Europe de l’Est : élargissement… des désordres humains et ethniques
(Titre de l’article paru dans Rivarol)
La Lituanie est donc le premier des Vingt-Cinq à avoir ratifié le traité donnant une constitution à l’Europe élargie. Cela s’est fait le 11 novembre, par un vote sans surprise du parlement de Vilnius qui a approuvé le traité ratifié à Rome le 29 octobre (…). Le vote est sans appel : 84 voix pour, 4 contre et 3 abstentions.
PRESSIONS POUR UN TRAITÉ
Tout ne sera pas aussi facile partout. Et si finalement on se presse tant pour obtenir très vite l’accord des pays les plus favorables, c’est pour donner d’entrée de jeu une impression positive d’adhésion massive qui se révélera par ailleurs trompeuse.
Cette nouvelle version de la méthode Coué va buter sur les réticences de la population de nombre d’États concernés et tout va traîner jusqu’en 2006. Comme un seul non suffit pour faire trébucher le monstre institutionnel, les eurosceptiques, même divisés, ont toutes chances au finish de voir rejeter « cette Europe-là ». Mais nous savons d’expérience qu’on les fera revoter jusqu’à l’obtention d’un oui de lassitude par lavage de cerveau et harcèlement, et que le grand tam-tam médiatique va se déchaîner autour de la date du 8 mai 2005 marquant le 60e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale – qui est donc terminée; c’est confirmé contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant les journaux ou en regardant la télé.
Les premiers à voter par référendum seront les Espagnols le 20 février prochain. Mais on surveillera surtout le vote néerlandais d’avril. Pour la première fois, le peuple batave est appelé à se prononcer sur son avenir par référendum. Or, dans ce pays traditionnellement si europhile croît, surtout depuis l’assassinat du réalisateur Theo van Gogh le 2 novembre, une hostilité résolue à l’Europe de Bruxelles, jugée coresponsable avec le gouvernement de La Haye de l’effondrement du modèle de tolérance néerlandais, provoqué par une immigration non maîtrisée (900.000 musulmans officiellement sur 16 millions d’habitants) qui a introduit dans le pays la violence politique et islamiste. Un non hollandais serait un coup de tonnerre : le signal du premier grand échec de l’Europe immigrationniste et la première victoire du camp des opposants à l’adhésion de la Turquie pour des raisons liées directement à l’immigration et à la religion.
L’élargissement ne trouble pas seulement les anciens adhérents de l’Union et les nouveaux. Il est observé dans ses conséquences avec la plus extrême prudence par la Russie car il concerne beaucoup de pays issus de la zone d’influence soviétique.
Vladimir Poutine a invoqué les turbulences au sein de la commission de Bruxelles pour retarder de plusieurs semaines le sommet initialement prévu à La Haye le 11 novembre dernier. Le prétexte ne peut cacher des difficultés grandissantes entre l’Union et Moscou. Elles concernent les domaines de la sécurité et de la liberté. Les Européens déplorent le non-respect, c’est le moins que l’on puisse dire, des droits de l’homme en Tchétchénie. Poutine de son côté entend éradiquer les islamistes et ne rien céder sur la sécurité dans ce dossier impliquant l’intégrité territoriale de la Russie. Il contre-attaque donc en demandant des garanties pour les minorités russes dans les pays Baltes.
Moscou voit d’autre part d’un mauvais œil les appels du pied de l’Union à l’Ukraine et à la Biélorussie et l’Europe craint à juste titre que la Russie n’ encourage une immigration illégale pour se débarrasser de minorités embarrassantes.
LA POLOGNE ENVAHIE… PAR LES TCHÉTCHÈNES
Les Polonais se retrouvent en première ligne. Varsovie a bien sûr salué la réélection de George W. Bush mais se rapproche de Berlin et de Paris. Les Polonais craignent la dégradation des relations entre l’Europe et les USA et leurs dirigeants font face à une hostilité de plus en plus grande vis-à-vis de l’engagement de Varsovie en Irak aux côtés des Anglo-Saxons. La Pologne a besoin de l’Europe pour faire face au nombre croissant de Tchétchènes déferlant de plus en plus nombreux pour obtenir l’asile politique dans ce pays sans frontières naturelles, considéré par les réseaux mafieux comme la porte d’entrée idéale dans l’Union. Il semble que, pour des milliers de Tchétchènes, le passage vers Terespol à la frontière de la Biélorussie via le Caucase soit étrangement facile. En réalité, les Russes refilent leurs « culs noirs » à la Pologne.
