pays, traduits par 1 200 bénévoles à distance sur Internet, nourrissent le site” (1).
Mais il y a également le fameux réseau Indymedia, né lors des manifestations contre le sommet de l’OMC de Seattle. Cette agence de presse compte aujourd’hui des milliers de membres avec près de 60 antennes dans une vingtaine de pays. Chaque jour, ce sont des milliers de documents, à base de textes, de son et de vidéo, qui sont proposés gratuitement à des millions de visiteurs. Ce collectif international a donc su utiliser toutes les ressources d’Internet pour faire connaître et populariser sa propre vision du monde. C’est en se basant sur cette réussite qu’est récemment apparu le réseau Altermedia (2). Mais, cette fois-ci, il s’agit de développer une agence de presse alternative qui se fera l’écho des militants anti-mondialisation sincères. Les vrais, les authentiques. Pas ceux qui comme José Bové préfèrent aujourd’hui le qualificatif d’”altermondialiste” car ils luttent finalement “pour une autre mondialisation”. Et le choix du terme Altermedia peut finalement être perçu comme un véritable pied de nez à tous ces agitateurs collabos du sytème. Oui, Altermedia s’inspire bien de l’expérience Indymedia mais son objectif reste bien de proposer un autre media, libre, alternatif et profondément anti-mondialiste.
Altermedia, la voix des dissidents
Lors de son lancement officiel, Altermedia a tenu a préciser ses objectifs. Voici ce que l’on trouve dans sa charte constitutive: “aujourd’hui les médias sont au service de quelques groupes financiers qui imposent de manière plus ou moins directe leurs mots d’ordre. Et les rares médias alternatifs se sont rapidement alignés sur le politiquement correct et censurent tous ceux qui ne pensent pas assez à gauche. Altermedia se veut donc le moyen d’expression de ceux qui n’en ont aucun. De ceux qui ne dépendent d’aucun lobby, d’aucun syndicat, d’aucun des partis politiques faisant partie de l’établissement. Altermedia sera la voix de ceux qui ne sacrifient pas leur liberté de parole au politiquement correct. Altermedia fonctionnera en fait comme une agence de presse alternative avec des correspondants issus de milieux et d’organisations politiques de sensibilité différente et qui vous tiendront au courant des informations que vous n’êtes pas supposé connaître”. Les membres d’Altermedia se présentent donc comme des dissidents d’une société technocratique et désinformée. Des dissidents qui veulent surtout rendre la parole à tous les autres vrais dissidents. Altermedia cherche donc aujourd’hui à développer un collectif de media-activistes spécialisés dans la production, la diffusion et la promotion d’informations alternatives. Face aux grands médias, commerciaux et institutionnels, Altermedia veut utiliser le réseau Internet pour promouvoir une vision du monde en rupture totale avec le système actuel. Altermedia offre donc quotidiennement et gratuitement de l’information écrite, audio et photo (bientôt vidéo). De par son fonctionnement, Altermedia court-circuite les mécanismes traditionnels de la production médiatique, qui divise les gens en journalistes actifs et consommateurs passifs. Les internautes peuvent ainsi proposer des informations qui, après validation par une équipe de modérateurs, seront publiés sur le site. En utilisant des logiciels libres, Altermedia s’inscrit aussi dans le mouvement de résistance à l’informatique propriétaire symbolisé par Microsoft. Une information libre relayée par une informatique libre!
Présent dans plusieurs pays, Altermedia est capable de relayer l’information locale avec une plus grande facilité. Altermedia possède déjà 14 antennes “nationales”: Etats-Unis, France, Belgique, Flandres, Allemagne, Grèce, Roumanie, Espagne, Canada, etc.
La gestion et l’alimentation d’un site “national” est relativement simple grâce à l’utilisation d’un système de publication spécifique à Internet. Ainsi, chaque antenne “nationale” est prise en charge par une équipe locale qui ne doit pas nécessairement avoir des connaissances poussées dans le domaine informatique. Une interface web très intuitive, des raccourcis typographiques permettant de mettre en forme un texte sans avoir à utiliser le langage HTML et un formulaire avec quelques champs prédéterminés (Titre, Catégorie, Texte, Date, etc…). Bref, l’internaute lambda peut très facilement participer au développement du réseau Altermedia en prenant en charge le site d’une ville, d’une région ou d’un pays.
Le réseau Altermedia n’en est qu’à ses débuts. Mais cette initiative mérite d’être soutenue par l’ensemble de la communauté nationaliste. Pour la première fois, des militants patriotes issus de différents pays unissent leurs efforts pour construire une agence de presse -un contre-pouvoir- qui a vocation à se développer à l’échelle internationale. Aujourd’hui, les Etats-Unis, la France, la Belgique, la Flandre, la Grèce, l’Allemagne, la Roumanie, l’Espagne et le Canada. Mais demain, ce sont d’autres nations qui viendront renforcer la voix de la résistance!
Fabrice Robert
Article paru dans la revue Devenir
(1) Christian LOSSON, “Le boom des médias alternatifs”, in Libération, 27/01/03.



