« à Chirac et à la Turquie ! »
Jean-Marie Le Pen, l’interview qui a rendu hystériques les media couchés de la francophonie continentale.
RIVAROL : Comment avez-vous réagi à la décision prise à l’unanimité par le Conseil européen d’ouvrir la porte à la Turquie après que la Commission de Bruxelles et le Parlement européen eurent donné eux aussi leur feu vert ?
Jean-Marie LE PEN : Ce 17 décembre 2004 restera dans l’histoire comme le jour où vingt-cinq dirigeants de pays européens auront applaudi leur propre reniement de ce qui constitue l’être même de l’Europe, en programmant les négociations d’adhésion d’un pays qui n’a rien d’européen. L’affaire est certes ficelée depuis longtemps. La position des européistes qui cachaient leurs intentions il y a trente ou quarante ans a toujours induit l’entrée de la Turquie un jour ou l’autre. En partie à l’époque parce que l’Europe vivait sous la menace imminente d’une ruée de l’armée soviétique. Et il est vrai que dans le cadre de la stratégie de défense de l’Europe, pendant près d’un demi-siècle, la Turquie a joué un grand rôle par sa position géographique, par la résolution de son gouvernement et de son peuple. C’était une bonne manière que l’on faisait à cet allié privilégié. Mais pour ma part, dès 1986, tout en manifestant ma considération et mon estime pour ce pays que je connais pour avoir navigué dans ses eaux depuis plusieurs décennies et avec lequel nous avons intérêt à développer les relations économiques, sociales et culturelles les plus fructueuses, je signalais, au moment où la Turquie demandait à entrer dans ce qui s’appelait alors le Marché Commun en même temps d’ailleurs que le Maroc, qu’il ne saurait être question que ces pays entrent dans un organisme européen pour une raison fondamentale: ils ne sont européens ni par la géographie, ni par l’histoire, ni par la sociologie, ni par la culture. L’académicien Giscard le disait lui-même, en pinçant les lèvres, « La Turquie s’appelait l’Asie mineure ». La mer Egée est une ligne de fracture entre les civilisations.
LE DANGER DE L’IMMIGRATION TURQUE ET MAHOMÉTANE
Par ailleurs, l’intégration de la Turquie à l’Union, c’est pour ses ressortissants la possibilité de circulation et d’établissement. La Grèce qui dans le passé a été au premier rang de la résistance à l’invasion asiatique, que ce soit celle des Perses, des Turcs ou d’autres peuples, ne doit pas se faire d’illusions : elle sera très rapidement envahie parce qu’elle compte huit à dix fois moins d’habitants que la Turquie. De plus, les Turcs n’ont jamais accepté le partage des îles de la mer Egée (avec son pétrole). La Thrace grecque est déjà à majorité turque et l’on voit quelles pourraient être les conséquences géopolitiques de l’avancée turque qui pourrait rejoindre par la Macédoine l’Albanie et la Bosnie, coupant la Grèce de l’arrière-pays européen. C’est ce qui rend proprement stupéfiante l’unanimité des mouvements politiques grecs, à l’exception de notre parti frère, le Front hellénique de Makis Voridis, en faveur de l’accueil de la Turquie dans l’Union européenne.
J’ajoute qu’il y a une profonde malhonnêteté intellectuelle à prétendre que le pays d’Erdogan est en train de se laïciser alors que c’est exactement le phénomène inverse qui se produit, comme RIVAROL l’a souvent souligné.
A la suite des pays laïques musulmans de cette région qui ont tous perdu leur laïcité, que ce soit l’Afghanistan, l’Iran voire l’Irak, la Turquie, à qui a été imposée par Mustapha Kemal la férule de la laïcité en 1923, est clairement en voie de délaïcisation. C’est si vrai que le parti actuellement au pouvoir avec les deux tiers de l’Assemblée nationale est bel et bien islamiste. On objecte que c’est un parti islamique modéré. Mais personne n’a jamais dit que tous les musulmans se jetaient à la gorge des gens qui ne l’étaient pas ! Il n’empêche que dans la société, chez les jeunes cadres d’une armée dont on dit pourtant qu’elle est le garant de la laïcité, on observe une incontestable remontée de la conscience collective mahométane.
