Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)
fraternite francaise

Quand le manga se met au service du nationalisme japonais

August 24th, 2005 · Commenter (Pas de commentaire)

Email This Post Print This Post

<br />
Shin Gomanism sengen, Vol.14(AFP, 23 aout 2005, 11h47) – “Les Chinois peuvent bien copier tout ce que font les Japonais, ils ne nous arrivent pas à la cheville, même quand ils essaient d’imiter mes mangas”, observe sarcastiquement Yoshinori Kobayashi.
Epouvantail de l’intelligentsia de gauche, le chef de file des “révisionnistes” japonais n’en est pas à une provocation près, en ces temps de tension sino-japonaise.

Malgré ses lunettes rondes de bon élève, une allure de dandy et un combat résolument culturel, Kobayashi refuse l’étiquette d’intellectuel. Sur les sujets qui fâchent, la guerre, le nationalisme, l’Histoire, il en appelle au “simple bon sens”.
Il n’est qu’un dessinateur de BD, dit-il. Mais des BD qui remportent un succès phénoménal, surtout auprès des jeunes.

Depuis 1998, il a vendu plus d’1,5 million de copies de son best-seller “Sensôron” (”A propos de la Guerre”). Son dernier recueil, “A propos du Yasakuni”, paru le 3 août, a été commandé à 200.000 exemplaires la première semaine.

Kobayashi y défend le sanctuaire shintoïste du Yasukuni, où sont honorées, parmi d’autres, les âmes de 14 criminels de guerre condamnés par les Alliés.

Chinois et Coréens stigmatisent les pèlerinages des dirigeants japonais au Yasukuni, preuve, selon eux, que Tokyo ne se repend pas de ses crimes impérialistes.

“Le shinto est l’animisme. C’est la vénération de la nature et des ancêtres. Le sanctuaire du Yasukuni est l’endroit pour révérer nos ancêtres. Ca n’a rien à voir avec nos voisins. Les Chinois n’ont aucun droit de nous faire des sermons sur notre religion”, rétorque Kobayashi.

Depuis dix ans, aidé par le reflux du gauchisme, le dessinateur surfe sur le ras-le-bol des Japonais, de plus en plus agacés par les demandes de repentance.

Il a inventé le terme de “nouvel orgueillisme” (”shin gomanisumu”) [photo : couverture de Shin Gomanism sengen, Vol.14], titre d’un de ses mangas.

“On nous raconte que la Chine a 4.000 ans d’histoire. Certes, mais chaque fois qu’elle a eu une révolution, son histoire a été expurgée. C’est la même chose pour le Japon. Notre histoire est expurgée depuis le 15 août 1945″, affirme-t-il.

C’est la raison pour laquelle Kobayashi et des historiens de droite ont lancé en 1996 la “Tsukurukai” (Association pour la rédaction de nouveaux manuels d’histoire) afin de redonner aux jeunes “le sens de l’orgueil national”.

Kobayashi caricature, moque et fustige les “crétins gauchistes” qui enseignent une histoire “masochiste” et “bourrent le crâne” des élèves en “nous racontant que tout était mal au Japon avant 1945″.

Dans ses mangas, il proclame que la guerre était juste, puisque le Japon libérait l’Asie des “racistes blancs”, que le massacre de Nankin est un “mensonge chinois” et les procès de Tokyo (1946-48) un “lynchage collectif” orchestré par les vainqueurs.

A propos des “femmes de réconfort”, il nie que ces esclaves sexuelles asiatiques, exploitées dans les bordels militaires nippons, aient été recrutées de force: “Soldats japonais ou pas, ces filles pauvres auraient de toute façon été vendues à des bordels”.

Kobayashi, 52 ans, n’a pas toujours été un “patriote”. Il est passé par la gauche à l’université.

D’ailleurs, son anti-américanisme virulent — il trouve les Américains “infantiles”– lui vaut quelques sympathies à gauche.

Mais c’est une enquête sur la secte Aûm Vérité Suprême, responsable d’attentats au gaz sarin en 1995 dans le métro de Tokyo, qui l’a conduit à droite: “Des gosses de riches qui voulaient changer la société sans avoir jamais vu la souffrance”. Aûm dépêchera une équipe de tueurs chez lui.

Politiquement, il fut très tôt déchiré entre un père de stricte obédience marxiste et une mère conservatrice, fille d’un prêtre bouddhiste. “D’un côté, il y avait l’idéalisme de mon père et, de l’autre, la vision plus réaliste de ma mère. Je suis toujours déchiré entre les deux”.

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...
Share/Bookmark



Tags: Culture

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

You must log in to post a comment.