«Ô ma mère, ma tendre mère, je voudrais me marier» (d’une chanson de carabins)
Noël Mamère, le maire – ça ne s’invente pas – de la bonne ville française de Bègles, ancien bavard audiovisuel, sorte d’écolo-rose à la triste moustache, nourrit des ambitions politiques nationales et européennes. En mal de clientèle électorale, croyant avoir trouvé «La» faille dans un paragraphe du code civil, ce prosélyte d’une certaine forme de gaieté, emboîte le pas à un collègue allumé de Boston et, hélas, aussi à quelques pays très «progressistes» d’Europe, là-haut vers les polders et autres plats pays. Ainsi fut-il donné aux téléspectateurs de France et de Navarre d’assister au mariage, contre lois et marées, de deux charmants jeunes hommes au regard de biche, avec baiser nuptial goulu à souhait en digne conclusion de la célébration. Notre ardent libérateur des natures aurait presque raison : le code civil mentionne bien «les époux» ce qui, abstraction faite de l’intention du législateur – en des temps, paraît-il, révolus, où l’homosexualité était qualifiée de «comportement contre nature» – et d’autres articles beaucoup plus évidents, pourrait rendre perplexe un lecteur inattentif. Par la grâce du père Noël, les voilà donc rendus, au pays de Rabelais, aux confusions des genres, ce qui a failli nous poser un petit problème d’accord grammatical. Néanmoins, après quelque hésitation, nous parvenons a confirmer ici, sans équivoque possible, qu’en cette occasion, le marié était en blanc et son époux en habit. M. Mamère, ému, a écrasé une larme dans sa moustache… On aurait dit ma tante.
Principe de précaution et défense élastique
Les chantres du grand mixage universel auront le plaisir d’apprendre que Max a vu la lumière. Comprenant qu’il n’y a aucune différence entre un Asiatique, un Africain et un Caucasien, membres de l’espèce dite «humaine», pas plus, du reste, qu’entre un doberman, un yorkshire et un jack-russel, membres de l’espèce dite «animale», ordre des canidés, saisissant bien qu’il n’a pas tout compris mais que le racisme, c’est mal, a choisi de devenir «ethniste»… Aux prudents qui suivraient la même voie, Max dit : «A vos souhaits!» et à ceux qui n’auraient pas encore saisi : «Bien du plaisir!».
Les «journées du “D Day”» : captation d’héritage, souplesse dorsale, illusionnisme et générosité de pacotille
L’usage admet la célébration d’un centenaire, souvent ; d’un cinquantenaire, parfois. Le «soixantenaire», en revanche, est absent du dictionnaire. Cependant, le soixantième anniversaire du «Jour J» de la Libération, pour certains, de l’« Invasion 44 », pour d’autres, a été célébré avec une débauche de moyens et un luxe de préparation et de couverture médiatiques inouïs. Le commerce y a trouvé son compte et il est probable, aussi, qu’ayant raté le cinquantenaire, l’impératif d’agenouillements nouveaux et réitérables «au nom de la Mémoire» ne souffrirait pas un demi-siècle d’attente… Le prétexte d’une réconciliation entre la France et l’Allemagne tombe court : elle avait déjà eu lieu sous de Gaulle et Adenhauer. En ce temps là, le Général qui, pour les avoir cernées de près et souvent déjouées, connaissait les intentions inavouées de libérateurs moins désintéressés qu’on ne veut bien l’admettre aujourd’hui, avait su tendre la main à l’Allemagne, ce qui n’avait d’ailleurs pas empêché le chancelier allemand, ancien détenu de camp de concentration, de reconnaître, avec un beau sens de l’objectivité, que les Waffen-SS étaient des «Soldaten wie andere auch». On pouvait donc admettre que la querelle avait été vidée et les haches de guerre enterrées dans l’honneur et le respect réciproques. La pseudo-réconciliation 2004 relève donc, au mieux, d’une redite masochiste, au pire, d’une captation d’héritage, le tout sur fond de supercherie. Le 10 juin dernier, Le Quasimodo de Matignon n’a-t-il pas déclaré, à propos de l’affaire de représailles que l’on sait : «Jamais la France n’oubliera Oradour.» Quant à M. Schröder, digne représentant socialiste d’un pays culpabilisé au-delà de tout espoir, il a préféré aller se recueillir, à la sauvette, sur quelques tombes allemandes, prenant soin d’éviter la nécropole de La Cambe où, pour avoir choisi de demeurer fidèles à leur serment et à leur uniforme, gisent 21 000 de ses compatriotes… y compris pas mal de «soldats comme les autres». Par calcul promotionnel, nos démocraties «euro-menottées» voudraient nous faire accroire que les ennemis d’hier s’étripèrent à regret. Cette «carte forcée» aux fins de récupération idéologique constitue une insulte aux morts des deux camps. Dans la même confusion des valeurs s’est vérifiée, en cette occasion, une récente tendance à décorer tout ancien porteur d’uniforme au seul motif d’être des derniers survivants des grands équarrissages. C’est attendrissant, mais c’est faire peu de cas de ceux, assez peu survivants, qui furent jadis décorés pour des actes de courage patents. C’est aussi reconnaître implicitement que, tous drapeaux confondus, les médaillés posthumes sont aujourd’hui fondés à se demander s’il fallait bien qu’ils meurent…
Hommage à F.P
Dans la belle tradition des Caran d’Ache et des Forain, par ses dessins aux lignes claires, élégantes et sensibles, Chard fustige avec talent les inepties de nos systèmes politiques en perdition. Comme Gyp, elle confirme par son humour, subtil et incisif, et son indéfectible bon sens que le courage politique est loin d’être un apanage masculin. Ses œuvres mordent juste et fort, et c’est un pur délice de les découvrir à chaque parution de Rivarol 1.
Une «Guerre de Troie» a bien eu lieu à Hollywood
Depuis toujours, les grandes productions du cinéma américain nous ont habitués à quelques petits errements. Voir Cendrillon chaussée de pantoufles de verre n’était déjà pas mal, mais parvenir à reconstituer la guerre qui opposa les Grecs et les Troyens sans la moindre référence à l’Olympe est un vrai tour de force. C’est oublier un peu vite le jugement de Pâris et ses dramatiques conséquences en matière de protection divine. Les acteurs de Beverly Hills et les petits génies des multiplications virtuelles de Silicone Valley ont fait de leur mieux, mais les spectateurs endurants qui absorberont cette tartine «mytho-laïque» hollywoodienne se persuaderont aisément que, si une guerre de Troie a peut-être eu lieu quelque part en Californie au XXIe siècle, elle n’a aucun rapport avec l’antique Iliade d’Homère.
Les européennes en France
Avec 7 % de la masse électorale : troisième gadin pour l’UMP (Union pour la Majorité Présidentielle – deux contrevérités sur trois mots) dont on finit par se demander s’il ne s’agirait pas, plutôt, d’une onomatopée soulignant un effort malheureux. Les commentaires à chaud ont donné lieu à un savoureux échange entre MM. Le Pen, suggérant à l’autiste de l’Elysée de «dissoudre l’Assemblée Nationale, pour y voir plus clair», et Fabius répliquant, amusé : «Il est rare qu’on se suicide deux fois.»
Max l’Impertinent
1 Rivarol, 1 rue d’Hauteville, F-75010 Paris – www.rivarol.com
Source: Le Pamphlet Juin-Juillet-Août 2004 No 336