Prenons garde aussi à l’évolution exponentielle de la population turque: 13 millions d’habitants en 1927, 72 millions en 2001. En à peine soixante-quinze ans, la population a quasiment sextuplé. Quel pays d’Europe peut afficher une telle vitalité démographique ? Dernièrement j’ai fait une déclaration à la télévision turque dans laquelle je disais: « Je suis un turcophile tout à fait adversaire de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ». Alors le présentateur de m’objecter: « Mais comment cela se fait-il ? » Et moi de répondre: « C’est très simple. Comme je suis contre la participation de la France à l’Union européenne, vous comprendrez que je sois aussi contre l’entrée de votre pays dans l’Union ! C’est un service que je vous rends. »
R. : Comment expliquez-vous l’attitude dans cette affaire de Jacques Chirac que vous avez qualifié dans un communiqué de partisan extrémiste de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne » et dont vous avez stigmatisé « le fanatisme euromondialiste » ?
J.-M. L. P. : Il est connu que Jacques Chirac se prend de passions pour les sujets qu’il ne connaît pas. C’est ainsi qu’il est un grand amateur de japonaiseries ou d’arts extrême-orientaux. Cette fascination pour la Turquie est peut-être aussi un moyen de se remettre en grâce avec les États-Unis dont on sait que l’intégration du pays d’Erdogan à l’Union est une exigence constante. George W. Bush a d’ailleurs dit expressément qu’il ne fallait faire aucune référence aux racines chrétiennes de l’Europe, ce qui peut paraître étonnant de la part d’un homme qui affecte de nourrir pour la religion une grande considération.
EN ATTENDANT ISRAËL ET LE MAGHREB
Pourtant bien des personnalités athées ou agnostiques jugent tout à fait naturel que le Vieux Continent se réfère à ce qui a été l’essence de sa culture et de sa civilisation.
Quant à l’idée chiraquienne d’un référendum en France dans dix ou quinze ans sur l’entrée de la Turquie dans l’Union, c’est une astuce vulgaire. M. Chirac vend des fruits qui ne lui appartiennent pas.
L’action qu’il pourra avoir dans dix ou quinze ans sur la politique française est en effet très aléatoire. Mais comme il sait qu’une assez large majorité du peuple français est contre l’entrée de la Turquie, il craint que cette hostilité ne se traduise par un refus de la Constitution. Il tente donc de découpler les deux questions. Mais les Français doivent savoir que, s’ils votent oui à la Constitution, ils auront au bout du compte non seulement l’entrée de la Turquie dans l’Union mais aussi l’arrivée de beaucoup d’autres pays, dont Israël (que certains eurodéputés voudraient voir adhérer), la Syrie, l’Egypte et le Maghreb. Les Etats-Unis ne seraient pas mécontents de mettre les pays d’Afrique du Nord, cent millionnaires en population, à la charge de l’Europe plutôt que de devoir eux-mêmes en assumer l’équilibre financier.
Bref, cette Union européenne, c’est l’explosion de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Car, à la définition qu’en donne M. Chirac (la démocratie, les droits de l’homme, la tolérance, la liberté religieuse), il y a de nombreux pays dans le monde qui peuvent aspirer à entrer en son sein. Pourquoi pas le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal voire la Thaïlande ? D’où l’on voit que la marche vers l’Union européenne implique la destruction des nations. Et quand l’Europe elle-même, à l’instar de la tour de Babel, se sera effondrée, il ne restera alors que la mort des nations qui la composaient. Preuve que l’idéologie qui sous-tend cette Union est antinationale et aussi antichrétienne. [AMIBe: et proprement anti-européenne !]
R. : Quels points vous paraissent les plus critiquables dans la Constitution de Giscard ?
J.-M. L. P. : L’adoption de la Constitution, c’est l’annihilation des indépendances nationales. Il y a quand même quelque chose de formidablement paradoxal dans le fait qu’on salue et qu’on exalte la volonté d’indépendance des peuples et que nous bradions notre souveraineté nationale plus que millénaire sans autre contrepartie que de fuligineux espoirs d’amélioration matérielle qu’on ne voit d’ailleurs pas. Les sectateurs de l’Union disent ainsi que l’on réalise un pourcentage considérable d’échanges avec l’Europe. Mais savez-vous que le pourcentage de volume des échanges franco-allemands n’ a pas changé depuis 1900 ? Par conséquent, pour commercer, il n’est nul besoin de l’Union européenne.