Mais, pour de nombreux réfugiés, ce pays n’est qu’une étape, le temps d’obtenir un statut avant de partir illégalement ailleurs, c’est-à-dire chez nous car l’assistance financière polonaise, uniquement versée le temps d’étudier les dossiers, n’a rien à voir avec nos avantages sociaux permanents et universels. Le ministre polonais de l’Intérieur a bien résumé le problème: « La Pologne est un pays de transit vers des pays plus riches où les réfugiés disposent déjà de réseaux. Nous n’aimerions pas que notre nation devienne une cible pour les réfugiés, ce serait dommageable à son image. »
LA RUSSIE MALADE DE LA DÉNATALITÉ
L’Europe élargie ne peut qu’être rattrapée de plus en plus par les désordres humains du Caucase. Une crise majeure se profile entre la Russie et la Géorgie. Le Caucase reste donc une priorité de Poutine avec la dénatalité qu’évoquait longuement Camille Galic dans son reportage du n° du 17/9/04 et dont, tout récemment, le vice-ministre russe de la Santé Vladimir Starodoubov, cité par l’agence ITAR-TASS, a confirmé la dramatique ampleur: « Au cours des dix dernières années, la population russe a perdu près de neuf millions de personnes dont près de 360.000 personnes pendant les cinq premiers mois de cette année, soit l’équivalent de deux villages par jour et d’un petit district par an… Si nous ne prenons pas de mesures, la population risque de tomber de 143,8 millions d’habitants actuellement à 100 millions d’ici à 2075. » Mais, pendant le premier semestre 2004, le nombre des immigrants arrivant en Russie a augmenté de 1,5 %, apportant 11.300 habitants supplémentaires au pays.
Problèmes ethniques et dénatalité, le cocktail est explosif. Le président russe fait tout pour relancer une politique nataliste mais même s’il réussit cela prendra du temps. Or, curieusement, le ministre Starodoubov parle, pour lutter contre la dépopulation de favoriser… l’immigration, comme si l’on était en Europe communautaire ! Mais d’où viendra cette immigration compensatoire ? Mystère complet et quadrature du cercle. On ne peut envisager celle des pays de l’Est à la démographie déjà très basse et les ex-refuzniks juifs, paraît-il nombreux à revenir en Russie depuis l’écroulement du communisme et surtout la seconde Intifada, ne suffiront pas à combler les vides. Fera-t-on alors venir des Noirs, des Arabes, des Chinois dans ce pays où le slogan « La Russie aux Russes » fait fortune et où 30 % des nationaux réclament une limitation du droit des minorités ?
« La violence » contre les étrangers est un phénomène en pleine expansion, surtout dirigé contre des ethnies faisant partie ou ayant fait partie de la Fédération. Les groupes qualifiés de skinheads regrouperaient plus de 80.000 jeunes qui pratiquent le nettoyage ethnique dans les marchés de Moscou et de Saint-Pétersbourg mais aussi ailleurs (…), et à l’occasion également de matchs de foot. Le recrutement a été dopé par les attentats islamistes imputés par exemple, comme l’explique Tribouna cité par Courrier international, « à ces espèces de singes bronzés, ces basanés qui sont la cause de ces bombes » par le mouvement Loup blanc/Union des skinheads qui, dans le Serment de l’Aryen, invite ses adeptes à donner leur vie pour la « domination blanche ».
On voit mal dans ce contexte comment la dénatalité indigène pourrait être compensé par une immigration extra-européenne sous peine de déclencher une réaction raciste de grande ampleur et aux conséquences politiques bien plus importantes que le défoulement de jeunes souvent marginalisés et repus de bière.
D’ailleurs, à l’ heure actuelle, on ne note aucun départ massif des victimes du racisme à la française vers les nouveaux territoires russes de l’immigration…
(Pierre-Patrice BELESTA, Rivarol n° 2693 du 26 novembre 2004)