VERS LA DISPARITION DE L’AGRICULTURE, DE LA PÊCHE ET DU TEXTILE FRANÇAIS
Cela dit, le libre-échange, véritable dogme de cette Constitution européenne, s’il offre quelques avantages, présente surtout de graves inconvénients, notamment dans la spécialisation des productions qui enlèvent beaucoup d’indépendance aux pays qui en sont privés.
Prenez l’exemple du textile. Depuis le 1er janvier, il n’y a plus de quotas. La liberté générale du commerce va donc faire disparaître l’industrie textile de nos pays qui est pourtant l’une des activités humaines les plus essentielles. On vendra désormais des chemises africaines et des pantalons hindous. Cet appauvrissement n’est pas seulement financier ou technique; il est mental. Plus l’on remplit les exigences de l’ autosuffisance, plus l’on est indépendant. Cette indépendance a certes un prix. Pour conserver une agriculture, nous avons payé, mais nous allons la perdre puisque nous ne payerons plus. De même les Suisses payent cher l’avantage de conserver un élevage car ils considèrent à juste titre que c’est un élément indispensable à leur sécurité alimentaire. Le fait de ne vouloir s’approvisionner que sur le marché mondial nous met à la merci de mécomptes tels grèves, conflits, famines. De même la pêche est-elle en train de disparaître dans notre pays. Cette espèce de fusion mondialiste que précipite la Constitution Giscard va à l’inverse de toutes les règles de sécurité. C’est un peu comme si dans les bateaux on interdisait de faire des cloisons étanches sous prétexte que c’est plus joli de voir dans la coque d’un bout à l’autre du bateau. À ceci près que ce sont les cloisons étanches qui, en cas d’avarie, permettent d’isoler une partie de l’accident [du bâtiment] et d’éviter le naufrage.
L’EUROPE A LA REMORQUE DE L’OTAN
Il y a quelque chose de monstrueux dans cette Constitution européenne, c’est que l’appartenance à l’OTAN y est institutionnalisée. Il est acquis pour les siècles des siècles que l’Europe fera partie de l’alliance militaire qui est dominée par les Etats-Unis. J’ai certes été partisan de l’OTAN au moment où ce traité militaire représentait une nécessité de défense et de survie face au communisme agressif mais actuellement il n’y a plus aucune raison que ce traité existe et a fortiori qu’il soit constitutionnalisé. Cette raison à elle seule suffirait à répondre non au référendum qui nous est proposé et dont je parie qu’il aura lieu le plus tôt possible.
R. : Comment analysez-vous la prise de position pour le non de Laurent Fabius et à votre avis quel sera le candidat du Parti socialiste à la prochaine présidentielle ?
J.-M. L. P. : La position de Fabius était une gesticulation politicienne. Voyant qu’il était distancé par ses concurrents socialistes dans la course à l’investiture présidentielle, il n’a trouvé d’autre solution que de choisir, de manière contrainte et au dernier moment, d’appeler les militants du PS au rejet de la Constitution européenne. Ce qui est un virage à 180 degrés par rapport à ses positions précédentes en faveur de l’Acte unique et des traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice. Il est certes toujours possible de se convertir mais je doute que la grâce soit tombée sur M. Fabius.
Cependant, que 41 % des militants aient voté non n’est pas quantité négligeable. Et je pense que les électeurs socialistes, moins proches de l’Etablissement que les cadres du parti, seront plus fortement en faveur du non. Ce qui me rend raisonnablement optimiste pour l’issue du référendum. . .
LA SOLUTION SÉGOLÈNE
Concernant la prochaine élection présidentielle où je serai candidat, quelle qu’en soit la date, si Dieu me prête vie, j’ai déjà eu l’occasion de prédire qu’à mon sens le candidat du PS sera une candidate, Mme Ségolène Royal qui a d’ailleurs épousé civilement, au début de l’année dernière, François Hollande, ce qui est un signe. Le PS n’a plus rien de nouveau à proposer. Or, aux élections il faut avoir un aspect novateur. La seule novation que les socialistes peuvent proposer, c’est celle de leur candidat. Jospin, c’est du réchauffé.
Quant aux éléphants (Fabius, Strauss-Kahn, Lang, Hollande), ils n’arrivent pas vraiment à se départager et sont profondément divisés. A un moment donné, le compromis pourrait se faire de façon assez élégante en présentant une dame qui me semble depuis quelque temps être mise sur orbite pour jouer ce rôle. Les orthodoxes auraient certes préféré que le choix se portât sur Martine Aubry mais elle ne semble pas très présentable dans ce rôle.
SITUATIONS EXPLOSIVES A KIEV COMME A ABIDJAN
R. : Pensez-vous, comme le gouvernement français, qu’« il faut tourner la page » en Côte d’Ivoire malgré les pillages, les émeutes, les viols et les meurtres de Français et d’Occidentaux et renouer des relations pacifiques avec le président Laurent Gbagbo ?
J.-M. L. P. : Dans la vie il faut bien tourner la page, ne serait-ce que parce qu’elle se tourne toute seule. Est-il aujourd’hui possible de rétablir le statu quo ante, la période édénique d’ Houphouët-Boigny que j’avais d’ailleurs rencontré ? J’en doute. Le pays est divisé entre le nord et le sud. Les événements qui se sont produits ont exacerbé les antagonismes. Le parti de Laurent Gbagbo y a prêté la main, avec les déclarations de Mamadou Koulibaly, le chef de l’Assemblée nationale ivoirienne, les harangues de Blé, le jeune chef des “Patriotes”. En revanche, bien que je trouve la réaction française compréhensible, je ne la trouve pas politique car riposter à un incident grave ayant causé la mort de soldats français par la destruction de l’aviation de Gbagbo, alors qu’il suffisait de l’immobiliser au sol, ne pouvait qu’attiser la haine envers notre pays. Mais il n’est pas exclu que les Israéliens et les Américains qui sont très présents dans l’entourage et parmi les conseillers du président Gbagbo aient profité de la situation pour nuire à nos intérêts nationaux.
En toute hypothèse, je crains que le sentiment d’insécurité et la perte de confiance qui sont la conséquence de ces graves événements n’aient rompu de façon irréversible la coopération intime d’une population française travaillant en Côte d’Ivoire. Or, le retrait forcé de nos ressortissants, compte tenu du rôle qu’ils jouaient dans le tissu économique et social du pays, aura très certainement des conséquences ravageuses pour la nation ivoirienne… et en termes d’immigration.
R. : Que vous inspirent les événements d’Ukraine et votre sympathie va-t-elle davantage à la « révolution orange » pro-occidentale (mais soutenue par toutes les formations nationalistes ukrainiennes) ou au camp bleu pro-russe?
J.-M. L. P. : La politique ne doit pas être gouvernée par des sympathies ou des antipathies. On le sait, l’Ukraine est un pays composite. Historiquement, il ne fait aucun doute qu’il appartient à la mouvance slave d’abord et russe ensuite puisque Kiev est le berceau de la Russie. Il est vrai qu’il y a deux peuples assez différents : des russophones à l’est et des ukrainophones à l’ouest. Mais l’Union européenne prendrait une lourde responsabilité en laissant espérer qu’elle accepterait de prendre en son sein l’Ukraine si celle-ci se dotait d’un gouvernement européiste car la Russie considérerait cette initiative comme un casus belli.
Le démantèlement de l’URSS a largement été exploité par ses ennemis et le temps n’est pas loin où l’on se heurtera à une cristallisation de l’opinion russe elle-même. Il faut ainsi prendre garde aux propos énergiques, sinon menaçants, de Poutine qu’on imagine mal se laissant déposséder sans réagir de son aire d’influence. D’autant que dans les événements d’Ukraine, comme hier dans ceux de Géorgie, les Etats-Unis, par le biais de leurs agents et de leurs relais comme la fondation Soros, jouent un rôle de déstabilisation.
UNE CHAPE DE PLOMB QUI CONDUIT AU COMMUNISME
R.: Quels sont vos commentaires sur « l’affaire Gollnisch » et plus généralement sur les atteintes répétées à la liberté de l’esprit et d’expression (lois Lellouche, Perben II, HALDE), toutes mises en œuvre par un gouvernement et une majorité dits de droite ?
J.-M. L. P. : « L’affaire Gollnisch » est mirobolante de bout en bout. Il est possible que M. Perben ait l’intention d’éliminer notre ami de la course aux municipales à Lyon en 2008, ce qui serait de sa part particulièrement inélégant, mais je crois encore plus vraisemblable que le garde des Sceaux a reçu lui-même l’ordre directement de Chirac et de Raffarin qui, sur tout ce qui a trait à la Seconde Guerre mondiale, se veulent absolument chromés. Le plus incroyable, c’est d’être traqué dans l’opinion, non pas pour ce que vous avez dit, mais pour ce que prétendent avoir compris vos adversaires. C’est le fameux non-dit de Ivan Levaï. Ce qui est grave, chez Le Pen, affirmait le directeur de Tribune juive, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est ce qu’il ne dit pas. C’est le même procédé que l’on applique à notre délégué général. Ce qui rappelle Fouquier-Tinville, l’ accusateur public au Tribunal révolutionnaire :
« Donnez-moi une phrase de n’importe qui et je me charge de le faire pendre ! » Espérons cependant que cette persécution de plus en plus implacable, cette restriction continue de la liberté de pensée et d’expression, avec souvent à la clé des amendes ruineuses (affaires du détail, de l’entretien sur l’immigration dans Le Monde) et la mort civique de l’inéligibilité (Mantes-la-Jolie), contribueront progressivement à ouvrir les yeux d’un certain nombre de nos compatriotes. Faute de quoi, si l’on rapproche cette dérive totalitaire de l’évolution de notre société française vers plus de fonctionnaires et d’ assistés, nous sommes en bonne route vers le communisme, et ce bien que sa représentation parlementaire ait été considérablement diminuée. Contre cette perspective cauchemardesque, nous nous battrons de toutes nos forces.
L’INSUPPORTABLE CHAPE DE PLOMB
R. : Que pensez-vous des commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la propagande qui va se déchaîner dès ce mois-ci et tout au long de l’année 2005 ?
J-M. L .P. : En France du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés.
Je me souviens que dans le Nord, un lieutenant allemand, fou de douleur que son train de permissionnaires ait déraillé dans un attentat, causant ainsi la mort de ses jeunes soldats, voulait fusiller tout le village ; il avait d’ailleurs déjà tué plusieurs civils. Et c’est la Gestapo de Lille, avertie par la SNCF, qui arriva aussitôt à deux voitures pour arrêter le massacre. On pourrait multiplier les anecdotes de ce type. Sur le drame d’Oradour-sur-Glane il y aurait ainsi beaucoup à dire.
D’ailleurs, si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins comme l’affirme la vulgate, il n’ y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques. Ah bien sûr, si l’on était pris avec une arme à feu cinq minutes après que quatre soldats de la Wehrmacht eurent été fusillés, on passait rapidement à la casserole mais notez que les Allemands agissaient de la même manière vis-à-vis de leurs soldats ayant fauté. Il y a donc une insupportable chape de plomb qui pèse depuis des décennies sur tous ces sujets et qui, comme vous le dites, va en effet être réactivée toute cette année.
Mais le plus insupportable à mes yeux, c’est l’injustice de la justice. Lorsque des magistrats, au mépris de ce qui est leur obligation morale et fonctionnelle, bafouent le principe d’équité et accordent le bénéfice de la bonne foi à des gens qui à l’évidence ne le sont pas, comme encore récemment les journalistes du Monde sur la torture qui aurait été pratiquée par le lieutenant Le Pen en Algérie comme le prouverait un poignard des Hitlerjugend à mon nom méticuleusement conservé par un Algérien pendant quarante ans et que ce dernier a brandi à l’audience (qui peut sérieusement croire à cette fable ?), c’est proprement révoltant.
Ce n’est pas seulement de l’Union européenne et du mondialisme que nous devons délivrer notre pays, c’est aussi des mensonges sur son histoire, mensonges protégés par des mesures d’exception.
D’où notre volonté constante d’abroger toutes les lois liberticides, Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben II. Car un pays et un peuple ne peuvent rester ou redevenir libres s’ils n’ont pas droit à la vérité dans tous les domaines. Et cela quoi qu’il en coûte.
Propos recueillis par Jérôme Bourbon, RIVAROL n° 2698 du 07 jan 2005.
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